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Quand 45 journalistes poursuivent l’enquête d’une journaliste assassinée

Daphne Caruana Galizia a été assassinée en octobre 2017. | © Imago

Société

« The Daphne project », l’enquête collaborative (re)lancée par Forbidden Stories, s’apprête à publier des révélations sur la corruption à Malte. Après la mort de la journaliste Daphne Caruana Galizia, son investigation continue.

« Même si vous parvenez à arrêter un messager, vous n’arrêterez pas le message », clame l’organisation Forbidden Stories. Celle qui a été stoppée en plein vol, après des révélations compromettantes, c’est Daphne Caruana Galizia, assassinée en octobre 2017. Une bombe, placée sous sa voiture, semblait avoir mis fin à son enquête, en même temps que sa vie. C’était sans compter l’acharnement de 45 journalistes et 18 médias, bien déterminés à révéler ce que ses meurtriers voulaient cacher.

Le projet Daphne

La mort de Daphne Caruana Galizia a été un choc : journaliste maltaise d’investigation, elle enquêtait depuis plusieurs années sur la corruption qui frappait son pays jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir en place. Plus d’une fois, elle avait levé le voile sur la bassesse de ses institutions, notamment en pointant des ministres du gouvernement travailliste de Joseph Muscat, se souvient francetvinfo. Laxisme éhonté, pots-de-vin, blanchiment d’argent, « Il y a des escrocs partout où vous regardez. La situation est désespérée », avait-elle encore écrit quelques minutes avant sa mort. Et si elle se savait menacée par ces révélations, la mort l’a prise par surprise dans l’explosion de sa voiture, non loin de son domicile de l’île.

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Faire taire Daphne Caruana Galizia, voilà ce qu’on a tenté de faire, selon nombre de ses concitoyens et collègues. Car si trois hommes ont bien été arrêtés et emprisonnés pour son meurtre, leur mobile demeure inconnu : ils n’avaient aucun lien avec son enquête, rien de personnel à lui reprocher. Leurs potentiels commanditaires, en revanche…

©AFP PHOTO / Matthew Mirabelli / Malta – L’enterrement de Daphne Caruana Galizia.

Et tout aurait pu s’arrêter là, pour l’enquête de la journaliste. D’autant qu’après la mort d’un autre journaliste slovaque fin février 2018, la profession semble plus dangereuse que jamais. C’est sans compter la résilience de 18 médias, qui ont décidé de poursuivre ses révélations à travers « The Daphne Project », lancé par l’organisation Forbidden Stories. Après avoir épluché 750 000 documents et près de 30 ans de travail, ils s’apprêtent à rendre public la vérité que certains se sont acharnés à masquer, au prix de la vie de Daphne Caruana Galizia.

Plusieurs médias français (Radio France, France 2, Le Monde) et internationaux (le New York Times, Die Zeit, La Repubblica) ont annoncés la publication d’informations exclusives ce mardi 17 avril.

Des histoires qu’on n’oublie plus

« En protégeant et poursuivant le travail de reporters qui ne peuvent plus investiguer, nous lançons un message puissant aux ennemis de la presse libre : même si vous parvenez à arrêter un messager, vous n’arrêterez pas le message », écrit Forbidden Stories sur son site. Soutenue et financée par Reporters sans frontières, l’association s’est lancée le 2 novembre 2017, suite aux meurtres de plusieurs journalistes et sous l’impulsion du Français Laurent Richard.

Forbidden Stories offre depuis lors aux journalistes une plateforme pour protéger les informations liées à des enquêtes sensibles. « Si quelque chose arrive au journaliste, nous pourrons reprendre l’investigation, la compléter, et la publier grâce à notre réseau collaboratif de médias », explique le site. Ce dernier exploite un système de cryptage mis en place par Edward Snowden, d’après Le Monde. Pour que les enquêtes ne meurrent plus jamais.

 

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