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Au fond, pourquoi avons-nous des sourcils ?

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Les sourcils ont aidé à sauver l'humanité. | © Pixabay

Société

On les fronce, on les hausse… Les sourcils sont un élément-clé de nos expressions faciales et, sans eux, l’homme n’aurait probablement pas survécu.

Instagram voit toutes les semaines une nouvelle tendance sourcils. Qu’ils soient en forme de vagues, de plumes, de tresses, ou encore de sapins de Noël pour les plus festifs, ces poils semblent avoir comme seule utilité la créativité. Parmi les moins extravagants, il existe deux catégories : ceux et celles qui les travaillent et les épilent, et les autres qui les préfèrent au naturel, ébouriffés. Mais tous ne se sont certainement jamais demandés à quoi servaient ces deux lignes de poils à l’épaisseur et au galbe si différents. Tous, sauf une équipe anglo-portugaise qui en a fait son sujet d’étude.

Publiée dans la revue Nature, Ecology and Evolution, l’étude indique que les ancêtres de l’humanité présentaient des arcades sourcilières plus ou moins proéminentes, alors que l’être humain moderne a un front plus haut et des arcades peu accentuées. Aujourd’hui, les sourcils sont beaucoup plus mobiles. Conséquence : ils nous aident, inconsciemment ou non, à communiquer. De la colère en fronçant les sourcils, à la joie en les soulevant, cette petite partie du visage est en effet un excellent outil d’expression, parfois involontaire, et permet de décliner un grand nombre d’émotions, parfois subtiles.

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Analyse du passé

Par le passé, deux théories, communément admises, ont donné leur propre explication à la présence d’arcades sourcilières, explique L’Obs. Pour la première, cette zone pileuse est « une zone intermédiaire entre les orbites et la boîte crânienne, et sa configuration dépendrait donc de l’évolution de ces deux éléments ». Pour la seconde, plus mécanique, les arcades sourcilières imposantes de nos ancêtres protégeaient la mâchoire et le crâne de blessures en mâchant de la nourriture dure et renforçaient généralement leur structure. « Elles ont commencé à disparaître après que l’Homme a maîtrisé le feu et les outils, et a commencé à manger de la nourriture plus douce et calorique », explique de son côté Sputnik.

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Mais cette dernière étude démonte ces hypothèses. Pour cela, les anthropologues ont créé un modèle numérique du crâne de l’Homo Heidelbergensis, un des premiers représentants de notre espèce, aux arcades sourcilières imposantes. En étudiant les variations possibles de ces dernières, les chercheurs ont déterminé que leur taille n’influençait pas la résistance du crâne, la force de la mastication et la taille du cerveau. En revanche, ils ont remarqué une différence de taille entre les arcades d’hommes et de femmes, qui pourraient, selon eux, être une manière de signaler socialement sa dominance et son éventuelle agressivité.

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Mieux communiquer pour mieux survivre

Lors de l’évolution, la boîte crânienne s’est agrandie et, inversément, l’arcade sourcilière s’est réduite, offrant une plus grande mobilité aux sourcils. L’homme peut ainsi bouger ses arcades sourcilières de manière plus complexe et expressive, lui permettant de dégager des émotions plus amicales qui aident à développer des liens sociaux. « Quand les Hommes de Néandertal et d’autres ‘cousins’ des êtres humains ont commencé à disparaître, nos ancêtres ont commencé à coloniser la Terre », explique Penny Spikins de l’université d’York, en Angleterre, qui a pris part à l’étude. « Nous estimons que cela a eu lieu en grande partie grâce à la capacité des Homo sapiens à tisser des liens sociaux étroits qui ont permis à nos ancêtres de s’attacher à leurs voisins et de les aider en cas de besoin », ajoute le docteur du département d’archéologie. C’est également à cette époque que les humains modernes ont commencé à s’échanger des cadeaux et à créer des amitiés lointaines, ajoute Science Post.

Cette plus grande compréhension d’autrui a ainsi permis à nos ancêtres de s’entraider pour survivre et se répandre sur la planète. « Les sourcils sont la pièce manquante du puzzle pour expliquer comment les humains modernes ont pu s’entendre entre eux beaucoup plus que les autres espèces d’hominidés aujourd’hui éteintes », conclut Penny Spikins.

Mots-clés:
anatomie sourcils
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