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Le tramadol, la drogue qui fait planer l'Afrique dans l'indifférence

En Afrique, cet antidouleur traîne une réputation de produit miracle. | © Pexels

Société

En Afrique, l’explosion de la consommation de tramadol, un antidouleur, inquiète. 

Au Ghana, on lui donne le nom de "Tramore", au Gabon les professeurs de lycée ont déclaré la guerre au "Kobolo", au Soudan, les vendeurs de thé qui s'agitent le long des routes proposent d'en mettre dans la tasse des clients, en Égypte 50 000 personnes en seraient dépendantes et on en retrouve même dans les poches des combattants de Boko Haram. Le tramadol, un antalgique proche de la morphine, rend accro l'Afrique.

Un "médicament" miracle

La promesse ? La même sensation qu'un shoot d'héroïne à petit prix. "C’est un produit qui est vraiment peu coûteux, donc un produit de base qui est disponible en grandes quantités dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, et qui ne coûte vraiment rien", explique Antonin Tisseron, chercheur, à RFI. Là-bas, le tramadol traîne une réputation de produit miracle utile dans bien des situations. "Il est associé, chez un certain nombre de personnes, à un médicament, à des images de force, de vigueur. Un produit qui permet d’ignorer la douleur, qui permet de travailler plus longtemps, et ce qui fait que c’est un produit qui est considéré comme un produit 'bon' pour le corps", ajoute-t-il. Pour d'autres, il donnerait plus d'entrain lors de l'acte sexuel. Tout un programme.

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En Afrique, l'autre "crise des opiacés"

Contrairement à d'autres opiacés comme la méthadone, le tramadol est mal régulé à échelle internationale et facilement prescriptible. Les mafias locales s'en sont emparées et importent des doses qui sont parfois 5 fois plus fortes qu'à l'habituée (250 mg au lieu de 50 mg). Le produit inonde ainsi les rues des grandes villes aussi bien que les routes de campagne aux quatre coins du continent. Le paradoxe, c'est que de nombreux pays en voie de développement - notamment en Afrique - manquent cruellement de bons antidouleurs afin de soigner convenablement leurs malades. Alors que les Américains sont en proie une véritable crise des opiacés largement médiatisée, les Africains, eux, planent en silence.

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Donner de la voix

En janvier 2018, le rappeur nigérian Olamide est privé de diffusion radio à cause de sa chanson "Science Student". Il y fait directement référence au tramadol et est accusé de faire une "subtile promotion de drogues illégales" par les autorités. Le fait que la pop culture africaine s'en empare en dit long sur l'ampleur du phénomène. Au Nigéria, 71 % des usagers d’opiacés sur l’année 2015 ont déclaré que le Tramadol était le produit le plus fréquemment consommé. Cette anecdote prouve aussi le besoin des locaux de parler de cette problématique souvent méconnue. Selon Quartz, l'artiste s'est d'ailleurs défendu en expliquant qu'il voulait simplement donner de la voix pour mettre en avant le quotidien dur et désinhibé des jeunes du Lagos.


Alors que les saisies de tramadol illégal se multiplient, les gouvernement africains prennent petit à petit conscience de la situation. Au Ghana, il devrait bientôt rejoindre la liste des substances contrôllées. Le début du sevrage ?

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