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Aux États-Unis, la révolte d'une pom-pom girl discriminée

Les pom-pom girls des New Orleans Saints en visite à Londres | © Flickr @ NFLUK

Société

Elle ne pensait pas avoir à mener ce combat un jour, mais son éviction de l’équipe dans laquelle elle était depuis des années a provoqué en elle une véritable prise de conscience.

Bailey Davis, ancienne pom-pom girl au sein de l’équipe de football américain des New Orleans Saints, mène aujourd’hui un combat contre le sexisme et les discriminations. Tout a commencé par une banale photo postée sur Instagram. Comme l’imposait le règlement de son équipe, elle avait rendu son compte privé, permettant uniquement aux personnes autorisées de regarder ses photos. Tout allait bien jusqu’au jour où Bailey Davis a publié une image d’elle en maillot de bain une pièce. Un cliché contraire à l’éthique de son équipe selon le règlement établi, interdisant aux jeunes femmes de poser nue ou en petite tenue. Mais ce n’est pas la seule règle qu’aurait enfreinte Bailey. Elle aurait également été vue en train de faire la fête avec des joueurs des Saints alors que là encore, elle n’en n’avait pas l’autorisation. Face à ces deux manquements aux règles, elle a été renvoyée de son groupe de danseuses.

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Décidée à ne pas se laisser faire, Bailey Davis a porté plainte contre son ancien employeur. Le New York Times indique qu’elle est aujourd’hui aidée par l’agence fédérale de protection des droits civils. Dans la plainte, elle accuse les Saints de discrimination, affirmant qu’il existe deux règlements différents, l’un imposé aux joueurs masculins et l'autre aux pom-pom girls. La plainte affirme que les règles des New Orleans Saints reflètent des visions dépassées des femmes, au sein d’un milieu – celui de la NFL -, marqué par le sexisme et les affaires de violences conjugales et de harcèlement sexuel.

"Si elles n’ont pas le droit de contacter les joueurs, alors les joueurs ne devraient pas avoir le droit de le faire non plus"

Dans le New York Times, on apprend ainsi que les pom-pom girls des Saints ont interdiction de fraterniser avec les joueurs. Selon le règlement officiel des cheerleaders, les danseuses doivent à tout prix éviter le contact avec les joueurs en face à face ou sur Internet. Si elles deviennent amies avec eux, elles sont sanctionnées, ce qui n’est pas le cas des joueurs qui eux ont le droit de les aborder. Ainsi, pour éviter de s’adresser à eux, les jeunes femmes doivent les bloquer sur tous leurs réseaux sociaux. Si elles se retrouvent par hasard dans le même restaurant que les joueurs, elles doivent quitter l’établissement et n’ont pas le droit de dire autre chose aux joueurs que «bonjour» et «super match» lorsqu’elles les croisent. Autre règle stricte, elles ont interdiction de poser avec leurs tenues de pom-pom girls, les empêchant par la même occasion de miser sur leur image ou leur communication. Autant d’interdictions et de règles que les joueurs, eux, n’ont pas à suivre. «Si elles n’ont pas le droit de contacter les joueurs, alors les joueurs ne devraient pas avoir le droit de le faire non plus», dénonce dans le New York Times l’avocate de Bailey Davis, Sara Blackwell. «Le stéréotype antique selon lequel les femmes doivent se cacher des hommes pour leur propre protection n’est pas autorisé en Amérique, et encore moins sur un lieu de travail», a-t-elle ajouté.

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Un temps accusé de sous-payer les cheerleaders ou de les traiter de façon injuste, la NFL avait usé d’une pirouette en estimant que ce n’était pas de sa responsabilité mais de celle des clubs, affirmant que les jeunes femmes étaient employées par les équipes et non par la Ligue. Cependant, dans sa plainte, Bailey Davis compte bien mettre la NFL devant ses responsabilités, indiquant que les règles des Saints étaient contraires à la politique de la Ligue. Cette dernière interdit en effet «toute forme de discrimination basée sur la couleur, la religion, le sexe, les origines, le handicap ou l'orientation sexuelle au sein du milieu professionnel ou des opérations sponsorisées par la NFL». Bailey Davis explique dans le New York Times ne pas chercher à retrouver son travail mais aider les pom-pom girls à améliorer leurs conditions en forçant les équipes à changer leurs règles afin que tous les employés soient traités de la même façon. En réponse, les Saints ont fait savoir dans un communiqué qu’ils n’avaient jamais discriminé la jeune femme en raison de son genre. «Nous mettons à point d’honneur à traiter tout le monde équitablement, dont mademoiselle Davis. Au bon moment, et face aux bonnes personnes, les Saints se défendront de leur politique au travail».

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