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Venezuela : Pourquoi "l'incendie" d'un commissariat n'est pas un cas isolé

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Des proches des victimes devant le lieu de l'incendie. | © EFE/Miguel Gutierrez

Société

Un "incendie présumé" dans un commissariat a entraîné la mort d'au moins 68 personnes dans un pays où la surpopulation dans les prisons contraint les forces de l'ordre à utiliser les commissariats comme lieux de détention de longue durée. 

Ils sont morts asphyxiés ou brûlés. 68 personnes ont perdu la vie dans un "incendie présumé" dans le commissariat principal de Valence, dans le nord du Venezuela, a annoncé mercredi le parquet cité par AFP. Une ONG fait état elle d'une mutinerie de dizaines de détenus. "Face aux terribles évènements survenus dans le commissariat principal de l'Etat de Carabobo, où un incendie présumé a fait 68 morts, nous avons désigné quatre procureurs (...) pour éclaircir ce qui s'est passé », a déclaré le procureur général Tarek William Saab, sur son compte Twitter. D'après les premiers éléments de l'enquête, "66 hommes sont morts ainsi que deux femmes venues rendre visite » à des détenus, a-t-il ajouté.

L'incendie se serait déclaré tôt mercredi matin après une tentative d'évasion. Selon l'ONG, les détenus auraient mis le feu à des matelas et se seraient emparés de l'arme d'un gardien. Après le drame, des photographies ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant des corps brûlés et des pompiers en train d'intervenir pour maîtriser les flammes. Déboussolées, les familles des victimes ont ensuite tenté d'entrer dans les locaux de la police de Valence. Une vidéo montre des dizaines de personnes massées devant le commissariat de police réclamant des informations et des femmes en pleurs, la police lançant des grenades lacrymogènes pour les disperser. "Je suis une mère désespérée, mon fils est là depuis une semaine. Ils n'ont donné aucune information », a dit à la presse locale une femme, Dora Blanco.

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"Une enquête sérieuse et approfondie a été lancée pour identifier les causes et les responsables de ces événements regrettables », a écrit sur son Twitter le gouverneur de l'Etat de Carabobo qui a exprimé sa compassion aux proches des victimes.

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EFE/Miguel Gutierrez

Surpopulation problématique

Mais pourquoi autant de détenus ont-ils péri dans un commissariat ? Au Venezuela, la surpopulation dans les prisons oblige les forces de l'ordre à utiliser les commissariats comme lieux de détention de longue durée, alors que, selon la loi, la détention ne peut excéder 48 heures dans ces locaux. Pour Carlos Nieto, le directeur de l'ONG Une fenêtre sur la liberté, ce drame "n'est pas une situation isolée" car tous les centre de détentions vénézuéliens "connaissent les mêmes conditions de surpeuplement et de manque de nourriture, voire pire ». Selon l'ONG qui défend les droits des détenus, 62 détenus et deux policiers, sont morts en 2017 dans des incidents mais aussi de maladies liées aux mauvaises conditions carcérales. Selon la même source, dans le pays le surpeuplement représente 400% de la capacité d'accueil.

Le 16 mars, une soixantaine de détenus se sont brièvement échappés d'une prison de l'île touristique de Margarita, dans le nord, par un trou qu'ils avaient ouvert dans un mur. En août 2017, une mutinerie a fait 37 morts et 14 blessés dans un commissariat de l'Etat d'Amazonas, au sud du pays.

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