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Deux ans après les attentats, Karen Northshield est toujours à l’hôpital

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Karen Northshield pensait ne pas survivre aux attentats de Bruxelles. Deux ans plus tard, elle est toujours à l'hôpital. | © Capture d'écran RTL

Société

Alors qu’elle n’a pas quitté l’hôpital Erasme depuis le 22 mars 2016, Karen Northshield raconte son nouvel état de dépendance et de souffrance constante, ainsi que son sentiment d’abandon.

22 mars 2016. Karen Northshield se trouve devant les guichets d’enregistrement de l’aéroport de Zaventem, prête à rejoindre sa grand-mère qui vit aux Etats-Unis. Peu avant 8h, la première des deux bombes explose. « J’ai senti une vague de chaleur hyper puissante, qui m’a soulevée et m’a projetée au sol », se souvient la jeune femme au micro de la RTBF. « J’étais étendue par terre, blessée. Je ne savais plus bouger. Il faisait noir, je me souviens de l’odeur des corps brûlés. Et puis, des cris humains qui résonnaient, comme si on était à l’abattoir ». Traînée à l’extérieur par un inconnu, elle sera emmenée à l’hôpital Erasme, après avoir perdu conscience dans l’ambulance.

Victime de trois arrêts cardiaques successifs, cette coach sportive survit grâce à un mental et une condition physique hors du commun, et malgré de graves blessures à la hanche, à la jambe et à l’abdomen. Mais deux ans et une cinquantaine d’opérations plus tard, Karen n’a pas quitté l’hôpital. « Ma vie s’est arrêtée le 22 mars 2016, je vis dans un lit d’hôpital 24h/24 à l’exception de deux séances de kiné par jour. C’est une dure réalité à accepter », confie-t-elle à RTL.

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Nouvelle vie

Sourde de l’oreille gauche, malentendante de l’oreille droite, sans estomac et sans rate, la Belgo-américaine de 32 ans a également de grosses séquelles à la jambe gauche : une partie de sa hanche et une bactérie rare empêche toute reconstruction. Aujourd’hui, Karen ne sait ce qu’elle va devenir. « Avant le 22 mars, j’étais indépendante, j’étais dans le secteur du sport, j’entraînais des gens, j’étais athlète de haut niveau. J’ai des doutes quant au fait de pouvoir retrouver cette profession maintenant. Et là, je n’ai aucune garantie de pouvoir travailler après dans un secteur qui me plaît », regrette-t-elle dans son lit d’hôpital qui est devenu dans sa nouvelle maison. « Je dirais que ce dont je souffre le plus finalement, c’est ce nouvel état » de dépendance et de maux constats.

Gouvernement absent

Si elle peut compter sur le soutien de ses proches et de ses amis pour trouver la force de se battre, Karen se sent abandonnée par le gouvernement qui, selon elle, ne fait rien pour les victimes. « S’ils s’intéressaient à nous, ils seraient venus depuis longtemps. Ils ne se montrent pas et c’est très difficile de rentrer en contact avec eux », affirme la dernière rescapée toujours hospitalisée, qui fait face à un blocage au niveau administratif et politique avec le Fonds pour les victimes de crimes violents. La raison est simple : la loi belge ne permet pas une compensation sur une longue durée. Alors qu’elle a perdu son appartement pour faire face à ses frais d’hospitalisation, Karen attend toujours des indemnisations qui ne viennent ni du côté des assurances, ni du côté du politique, précisent nos confrères de la Libre.

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Quant à savoir si elle est heureuse d’avoir survécu, Karen hésite. « Ce que j’ai traversé, c’est beaucoup demandé à une personne. Beaucoup d’injustices à accepter », explique-t-elle à la RTBF. « Injustice parce que je partais en voyage et que je me suis retrouvée aux soins intensifs, alors que je n’avais rien demandé. Injustice parce que j’ai connu la pire des souffrances. Injustice parce que dorénavant, toute ma vie sera consacrée à ma reconstruction. Parfois, quand je vois le long chemin qu’il me reste à faire, je n’ai pas envie… » Tout ce qu’elle espère aujourd’hui, c’est ne plus souffrir et retrouver un semblant de vie normale. Et quitter l’hôpital, évidemment.

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