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Centres de déradicalisation : « Nous sommes encore trop méconnus »

Les autorités avaient décidé de mettre sur pied un centre de déradicalisation suite aux différents attentats en France et en Belgique. | © IMAGO.

Société

Suite aux attentats qui ont frappés la Belgique et la France, une floppée de mesures (Plan national de sécurité, plan Canal, plan global de prévention du radicalisme de la Région bruxelloise, plan de prévention du radicalisme à l’école, Réseau anti-radicalisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles…) est adoptée pour lutter contre le terrorisme. Parmi elles : la création d’un centre de déradicalisation, coulé sur le modèle canadien. Pour quels résultats ? 

La réflexion belge sur la prise en charge des radicalisés remonte à 2015, après l’attentat de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher et le démantèlement de la cellule de Verviers. Après les attentats de Paris et de Bruxelles, le gouvernement veut aller plus loin et décide de créer deux centres opérationnels : le Centre de ressources et d’appui (Crea) et le Centre d’aide et de prise en charge des personnes concernées par le radicalisme et les extrémismes violents (Caprev).

Le premier met à disposition des outils de sensibilisation. Par exemple, des animations sont organisées dans des écoles, où des mamans de jeunes partis en zombe de combat interviennent. Le second prend en charge les personnes radicalisées, mineures comme majeurs. Toute personne inquiète par le comportement d’une personne de son entourage (un parent, un frère, une tante, un professeur, un employeur, un voisin, un détenu) peuvent joindre le centre grâce à la ligne verte (0800/111 87). Le Caprev a un rôle préventif et non répressif : sauf cas de force majeur, il n’y a, a priori, pas de communication avec les autorités judiciaires et policières afin de garantir le fragile lien de confiance tissé entre les intervenants. « En tout, 87 dossiers de suivi ont été ouverts depuis janvier 2017. Aujourd’hui, 43 dossiers sont toujours en cours », indique Olivier Plasman, référent radicalisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Un appel au centre peut déboucher sur une intervention collective, une écoute ou un accompagnement spécialisé. L’objectif n’est pas de les déradicaliser mais de les inciter à renoncer à la violence.

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Ce suivi des radicalisés s’effectue uniquement sur base volontaire. Par exemple, si un parent signale le comportement de son enfant au Caprev mais que celui-ci refuse tout dialogue, le rôle des intervenenants se cantonnera à aider la famille à recréer un lien avec le jeune. « Si la personne refuse, rien ne se fait », explique Olivier Plasman, référent radicalisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

43 dossiers sont donc ouverts. Un chiffre qui paraît dérisoire au premier regard, même s’il est difficile d’estimer le nombre de personnes radicalisées en Belgique. « Est-ce que c’est beaucoup, pas beaucoup ? C’est difficile à dire. On ne sait jamais si c’est dû à un manque de communication ou si c’est vraiment représentatif de la réalité. On peut aussi se réjouir qu’il n’y ait ‘que’ 43 dossiers à suivre. Il faut bien garder en tête que l’aspect qualitatif est plus important que l’aspect quantitatif. On a bien vu qu’une petite poignée de personnes peut faire des dégâts monstrueux », note Olivier Plasman.

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Le Caprev reste avant tout un centre d’appui aux services de premières ligne, comme les assistants de justice, les services d’aide aux détenus, les services de prévention communaux. « Sur la problématique de la déradicalisation, nous ne sommes pas seul. Mais nous sommes encore trop méconnus et nous allons donc renforcer notre communication vers les écoles, vers les centres culturels, vers les maisons de jeunes… Vers tout le secteur, en fait. C’est nécessaire pour pouvoir intervenir plus rapidement« .

 

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