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Scandale au CHU de Charleroi

CHU Charleroi

Le chirurgien est actif sur deux sites : Marie Curie à Lodelinsart et André Vésale à Montigny-le-Tilleul (photo d'illustration) | © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Société

Un chirurgien est accusé de plusieurs faits de harcèlement, agression sexuelle et d’un viol par des étudiantes en médecine de l’ULB, une infirmière et une patiente.

 

Les faits présumés se seraient déroulés entre 2014 et 2016 au CHU de Charleroi, l’important pôle hospitalier de la métropole sambrienne, géré par l’ISPPC (Intercommunale de santé publique du pays de Charleroi). Ils concernent plus précisément un chirurgien que nous appelerons Docteur Toubib. Ce dernier est visé par quatre plaintes, dont deux émanent de jeunes femmes qui étaient alors étudiantes stagiaires en dernière année de médecine de l’ULB. La troisième plaignante est une infirmière et la quatrième demeure anonyme à ce jour bien qu’elle soit désignée comme une patiente.

Tels qu’ils sont décrits, les agissements prêtés au Docteur Toubib sont particulièrement graves. Nous pouvons les résumer, dans le cas de la première stagiaire, à une provocation de nature ouvertement sexuelle, à laquelle elle aurait dû faire face au printemps 2016 au cours d’une intervention en salle d’opération, suivie d’une invitation non moins explicite adressée une semaine plus tard. En ce qui concerne sa condisciple de l’époque, elle dénonce carrément une agression sexuelle perpétrée en novembre 2016. En substance, elle affirme avoir été enfermée dans le bureau du chirurgien, lequel se serait ensuite jeté sur elle pour l’embrasser de force et lui faire subir des attouchements. La jeune médecin dit avoir échappé à son agresseur en le menaçant de hurler. Celui-ci serait revenu à la charge plus tard et aurait usé d’intimidations. Le témoignage de l’infirmière relate un épisode similaire, lequel se serait produit environ deux ans auparavant, en mai 2014 : coincée dans une pièce vide, embrassée et pelotée sous la contrainte, le tout aggravé d’une récidive le lendemain. Enfin, dans le dernier cas (assez trouble en raison du caractère anonyme de la dénonciation), il serait question d’un viol commis sur la personne d’une patiente en visite à l’hôpital, à la charnière de 2014 et 2015, sans qu’il soit possible de préciser la date.

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Initialement, les plaintes des stagiaires médecins (décembre 2016) et de l’infirmière (janvier 2017) n’ont pas été déposées devant la Justice. Elles sont parvenues à la direction de l’ISPPC et à la Faculté de médecine de l’ULB. De son côté, l’infirmière a adressé un courrier à la direction médicale de l’institution. A la suite de ces mises en cause, le Docteur Toubib s’est vu proposer de remettre sa démission. Ce qu’il a refusé, niant les faits en bloc et accusant les plaignantes de diffamation. Il a dès lors été temporairement suspendu de ses fonctions en février 2017 et il l’est toujours à l’heure qu’il est.

Le conseiller en prévention de l’institution s’étant déclaré incompétent pour démêler cette histoire, l’enquête interne a été confiée au conseil médical. Par la suite, l’affaire a pris un tour judiciaire avec le dépôt de la quatrième plainte, anonyme donc, en octobre 2017. Car, contrairement aux précédentes, celle-ci a été directement adressée au parquet de Charleroi qui l’a mise à l’instruction chez le juge Pierre Hustin. L’enquête policière a été confiée au bureau des « Affaires spéciales » de la police judiciaire fédérale carolo.

Conflit entre médecins

La judiciarisation du dossier a conduit les trois premières victimes supposées à formaliser leurs plaintes en couchant leurs accusations sur procès-verbal. La Justice doit maintenant vérifier leurs témoignages, mais du côté de l’ISPPC, ils avaient déjà été jugés non crédibles. C’est du moins la conclusion à laquelle le Conseil médical était parvenu concernant les trois plaintes initiales. Partant, le conseil d’administration, se rangeant à cet avis, avait pris la décision de laver le Docteur Toubib de tous soupçons et de le rétablir dans ses fonctions au 1er décembre 2016. Toutefois, l’arrivée de la dénonciation anonyme et sa mise à l’instruction, ont contraint l’institution à postposer le retour du chirurgien jusqu’à nouvel ordre.

De surcroît, cette histoire s’assortit d’un conflit larvé entre différents médecins, parmi lesquels le Docteur Toubib. Conflit qui se nourrit de la présente affaire, mais également d’autres oppositions antérieures. Quoi qu’il en soit, il aurait donné lieu à des pratiques indignes. L’avocat bruxellois Laurent Kennes les dénonce comme telles en tout cas, notamment dans le cadre d’une plainte contre X qu’il a déposé il y a peu entre les mains du Juge carolo Hustin, au nom de trois médecins du service de chirurgie digestive. Au motif de harcèlement, calomnie et diffamation, viol du secret professionnel.

Face aux accusations, le Docteur Toubib, par la voix de son avocat, Maître Christian Mathieu du barreau de Charleroi, « conteste formellement les allégations qui sont portées contre lui ». Son conseil précise en outre « qu’une longue enquête administrative menée par les autorités hospitalières l’a déjà disculpé des premiers faits qui lui étaient imputés ». Et il ajoute, n’entendant à ce stade formuler aucun autre commentaire : « Dans le cadre de la nouvelle plainte adressée sous le couvert de l’anonymat, aucune inculpation n’est intervenue à l’heure actuelle ».

L’enquête complète est à découvrir ce jeudi 8 mars 2018 dans Paris Match Belgique.

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