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À l’ère des fake news, le poisson d’avril nous fait-il encore rire ?

Dans un contexte grandissant de fake news, le poisson d'avril aurait-il perdu de son sens de l'humour ? | © Flickr : Natalie Parker

Société

À l’ère des fake news et de la désinformation, les canulars dans la presse et ailleurs font-ils encore réellement rire ?

 

L’an dernier, la presse scandinave était l’une des premières à boycotter les canulars du 1er avril. La faute aux « fake news », s’insurgeaient à l’époque les journalistes norvégiens et suédois qui depuis un an, se refusent à publier des poissons. Leur mission : travailler sur des informations authentiques et ce, y compris le premier jour du mois d’avril. « Sachant la facilité avec laquelle les fausses nouvelles se répandent, je ne veux pas voir notre marque entachée par une histoire potentiellement virale et fausse », écrivait Magnus Karlsson, rédacteur en chef du quotidien suédois Smålandsposten. « Je pense que nous devons faire attention avec l’idée de tromper les gens », affirmait de son côté Kristin Monstad, rédactrice en chef du journal norvégien Drammens Tidende.

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Si aujourd’hui, la presse belge s’est encore amusée des fausses informations ramassées dans ses filets, certains médias font progressivement le choix de s’en passer. Comme ce fut le cas l’an dernier pour RTL Info qui, malgré la sacrosainte tradition, avait « décidé de ne publier aucun poisson d’avril ». Une décision prise un an auparavant déjà, au lendemain des attentats de Bruxelles quand la presse nationale n’avait pas le cœur à faire des blagues. Chaque année, les fameux classements des meilleures vannes vues dans la presse et sur la toile fonctionnent de moins en moins, avec des contenus qui rétrécissent avec le temps… Jusqu’à un jour, peut-être, disparaître.

Entre la chasse aux fake news lancée par les politiques et la vitesse à laquelle se répandent les fausses nouvelles, difficile de trouver le vrai bon canular de l’année. © Flickr : Zephyr Liu

Sujets brûlants

Dans un contexte grandissant de fake news, le poisson d’avril aurait-il perdu de son sens de l’humour ? Si les rires autant que les clins d’œil restent autorisés sur les antennes et en manchettes de journaux, la prudence est de mise pour ne pas tout mélanger. Entre la chasse aux fake news lancée par les politiques et la vitesse à laquelle se répandent les fausses nouvelles, difficile de trouver le vrai bon canular de l’année. « Ce qui est compliqué, surtout aujourd’hui, c’est qu’on essaye d’atteindre une masse de gens, en faisant en sorte d’être drôle sans être offensant », explique à Poynter Maurice Schweitzerprofesseur à l’Université de Pennsylvanie, qui étudie les émotions, la prise de décision et l’humour. Depuis l’émergence explosive des fake news, « il est devenu difficile de vérifier toutes les histoires qui sortent », ajoute-t-il. « Je pense que ceux qui cherchent à faire des blagues sont désormais limités dès qu’il s’agit d’inventer des histoires scandaleuses. Beaucoup de sujets sont devenus brûlants qui risquent d’offenser les uns ou d’être banalisés par les autres ».

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Si la période délicate veut que le poisson d’avril soit désormais pris avec des pincettes, plusieurs restent convaincus que le premier avril a gardé de son potentiel traditionnellement drôle et amusant. « Je pense que pour la grande majorité des gens, cela crée un espace de sécurité, que ce soit au sein de la famille ou d’un groupe de collègues. Un espace qui selon moi est important pour nous inciter à penser différemment et à nous exprimer de manière à contourner les règles », estime le professeur Schweitzer. La preuve, lorsque la blague reste bon enfant. Un soin que continuent de prendre certains.

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