Paris Match Belgique

Au fond, pourquoi porte-t-on des vêtements ?

Image d'illustration | © Pexels

Société

Depuis des milliers d’années, le vêtement en fait des couches, reléguant notre plus simple apparat à l’intimité. Mais pourquoi diable a-t-on voulu s’habiller en premier lieu ?
Des pantalons, des robes, des pulls, des vestes, des bonnets, des gants, et même des sous-vêtements : tous les jours ou presque, nous recouvrons notre corps – et pas seulement nos parties intimes – d’étoffes en couches. Et si s’habiller peut être un véritable casse-tête, celui-ci se limite bien souvent au style : on s’habille sans y penser, parce qu’il le faut bien. Et puis, de temps en temps, une impulsion naturiste nous fait tout remettre en question : mais pourquoi s’habille-t-on, alors que nous sommes tous nés tout nus ?

Pour répondre à cette question inhérente à l’espèce humaine, les universités rivalisent d’études pour expliquer cette habitude indéboulonnable. Pour celle de Sidney, tout a commencé avec nos poils – ou plutôt avec l’absence de ceux-ci. Lorsque Homo sapiens s’est mis à peupler le monde, il n’était déjà plus si velu. Ses premières tenues lui ont donc servi à compenser un pelage manquant. Sous le soleil tapant, par exemple, elles lui servaient à se protéger des rayons brûlants. Mais avant lui, l’Homme de Néandertal avait lui aussi un certain sens de la mode, pour des raisons plus givrées : ayant vécu dans des régions frisquettes, il aurait commencé à porter des vêtements pour se protéger du froid.

Néandertal, précurseur du style

S’il n’existe aucune trace de leurs vêtements, explique la BBC dans un long article sur le sujet, c’est parce que l’étoffe ne se fossilise pas : elle se désintègre avec le temps, comme si elle n’avait jamais existé. Une étude de 2011 en démontre pourtant l’existence, grâce à… des larves. Avec l’apparition des vêtements, celles-ci y ont trouvé un nouvel habitat, et se sont mises à muter. C’est ainsi que l’on date l’apparition des premiers vêtements, il y a seulement 170 000 ans. Avant cela encore, on pense que les hommes et femmes de Néandertal se couvraient de simples peaux de bêtes, la fourrure du glouton étant particulièrement appréciée de nos ancêtres. Des recherches datant de 2012 estiment cependant qu’ils ne couvraient que 70 à 80% de leur corps durant les périodes hivernales, bien moins que l’humain actuel, qui s’est mis à recouvrir jusqu’à 90% de sa surface corporelle la majeure partie de l’année.

Lire aussi > En Belgique, de plus en plus de commerces disent « non » à la fourrure

©Pexels – La plage, l’un des derniers bastions de la (presque) nudité.

Si l’on en sait peu sur la mode néandertalienne, on pense depuis 2016 qu’il s’agissait généralement de simple « manteaux » de fourrure. Ce n’est que plus tard que les hommes et femmes, avec l’arrivée progressive d’outils, se sont mis à confectionner des pièces pour les différentes parties du corps. Ce n’est qu’à l’âge de pierre, il y a environ 30 000 ans, que nos tenues se sont complexifiées, mais ont aussi commencer à porter une symbolique bien plus forte qu’un simple « revêtement », explique la BBC. Les peintures, utilisées dans les rites, ont progressivement été remplacées, dans certaines parties du globe, par des vêtements, et ce avec l’arrivée d’un climat moins toujours moins clément. « La fonction décorative a été transférée aux vêtements », raconte Ian Gilligan de l’Université de Sidney, interviewé par la BBC.

Péché de nudité

Mais aujourd’hui, alors que certaines communautés tribales prouvent que tout le monde ne se promène pas en parka, pourquoi continuons-nous à nous couvrir – même en pleine canicule ? Certaines thèses anthropologiques, rapportées par Slate, font état de notre « choix humain » de s’habiller : nous aurions voulu éviter d’être constamment tentés par le désir sexuel. « Chez les singes, cousins de l’homme, c’est la coloration des parties génitales de la femelle qui signale aux mâles qu’elle est apte à la reproduction. L’humain étant debout, tout le corps se serait érotisé, incitant ainsi les êtres humains à la pudeur pour protéger l’intégrité des corps, la paix sociale, ou encore les structures familiales », décrypte le site, citant en exemple nos proches cousins les bonobos qui, vivant nus, copulent constamment – en moyenne huit fois par jours. Car même dans les sociétés où l’on porte peu de vêtements, des tissus viennent bien souvent cacher le sexe.

©Pexels

Lire aussi > Échappées belles et fesses à l’air : la nouvelle tendance déculotée d’Instagram

À l’heure où la nudité est en partie punie par la loi, il semblerait que la pudeur soit devenue la règle, bien qu’elle ne soit qu’une construction sociale. Cette notion de pudeur évolue et change d’ailleurs selon les époques, les sociétés et ses communautés. Chez les occidentaux, Slate assure qu’elle est notamment marquée « par les traditions judéo-chrétiennes, le tabou du nu est institué par la Genèse, avec le péché originel d’Adam et Eve. Par ce texte, où ils se rendent compte de leur nudité après qu’Ève a croqué la pomme, la religion inscrit l’obligation de cacher son corps dans la société ». Bref, l’humain et le vêtement, une histoire qui remonte à la nuit des temps.

 

Mots-clés:
Vêtements pourquoi
CIM Internet