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Martin Luther King : 5 discours qui ont marqué son combat

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Martin Luther King, le 28 août 1963. | © EPA PHOTO/AFP FILES

Société

Le 4 avril 1968, Martin Luther King était assassiné. Cinquante ans plus tard, tout le monde se souvient de son discours le plus célèbre lors duquel le héros de la lutte pour les droits civiques évoquait son rêve. Mais ce n’est pas le seul.

L’Histoire retiendra quatre mots pour évoquer le don d’orateur de Martin Luther King. Si son « rêve » est encore dans toutes les mémoires, et encore d’actualité cinquante ans après sa mort, d’autres discours prononcés par le leader du mouvement des droits civiques sont tout aussi importants et inspirants. En voici quelques-un.

Lettre de la prison de Birmingham

Emprisonné en avril 1963 à Birmingham suite à une manifestation pacifique contre l’injustice, Martin Luther King écrit une lettre manifeste de son engagement et de son combat pour les droits civiques. Cet appel en faveur d’une « tension constructive et non-violente » pour faire cesser les lois injustes aux États-Unis est devenu un document historique du mouvement. « Toute injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout ailleurs », écrit-il. « Nous sommes pris dans un réseau de relations mutuelles auquel nous ne pouvons échapper ; notre destinée commune est un vêtement sans couture. Ce qui affecte directement l’un de nous nous affecte tous indirectement », avant d’ajouter plus loin : « Nous atteindrons l’objectif de la liberté à Birmingham et partout dans le pays, parce que le but de l’Amérique est la liberté ».

I Have a Dream…

Cinquante ans après sa mort, tout le monde se souvient de ce célèbre discours. Nous sommes le 28 août 1963, Martin Luther King se trouve devant plus de 250 000 manifestants sur les marches du Lincoln Memorial lors de la « marche pour l’emploi et l’égalité » organisée par divers mouvements défendant les minorités. Par ces quatre mots, « I have a dream » (« j’ai un rêve »), le leader du mouvement des droits civiques marquera l’Histoire à tout jamais. « Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : ‘Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux’. Je rêve qu’un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. (…) Je rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve ! ». En tout, King répète sept fois « I have a dream » dans ce discours… improvisé. En effet, cette partie ne figurait pas dans le texte qu’il avait préparé ce jour-là, révèle l’Obs.

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© EPA/AFP/FILES

Si le public retient aujourd’hui ces quatre mots, le reste du discours est plutôt radical et menaçant. Après avoir rendu hommage à Abraham Lincoln, le président qui a aboli l’esclavage aux Etats-Unis, Martin Luther King appelle les Noirs à se réveiller parce que « cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination ». Il se fait même plus offensif : « Il n’y aura plus ni repos ni tranquillité en Amérique, tant que le Noir n’aura pas obtenu ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte continueront de secouer les fondations de notre nation jusqu’au lever lumineux du jour de la justice ». Cinquante ans après son assassinat, la lutte pour les droits des Noirs américains reste plus que jamais d’actualité.

Our God is marching on

Mais après ce discours culte et un prix Nobel de la paix en 1964, le combat est loin d’être terminé et se concentre le temps de trois marches de Selma à Montgomery, en Alabama, sur le droit de vote. À la fin de ces marches de protestation, Martin Luther King prononce un discours électrifiant, point culminant du combat politique. « Ils nous ont dit que nous ne serions pas ici. Et il y avait ceux qui disaient que nous n’irions ici sans passer sur leurs corps, mais tout le monde sait aujourd’hui que nous sommes ici et nous nous tenons devant les forces du pouvoir dans l’Etat d’Alabama en disant : ‘Nous ne laisserons personne nous faire rebrousser chemin’ », déclare-t-il après le demi-tour du cortège lors de la deuxième marche. « Nous sommes en mouvement et aucune vague de racisme ne peut nous arrêter. Nous sommes en mouvement maintenant. L’incendie de nos églises ne nous découragera pas. Le bombardement de nos maisons ne nous dissuadera pas. Nous sommes en mouvement maintenant (…) Nous nous dirigeons vers la terre de la liberté » avant de conclure sur une suite de « Combien de temps ? Pas longtemps » sous les cris de la foule chantant « Glory Hallelujah ».

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Les manifestants pacifiques arrivent à Montgomery après la troisième marche. © AFP PHOTO / –

A Time to Break Silence

Certainement son discours le plus controversé. Un an jour pour jour avant sa mort, Martin Luther King se prononce définitivement contre la guerre du Vietnam, à une époque où de nombreux Américains la soutiennent encore. « Une nation qui continue année après année à dépenser plus d’argent pour la défense militaire que pour les programmes d’amélioration sociale approche la mort spirituelle », a déclaré le militant. « Nous avons encore le choix aujourd’hui : la coexistence non-violente ou la coannihilation violente. Nous devons passer de l’indécision à l’action. Nous devons trouver de nouvelles façons de parler pour la paix au Vietnam et la justice dans le monde en développement, un monde qui borde nos portes ». Résultats : le président Johnson, qui avait soutenu son combat pour les droits civiques, ne veut plus lui parler, de grands journaux tels que le New York Times et le Washington Post lui conseillent de « s’en tenir aux droits civiques » et un grand nombre de ses supporters le lâchent. Mais cela ne changera rien pour Martin Luther King qui fera passer ses principes avant sa popularité.

I’ve Been to the Mountaintop

Le 3 avril 1968, Martin Luther King livre son dernier discours à Memphis, dans le Tennessee. Dans ce dernier, le pasteur parle de sa propre mort. « Nous avons quelques jours difficiles devant nous. Mais ça n’a plus vraiment d’importance pour moi maintenant parce que j’ai été au sommet de la montagne. (…) J’ai regardé par-dessus et j’ai vu la terre promise. Je n’y serai peut-être pas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir que nous, en tant que peuple, arriverons à la terre promise ».

Ce n’est pas la première fois que Martin Luther King évoque sa peur de mourir d’une mort violente, mais cette fois-ci, le leader des droits civiques est imperturbable, déclarant qu’il ne craint personne et s’exclamant dans un dernier élan : « mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ». Le lendemain, il est tué par balle alors qu’il se trouve sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee. Cinq jours plus tard, le président Johnson déclare un jour de deuil national. Le premier pour un Afro-Américain.

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