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Une accusatrice de Tariq Ramadan « n’en peut plus » et « commence à regretter d’avoir porté plainte »

Henda Ayari avait couché son agression dans un livre paru en 2016. | © AFP PHOTO / JOEL SAGET

Société

Henda Ayari, la première femme à avoir porté plainte contre Tariq Ramadan, se dit « à bout » et « surveillée ». Elle réclame une protection.

 

C’est probablement la meilleure réponse à l’injonction aux femmes à porter plainte, en cas d’agression sexuelle. À l’assertion que les dénonciations brisent des vies aussi, mais pas que celles d’hommes : ce 15 avril, près de cinq mois après avoir accusé Tariq Ramadan de violences physiques et morales, Henda Ayari avoue être à bout. Sur Twitter, elle poste le récit d’une journée particulièrement angoissante, dans lequel elle s’effondre : « Qu’est ce que je dois faire pour être entendue par ceux qui ont le pouvoir de nous apporter un minimum de sécurité et de protection ? Je vis dans l’angoisse et la peur, je suis surveillée et agressée régulièrement, je n’en peux plus ! Je commence à regretter d’avoir porter plainte ».

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Après l’effraction et le vol de plusieurs affaires personnelles dans sa voiture, Henda Ayari s’est rendue dans un commissariat parisien pour porter plainte. Là, manifestement dans un état d’angoisse, elle raconte avoir été reçue par la police, qui l’aurait fait sortir du commissariat. Pourtant, la militante française, qui a été la première à accuser Tariq Ramadan, se dit « surveillée », mais sans nouvelles de « la mesure de protection » qu’elle réclame. « Cette fois je craque ! Je suis à bout ! », avoue-t-elle. « S’il m’arrive quelque chose, il ne faudra pas s’étonner ».

Quatre femmes concernées

Depuis sa plainte contre Tariq Ramadan, trois autres femmes se sont manifestées pour accuser l’islamologue des mêmes faits. La dernière plainte en date a eu lieu le 12 avril en Suisse. La procédure « vise des faits de viol avec cruauté commis en 2008 à une reprise dans un hotêl de Genève », a expliqué l’avocat de la plaignante.

©Farid Alouache/Asa-Pictures/ABACAPRESS.COM – Tariq Ramadan.

Depuis le début de la polémique, Henda Ayari affirme être victime de pressions – allant jusqu’aux menaces de mort -, confirmées notamment par la violence qu’elle subit sur les réseaux sociaux, où les soutiens de Tariq Ramadan sont très présents. À 40 ans, la présidente de l’association Libératrices, avait indiqué sur sa page Facebook avoir été « victime de quelque chose de très grave il y a plusieurs années » mais n’avoir pas alors voulu révéler le nom de son agresseur en raison de « menaces de sa part ». Dans son livre J’ai choisi d’être libre, paru en novembre 2016 chez Flammarion, elle décrivait cet homme sous le nom de Zoubeyr, narrant un rendez-vous dans sa chambre d’hôtel à Paris où cet intellectuel musulman venait de donner une conférence. Elle avait expliqué que quand elle s’était « rebellée » et « crié d’arrêter », il l’avait « insultée », « giflée » et « violentée ». « Je le confirme aujourd’hui, le fameux Zoubeyr, c’est bien Tariq Ramadan », avait-elle écrit sur Facebook avant de porter officiellement plainte.

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