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Des outils « modernes » vieux de 300 000 ans ont été découverts au Kenya

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Le site d'Olorgesailie où la découverte a eu lieu. | © Flickr/Ninara

Société

Une nouvelle découverte vient bousculer la chronologie de l’évolution humaine : des outils vieux de 300 000 ans ont été retrouvés dans le bassin d’Olorgesailie au Kenya, en Afrique de l’Est.

D’après de nombreux scientifiques, l’émergence de ces outils date d’il y a 200 000 ans. Or, trois études publiées ce jeudi 15 mars dans Science révèlent que des outils vieux de 300 000 ans ont été retrouvés au Kenya. Les silex découpés en pointe déterrés par les chercheurs prouveraient donc que les techniques de fabrication sont apparues bien plus tôt que prévu. L’évolution humaine se serait donc inscrite dans un continuum plus lent, et le développement d’instruments de découpe ne s’est pas fait brusquement.

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« Les humains qui vivaient à cette époque ont préféré fabriquer des outils plus petits et plus facilement transportables que les gros bifaces que leurs ancêtres faisaient à l’époque précédente, appelée l’Acheuléen. Ils ont façonné des pointes qui pouvaient être utilisées pour faire des sagaies. Or, ces pointes de sagaie sont intéressantes, car on peut les transporter facilement et elles permettent de tuer des animaux à distance, ce qui est moins dangereux que de s’approcher de l’animal. Or, la technique de taille plus avancée qui a permis de façonner ces pointes de sagaie constitue un élément de modernité culturelle », explique Francesco d’Errico, l’un des co-auteur de ces articles.

©Smithsonian’s Human Origins Program / capture d’écran

Ils se déplacent !

Autre découverte surprenante : le matériau utilisé dans la fabrication de ces outils serait l’obsidienne, une pierre volcanique qu’on ne trouve pas à proximité des sites de fouilles mais à cinquante kilomètres de là. Cela démontrerait donc que ces blocs d’obsidienne étaient transportés pour être ensuite taillés sur les sites où on les a retrouvés : « Là encore, c’est particulièrement intéressant car on avait déjà des traces de déplacement d’objets à cette époque, mais jamais en aussi grand nombre ».

© Rhiannon Boyle

Les archéologues ont également retrouvé de l’ocre qui « ont pu être utilisés pour des activités symboliques dont nous n’avons pas trouvé de traces, mais il est tout à fait possible qu’ils aient servi pour faire des peintures corporelles ou pour tanner les peaux », avance encore Francesco d’Errico. « Rien ne nous permet d’affirmer quoi que ce soit pour le moment », précise néanmoins le chercheur.

Homo Sapiens, ou pas

Malgré la présence d’outils, caractéristique de l’Homo sapiens, aucun ossement n’a été déterré sur le site de fouille. Rien ne prouve donc qu’il s’agit bien là de leur œuvre : « mais d’après d’autres fossiles trouvés en Afrique, c’était assurément des populations humaines qui avaient déjà acquis certains caractères modernes, soit des Homo sapiens archaïques, les premiers Homo sapiens », affirme Francesco d’Errico.

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Dans un troisième article, les archéologues ont démontré que l’espèce humaine a adapté la forme et la taille de ses outils aux changements climatiques. D’après eux, l’environnement s’est modifié à l’époque et le climat est devenu imprévisible, entraînant la disparition de certaines espèces animales dont se nourrissaient les premiers hommes : « Les innovations culturelles que nous avons trouvées ont pu être la conséquence de ces changements environnementaux, mais il ne s’agit que d’une hypothèse » conclut D’Errico.

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