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Tendance ratée pour une collection en hommage au colonialisme

Big Uncle

Une imagerie coloniale qui dérange | © Big Uncle

Société

Sahariennes, nuancier sablé et discrètes touches d’imprimés exotiques : avec sa dernière collection, le label milanais Big Uncle a voulu rendre hommage au colonialisme. Un « voyage bref et intense » dans les anciennes colonies qui dérange d’autant plus que le modèle choisi pour présenter la collection est blanc et blond. 

« Les formes et les volumes se mélangent comme les cultures de l’Orient et de l’Occident, les couleurs sont chaudes comme les villes, douces comme les couchers de soleils, poussiéreuses comme les routes. Le lin est rêche comme les visages dévorés par le soleil ». De prime abord, le manifeste de Big Uncle pour sa collection printemps-été 2018 serait presque poétique. Jusqu’au dérapage. « Les vêtements, qu’ils soient robustes ou délicats, nous rappellent notre émotion, notre passé colonial ». Un passé compliqué, vécu bien différement par les colons et les peuples colonisés, et que Big Uncle a pourtant choisi d’ignorer avec une collection dont l’ambiance nostalgique a pour certains critiques des relents de racisme.

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Car au-delà du sweat barré d’un « colonialism » écarlate ou des vêtements à l’esthétique militaire, s’ajoute aussi le fait que la collection est présentée par un modèle blanc aux cheveux blonds comme les prés. Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère de Mireille Harper, une journaliste de 23 ans à l’origine d’une pétition en ligne demandant à ce que la collection soit retirée du marché.

Qu’ils soient mal informés ou simplement racistes, je n’en sais rien, en tout cas, ils semblent ne pas comprendre le traumatisme avec lequel vivent encore aujourd’hui les personnes de couleur, particulièrement en Italie où racisme, préjugés et discrimination sont le lot quotidien des personnes d’origine étrangère.
Mireille Harper

Dans la pétition, qui a rapidement recueilli près de 1 000 signatures, Mireille Harper souligne que « les créateurs semblent complètement ignorer l’héritage de racisme, d’oppression et de pauvreté que le colonialisme a créé ». Des accusations que réfutent Sabino Iebba et Riccardo Moroni, les deux créateurs à l’origine du label Big Uncle.

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Selon un porte-parole de la marque, il ne s’agit en effet pas de glorifier le colonialisme mais bien de pousser les gens à s’interroger sur leur passé. « Nous sommes navrés que le nom de notre collection ait causé une telle vague d’indignation. Notre objectif n’était certainement pas de glorifier une période sanglante remplie d’atrocités. Nous ne voulions blesser personne et nous présentons nos excuses les plus sincères si cela a été le cas ».

Les créateurs de Big Uncle ne sont ni fascistes, ni colonialistes. Ils croient fermement dans la liberté de penser et dans la supériorité de la pensée sur n’importe quelle forme d’expression. Big Uncle adore le style colonial mais est contre toute forme de colonisation.

Reste qu’au-delà de la controverse, la collection d’inspiration coloniale de Big Uncle ne fait que relancer le débat autour de la relation compliquée de la mode avec le multiculturalisme et l’héritage culturel. Ces derniers mois, H&M a en effet créé la polémique en faisant poser un enfant noir dans un pull orné d’un singe, tandis que Marc Jacobs a quant à lui subi les foudres des critiques après avoir fait défiler des mannequins blanches coiffées de dreadlocks. Raciste, le monde de la mode ? Face à la multiplication des maladresses, la question a le mérite d’être posée.

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