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Le juge qui a fait libérer Bertrand Cantat dénonce une "dictature de l'émotion"

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Bertrand Cantat sur scène en septembre 2016. | © PATRICK BERNARD / BESTIMAGE

Société

Dans une tribune publiée sur France Info vendredi, le juge d'application des peines qui a fait libérer Bertrand Cantat dénonce le « tribunal médiatique tout-puissant, incontrôlable » qui parasite la réinsertion du chanteur.

Le juge d'application des peines qui a décidé d'accorder à Bertrand Cantat sa libération conditionnelle en 2007 dénonce « la dictature de l'émotion » et regrette que « l'institution judiciaire » soit devenue « secondaire », dans une tribune publiée sur le site Franceinfo.fr. Alors que les passions se déchaînent autour des concerts de l'ancien chanteur de Noir Désir, quinze ans après la mort sous ses coups de Marie Trintignant pour laquelle il a été condamné et a purgé sa peine, le juge Philippe Laflaquière pointe du doigt vendredi le « tribunal médiatique tout-puissant, incontrôlable » qui fait passer au second plan « l'institution judiciaire ».

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Les réseaux sociaux sont une formidable caisse de résonance d'une dictature de l'émotion depuis longtemps dénoncée

« Plus que jamais, je crois indispensable de la respecter, de la fortifier, de soutenir tous ces professionnels - administration pénitentiaire comprise -, qui placent leur compétence et toute leur énergie au service d'une belle mission, tenter de réparer les maux les plus cruels de notre société», écrit le magistrat. S'il juge « pleinement légitime » le combat pour « la libération de la parole et l'action des mouvements féministes », il estime que celle-ci « tourne maintenant à la vindicte publique. Sans autre forme de procès, une véritable mise au pilori en place médiatique », avec « la montée en puissance des réseaux sociaux, formidable caisse de résonance d'une "dictature de l'émotion" depuis longtemps dénoncée ».

Philippe Laflaquière déplore la fin de la présomption d'innocence

Libéré en 2007 de la prison de Muret (près de Toulouse), Bertrand Cantat a purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, tuée en 2003 à Vilnius, en Lituanie. Le juge explique également le « contrat moral » qu'il passe avec les condamnés qu'il a en charge: « la règle des trois D : décence, discrétion et droit à l'oubli ». « Pour Bertrand Cantat, difficile d'imaginer une application de la 'règle des trois D', notamment à cause de la « notoriété de la victime, et celle de l'auteur », « d'un probable retour sur scène à moyen ou long terme », ajoute-t-il.

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Enfin, Philippe Laflaquière déplore la fin de la présomption d'innocence et du bénéfice du doute « pour certaines personnalités mises en cause dans des affaires d'agressions sexuelles » : « Une simple plainte équivaut à un début de condamnation, le témoignage anonyme devient un élément de preuve à charge ». Reprenant l'exemple de Bertrand Cantat, le magistrat rappelle ainsi que le parquet de Bordeaux a classé sans suite l'enquête sur les accusations de violences de la part du chanteur à l'égard de son épouse, Krisztina Rady, morte en 2010. La mère des deux enfants de Bertrand Cantat s'était suicidée au domicile conjugal, deux ans après la sortie de prison du chanteur.

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