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À l’université de Montpellier, des étudiants évacués et tabassés par des hommes cagoulés

Montpellier

Les hommes masqués étaient armés de lattes de bois, de gants renforcés et de pistolets à impulsion électrique. | © Capture d'écran Facebook

Société

Des hommes cagoulés et armés ont violemment expulsé des étudiants qui occupaient un amphithéâtre de la faculté de droit de Montpellier. Plusieurs témoins accusent le doyen d’avoir ouvert la porte aux agresseurs.

Des faits particulièrement violents se sont déroulés dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars à la faculté de droit de Montpellier, en France. Alors que des étudiants occupaient un amphithéâtre pour protester contre les réformes du secteur public, une dizaine d’hommes masqués et armés ont fait irruption dans le local, avant de les expulser violemment à coups de bâtons et de matraques. Plusieurs étudiants ont été blessés et certains emmenés à l’hôpital.

« Il restait encore une cinquantaine de personnes et d’un coup une dizaine de personnes sont arrivées, ils étaient habillés en noir, armés de bâton en bois et ont commencé à frapper tout le monde, à les trainer au sol », témoigne une étudiante interrogée par France 3 régions, encore sous le choc et les mains en sang après avoir tenté de dégager une amie tabassée et coincée sous une grille. De nombreuses vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, appuyant les déclarations de la jeune femme.

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La complicité du doyen de la faculté

Des étudiants accusent le doyen de la faculté de droit, Philippe Pétel, d’avoir été présent sur les lieux et de n’avoir rien fait pour empêcher l’intrusion extrêmement violente des hommes cagoulés. Pire, de nombreux étudiants accusent même le doyen d’avoir lui-même ouvert la porte aux agresseurs. « Le doyen de la fac de droit était présent. Je l’ai vu ouvrir la porte à ces hommes. J’ai vu les portes de la fac se refermer, avec ces hommes à l’intérieur », peut-on lire sous la vidéo vue plus d’1,5 million de fois. « Le doyen de la fac de droit, je l’affirme parce que je l’ai vu, a montré à ces hommes, dont il n’avait pas peur, les ‘cibles’ », ajoute l’étudiante présente lors de l’attaque.

Ils sont sortis par la sortie de secours, et les policiers les entouraient, comme une escorte de ministre.

Après leur expulsion, les étudiants ont appelé la police, mais celle-ci n’a rien pu faire. « Le doyen n’a pas autorisé la police à rentrer dans la faculté, pour arrêter les hommes qui ont envoyé trois étudiants à l’hôpital », continue l’auteure de la vidéo. « Ils sont sortis par la sortie de secours, et les policiers les entouraient, comme une escorte de ministre ».

Agression « fasciste »

Interrogée par France 3, l’étudiante aux mains ensanglantées ajoute que « le doyen s’était enfermé avec la dizaine d’hommes masqués », avant leur sortie. Pour elle, ce qu’elle vient de vivre est une agression « fasciste » : « des insultes, des cris racistes, des ‘sales arabes’, il y en a eu aussi dans cet amphi ».

Sur les différentes vidéos de la violente évacuation, on peut également voir des hommes habillés d’une veste rouge, le personnel chargé de la sécurité incendie, ne s’interposant à aucun moment contre les agresseurs.

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Face à ces soupçons de complicité, la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault a demandé « au Procureur de la République l’ouverture d’une enquête concernant la mise en place d’une milice privée, intervenant de façon coordonnée, avec armes et violences afin d’effectuer une expulsion illicite ». De son côté, la ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative.

Le doyen se défend (et démissionne)

Dans une interview accordée à France 3, le doyen nie être à l’origine de leur intervention, sans pour autant la condamner. « J’ai demandé à avoir la police toute la journée, mais je ne l’ai pas eue. Je n’ai fait rentrer personne. Les étudiants étaient contre cette occupation, s‘ils ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer ».

Vendredi soir, le président de l’université a reçu la démission de Philippe Pétel, qui quitte ses fonctions de doyen de la faculté de droit et de science politique. Le parquet a ouvert une enquête « pour des faits de violences en réunion et avec arme ». Celle-ci devrait permettre de connaître les auteurs de cette violente évacuation.

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