Paris Match Belgique

Comment le jeu FarmVille nous a habitué à livrer nos données à Facebook

Le jeu FarmVille a connu un grand succès au début des années 2010. | © DR

Société

Au début des années 2010, les jeux sur Facebook ont habitué les utilisateurs du réseau social à livrer leurs données, sans s’inquiéter de savoir où elles fileraient ensuite.

Des heures passées à récolter des aubergines dans une ferme californienne, entouré de vaches et de porcelets, un chapeau de paille enfoncé sur le front. Un doux souvenir qui fait, pour nombre de personnes, surtout référence au jeu FarmVille, sur Facebook. La belle époque : celle où l’on ne s’inquiétait pas encore que chaque clic dans l’application puisse donner naissance à un nouveau scandale de données.

Lire aussi > Cambridge Analytica a joué un « rôle crucial » dans le Brexit

En juin 2009, l’entreprise Zynga sort avec succès FarmVille, un « jeu tiers » – en référence aux « applications tierces », développées par des structures différentes que celles sur lesquelles elles opèrent. La compagnie est déjà à l’origine des jeux Mafia Wars et Words With Friends – et ensuite FrontierVille et CityVille – mais c’est son simulateur fermier qui touche le jackpot. C’est rapidement un super-succès : en six semaines, le jeu devient le plus populaire de Facebook et comptabilise 10 millions d’utilisateurs. Moins d’un an plus tard, FarmVille en compte près de 84 millions. Une véritable petite révolution, qui catapulte directement Zynga comme nouveau chouchou de la Silicon Valley.

Mais dès années après son succès, et plus tard l’explosion de sa bulle vers 2012 – notamment dûe à un changement de politique de Facebook, qui a rendu moins facile le recrutement de joueurs par FarmVille -, pourquoi reparler de ce jeu en 2D, définitivement passé de mode ? C’est qu’à la lumière du scandale de Cambridge Analytica, on découvre enfin le rôle des jeux tiers dans notre faculté à livrer si facilement nos données à Facebook, décrypte Slate dans un long article sur le sujet.

Données captives, une genèse innocente

Débusquée en mai 2018, la société d’analyse de données à des fins communicationnelles Cambridge Analytica est désormais accusée d’avoir dressé des millions de profils psychologiques de votants, à partir d’applications tierces semblables à FarmVille. Les utilisateurs avaient donné accès à leurs informations – mais aussi à celles de leurs amis Facebook – en 2014, à travers l’app « thisisyourdigitallife ».

Et cette dernière a pu compter sur le chemin déjà pavé par FarmVille : si aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter vers où volents leurs données privées, il y a quelques années encore, nombre d’utilisateus signaient les yeux fermés leur inscription sur des applications tierces comme le célèbre jeu agricole, sans un coup d’œil aux conditions d’utilisation. Une habitude qui s’est renforcée avec l’utilisation de Candy Crush, Spotify et plus tard Tinder, qui permettent de s’y inscrire en un clic avec leur compte Facebook.

Lire aussi > Facebook s’apprête-t-il à connaitre sa première grande fuite d’utilisateurs ?

Selon Jennifer King, une experte en vie privée de Berkeley interrogée par Slate, FarmVille a ainsi « posé les bases ». Ses joueurs « se sont habitués à utiliser des applications sur Facebook avec l’idée qu’elles étaient fondamentalement innofensives ». Et ce, alors même que Facebook vendait petit à petit ces données à de tierces entreprises. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ont perdu le fil de leurs inscriptions, et donc des applications tierces qui ont accès à leurs informations – comme leur âge, leur métier, leur code postal, leur genre, et parfois plus encore.

©Capture d’écran Facebook

Si Facebook permet désormais facilement de les débusquer – et de supprimer leurs accès – via les paramètres des applications, tous ne sont pas forcément au courant des rouages de la mécanique du réseau social, et comment, en partie, les bloquer.

Lire aussi > L’avocat belge de Julian Assange : « Les États cultivent le secret à un niveau jamais atteint dans l’Histoire »

Dans une interview pour parismatch.be, Christophe Marchand, entre autres avocat de Julian Assange – célèbre pour ses fuites de données à travers Wikileaks – met en garde : « On utilise ces programmes comme Facebook, WhatsApp, tous les systèmes de messagerie, sans vraiment savoir ce qu’on donne comme informations et sans vraiment savoir comment elles vont être utilisées. (…) Je pense qu’il est très important que les citoyens s’approprient ces technologies et sachent les utiliser, en mettant les limites nécessaires à la protection de leur vie privée, la protection qu’ils choisissent eux ».

CIM Internet