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Patrice Cani, le scientifique belge qui pourrait révolutionner l’intestin

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Patrice Cani, en 2016. | © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Société

Le professeur Patrice D. Cani, chercheur FNRS-WELBIO, codirige l’Unité de recherche Métabolisme et Nutrition à l’UCL. Spécialiste de l’intestin, il a trouvé une bactérie qui pourrait avoir des effets bénéfiques sur des personnes souffrant d’obésité, de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Une découverte saluée dans le monde. L’homme en est encore aussi surpris que ravi.

Paris Match. L’Akkermansia muciniphila : cette bactérie miraculeuse est-elle devenue votre complice préférée ?
Patrice Cani. C’est une amie de longue date. L’expérience qui l’a révélée date de 2007. Quelques années après la découverte du séquençage du génome humain, on a pu se mettre à séquencer tout ce qui comporte de l’ADN, dont le microbiote intestinal. J’ai pris le pari d’entamer une recherche sur cette bactérie alors inconnue. En 2010, on a pu observer ses effets sur des animaux et se rendre compte qu’on tenait peut-être quelque chose. Les premiers résultats de 2013 se sont retrouvés publiés dans la revue américaine PNAS. Et les journalistes du monde entier ont accouru, alors que nous n’avions rien communiqué ! Le processus était en marche : il fallait ensuite comprendre comment cette bactérie pouvait vivre mais aussi se multiplier, ce fut un travail énorme. Ces derniers travaux ont été publié en 2017 dans la revue britannique Nature Medicine.

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L’intestin est-il tendance ? On ne parle plus que de lui.
L’intestin est un organe-clé, c’est là que vous avez la majorité des cellules immunitaires et un nombre incroyable de cellules neuronales, il est en perpétuel renouvellement. Toutes mes recherches sont liées à l’intestin, sur sa façon dont il peut impliquer d’autres organes et contribuer au développement de certaines maladies. Nous avons des projets sur l’obésité, le diabète de type 2, les facteurs de risques cardio-vasculaires, certaines maladies du foie… Et on découvre encore de nouvelles bactéries.

L’ensemble des bactéries intestinales dialoguent entre elles, mais également avec nos propres cellules humaines et vice versa.

Quelle est la priorité dans la recherche ?
La devise du FNRS est : la liberté de chercher. Le Prix Nobel de médecine François Jacob a écrit très justement que l’imprévisible est dans la nature même de l’entreprise scientifique. C’est exactement de cette façon que je vis ma passion depuis mes débuts. J’espère toujours que la recherche que j’établis aujourd’hui pourra aider mon prochain demain. Il faut laisser cette part à la créativité.

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La notion de partage s’avère fondamentale dans votre parcours.
Je ne suis rien sans communiquer avec mon équipe, les autres scientifiques dans le monde ni sans les outils de mes
prédécesseurs. Les Cliniques universitaires Saint-Luc ont cru en notre projet via le Département d’endocrinologie et nutrition. Entre fin 2015 et 2018, nous avons procédé au recrutement de 50 volontaires qui ont eu la gentillesse d’y croire aussi en prenant le complément alimentaire que nous avions élaboré. Notre étude vient de se terminer le 20 février et nous avons commencé l’analyse de l’ensemble des échantillons. Cette bactérie a-t-elle permis de diminuer un peu le cholestérol ? Le sucre dans le sang ? L’obésité ? Conviendra-t-elle à tout le monde ? Quant au grand public, il reste déterminant sur le chemin du chercheur. Si on fait de la recherche c’est grâce à la communauté. Son intérêt grandissant pour la santé et la nutrition représente un véritable moteur. Je pense parfois au petit gamin que j’étais, désireux d’agir à sa façon et d’aider les autres.

Un chercheur se doit d’être patient. L’êtes-vous dans votre vie ?
Non ! J’aime que les choses se mettent en place rapidement. Mes filles pourraient en témoigner, on se dépêche toujours le matin pour partir à l’école avant que je ne file à mon laboratoire. J’éprouve une passion absolue pour mon métier.

Mots-clés:
anatomie intestin
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