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Pourquoi on se trompe quand on parle de la "journée de la femme"

Image d'illustration | © Flickr/Cheng-ting Chang

Société

Célébrer la "journée de la femme" le 8 mars, c'est risquer de recevoir une volée de bois vert en retour. Mais au fond, pourquoi doit-on dire "journée des femmes" ?

On le sait déjà, ce 8 mars sera à nouveau jalonné par bien des "bonnes intentions" qui feront grincer les dents, comme cette énième newsletter spéciale d'une marque de prêt-à-porter ou la rose tendue par un patron mal informé qui confond "journée de la secrétaire" et "lutte pour les droits des femmes". Mais la pire d'entre toutes, celle qui sonne comme un gâteau de sable mordu à pleines dents, des ongles bien taillés sur un tableau ou une fourchette qui gratte une assiette, c'est le fameux "Bonne journée de la femme !", lancé à la cantonnade.

Une fois pour toutes : dites "journée des femmes". Car son alternative au singulier, encore bien trop entendue, est le résultat d'une malheureuse erreur : « Il s’agit d’une mauvaise traduction à l’origine de cette journée qui a été inscrite dans les différentes résolutions depuis 1977 et n’a jamais été corrigée », expliquait déjà en 2016 Fanny Benedetti, directrice exécutive du comité français d’ONU Femmes, rapporte le site de référence sur la question 8mars.info.

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LA femme ?

Proposée pour la première fois en 1910 à la conférence internationale des femmes socialistes, la journée internationale n'est adoptée qu'en 1977 par les Nations Unies et devient officiellement l'« International Women's Day". Mais étrangement, sa traduction francophone fait fi de la multiplicité des femmes pour célébrer la "journée de la femme". Et si depuis deux ans, le Comité ONU Femmes milite pour que cette interprétation erronée soit revue et corrigée, rien ne semble pourtant changer dans la pratique. Même l'interface française de Google annonce aujourd'hui la journée d'une seule femme, comme une drôle d'entité monolithique.

La Directrice exécutive d'ONU Femmes, la Sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka. ©ONU Femmes

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Car ce qui dérange dans cette appelation, c'est qu'elle est réductrice. Elle les borne à une seule identité, à l'expression d'une féminité partagée par toutes, à "un espèce d'éternel féminin ». Or, comme les hommes incarnent tous une masculinité différente, les femmes sont toutes différentes, des individus uniques qui "représentent" leur genre à leur façon. "Et le 8 mars précisément, ce sont leurs voix, multiples et plurielles, qui se font entendre », rappelle 8mars.info.

Pour être tout à fait corrects, on parlera d'ailleurs de "journée internationale des droits des femmes », car il ne s'agit pas de célébrer les femmes, mais leurs combats pour davantage d'égalité. Mais, puisqu'il le faut, "une chose à la fois".

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