Comment éviter de se faire voler ses photos intimes ?

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Société

Dans de nombreux cas de « revenge porn » et de vol d’images privées, ce sont les victimes qu’on pointe du doigt, en dénonçant leur inconscience. Et si la faute changeait de camp ?

C’est l’information glaçante du jour, révélée par une enquête menée par VTM et RTL Pays-Bas : des centaines de jeunes Flamandes ont été victimes, sans le savoir, d’un réseau clandestin qui échangeait des photos et vidéos d’elles nues. Au total, plus de 5 000 photos ont circulé sur un site web protégé, baptisé « Discord ». À l’instar du « Forum 18-25 » de Jeuxvideo.com, ce dernier est un site populaire sur lequel des gamers communiquent. Sauf que dans ce cas précis, ils s’échangeaient également des photos de filles nues – notamment des mineures -, des vidéos dans lesquelles les victimes exécutent des actes sexuels et des images pornographiques diffusées sans autorisation.

Selon VTM, plus de 3 000 membres se sont échangés ces photos et vidéos sur un forum secret du site. Parfois, ce sont les anciens petits amis des victimes qui se vengeaient en ligne, mais il semble également que les comptes de réseaux sociaux, tels que Snapchat et Facebook, ont aussi été piratés. Deux journalistes ont infiltré le forum de discussion et y ont trouvé plus de 5 000 photos de jeunes Flamandes, annotées d’un prénom et d’un nom et classées par province. Une plainte a été déposée et le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête.

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Les cyclistes également concernés

Mais comment réagir, à l’annonce de ces vols d’images et de leur diffusion sans consentement ? De très nombreux garants de l’autorité se sont déjà exprimés à ce sujet. Dans le cas d’une affaire de « revenge porn », une pratique qui consiste à divulguer les photos intimes d’une ancienne compagne dans un esprit de vengeance, le commissaire adjoint de la police fédérale australienne estimait détenir la réponse : « Les gens doivent juste grandir par rapport à ce qu’ils mettent sur leur ordinateur, le risque est tellement élevé », rapportait le Guardian en 2016. Le conseil semble donc évident : ne rien envoyer à personne, voire même éviter toute photo intime qui pourrait ensuite être utilisée contre soi.

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De la même manière, on insiste régulièrement pour que les femmes ne s’habillent pas trop court ou ne se promènent pas dans un parc seules, si elles veulent éviter toute agression ou forme de harcèlement. Un peu comme si, dans le cas d’un vol de bicyclette, on conseillait à son propriétaire de ne pas rouler à vélo. Ce type de discours porte un nom : le « victim blaming » – soit le fait de porter les accusations sur la victime plutôt que sur l’auteur des faits.

Éducation à double sens

Comme le montre une étude de Cosmopolitan datée de 2014, 89% des femmes de la génération des Millenials prendraient ce type de photos. Les raisons sont multiples : partager une expérience intime, apprendre à mieux connaitre son corps ou encore un désir de rechercher sa propre sensualité. De nombreuses polémiques de vol de photos l’ont prouvé : elles sont nombreuses à le faire, quel que soit leur profil ; des actrices, des professeures, ou encore des journalistes. Selon Cosmopolitan, seules 14% des femmes interrogées le regretteraient : quand elles ne sont pas prises à leur insu, ces photos sont ainsi généralement assumées… à condition que leurs propriétaires restent maitresses de leur utilisation, aujourd’hui comme demain.

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Dès lors qu’on assume que les femmes devraient avoir davantage conscience des conséquences du partage de photos intimes, il semble nécessaire d’éduquer de la même manière les responsables du vol et partage sans consentement de ces images. Il existe en effet peu de crimes où l’opinion publique se retourne si violemment contre les victimes, si ce n’est ceux perpétrés sur les femmes. Qui plus est, « ce n’est pas le boulot de la police fédérale de dire aux gens comment ils doivent se conduire dans l’intimité de leur propre maison ou de leurs relations personnelles », dès lors qu’elles ne font de mal à personne, soulève le Guardian.

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La position de la Belgique, dans ce cas précis, est à saluer : le parquet de Bruxelles a transféré toutes les données à la « Computer Crime Unit » belge, chargée de traquer les responsables. Comme le nom de l’unité l’indique, l’affaire est ainsi considérée comme criminelle. Et un crime sexuel, c’est exactement ce que dénonçait l’actrice Jennifer Lawrence en 2014, lorsque ses photos intimes et celles d’une centaine d’autres femmes ont été rendues publiques. Dès lors, pour éviter de se faire voler des images privées, la première chose est de souhaiter que ce genre d’acte malfaisant soit considéré, juridiquement comme sociétalement, pour ce qu’il est : un crime qui n’a de responsable que son auteur.

 

Avec Belga

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