Religion, accident ou désintérêt : ils ont choisi de vivre sans une goutte d’alcool

Religion, accident ou désintérêt : ils ont choisi de vivre sans une goutte d’alcool

Et pourquoi pas trinquer à l'eau | © Flickr @Andreas Levers

Société

Pas moins de 122 000 personnes ont décidé de relever le défi du mois sans alcool. Un vrai challenge dans une société où l’habitude de boire un verre est bien ancrée dans la culture. Pour certains, l’exercice semble exiger des efforts considérables. Pour d’autres, cela ne change pas grand-chose à leur quotidien puisqu’ils ont fait le choix d’une vie sans alcool.

 

Un mois sans une seule goutte d’alcool peut paraître un pari fou pour certains, surtout quand on est étudiant. Selon une récente étude réalisée par des chercheurs à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCL (Université catholique de Louvain), un quart des étudiants interrogés avouent être ivres au moins une fois par semaine, et boire principalement « pour socialiser et pour être dans la norme ». Mais qu’en est-il de ces étudiants qui ont fait le choix de ne pas boire d’alcool ? Nous avons rencontré trois d’entre eux, aux motivations bien distinctes.

« Depuis mon accident de voiture, j’ai décidé de ne plus boire une seule goutte d’alcool »

C’est après un accident de voiture que Nina (prénom d’emprunt), 23 ans, a pris la décision de ne plus consommer d’alcool. « Ce soir là, après quelques verres, je suis rentrée en voiture mais j’ai perdu le contrôle de mon véhicule dans un virage », nous confie-t-elle. « J’ai eu la peur de ma vie et ça a été un vrai déclic ». Aujourd’hui, l’idée de ne plus avoir le contrôle de ses moyens la terrifie. Mais ce qui l’excède le plus, c’est la pression sociale qui se cache derrière l’alcool chez les jeunes : « C’est la culture de l’alcool qui me dérange car elle impose une sorte de norme de conformité ». D’ailleurs, d’après l’étude de l’UCL, « la pression sociale est le facteur central de la consommation d’alcool ». Pour beaucoup de jeunes, l’amusement ne peut être dissocié de la boisson. Fêtarde autrefois, Nina regrette à présent le fait que la vie sociale des étudiants se résume bien trop souvent « à sortir pour boire ». « J’ai appris à m’amuser sans boire et ce n’est pas pour autant que je m’amuse moins qu’avant ». Mais à chaque nouvelle rencontre, l’étudiante en marketing déplore devoir répondre aux « fameuses » questions : « tu es malade ? », « tu es enceinte ? » ou alors « tu es convertie ? » Et quand elle explique qu’elle a arrêté de boire comme on arrête de fumer, elle se retrouve bien malgré elle dans la catégorie des « personnes chiantes ».

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© Belga

« Une odeur qui ne me plaît vraiment pas ! »

Benjamin, étudiant en dernière année de journalisme, n’a jamais été attiré par l’alcool et surtout, il ne supporte pas l’odeur des boissons alcoolisées. Joueur de foot amateur, Benjamin ne s’adonne pas à la traditionnelle troisième mi-temps. « Je ressens surtout une pression sociale parce que les gens ne comprennent pas pourquoi je ne bois pas d’alcool ». Mais avec l’âge, son choix semble être de plus en plus respecté. « À l’adolescence, on me poussait plus à boire. Il y avait vraiment une pression de faire comme tout le monde ». Pour l’étudiant de 26 ans, il est difficile de comprendre pourquoi il faut nécessairement boire un petit verre (ou deux) pour s’amuser. Alors qu’ils sont près de 70% à déclarer que la consommation d’alcool facilite l’engagement d’une conversation. Benjamin, lui, n’estime pas avoir besoin d’alcool pour socialiser : « Le fait de ne pas boire ne m’a jamais empêché de communiquer avec les autres, explique-t-il, je pense que ça dépend vraiment du caractère de la personne ». Quant aux soirées estudiantines pures et dures, il les évite estimant que « ce n’est vraiment pas son truc ». Ce n’est pas pour autant qu’il est perçu pour l’asocial du groupe. « Je ne me sens pas exclu parce que je ne bois pas. Au contraire, je suis toujours partant pour les soirées chez des amis, autour d’une bonne bouffe ! »

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Un choix de vie motivé par ses convictions religieuses

Pour Lila, trinquer à l’eau ne pose aucun problème, puisqu’elle n’a jamais bu une seule goutte d’alcool de sa vie. De confession musulmane, l’étudiante de 20 ans en médecine ne boit pas : c’est contraire à ses principes religieux. « De la même manière que certains ont fait le choix de ne pas manger de viande, j’ai pris la décision de ne pas boire d’alcool », confie-t-elle. Mais cela ne l’empêche pas d’aller en soirée avec ses amis et de s’amuser tout autant qu’eux. « Pour mes amis, peu leur importe si je ne bois pas. Ils respectent sans aucun jugement et c’est pareil pour moi ». Selon elle, ne pas consommer de boissons alcoolisées représente un choix personnel qui n’est pas censé la définir en tant que personne. « Les gens qui ne me connaissent pas me perçoivent souvent comme une petite sainte-nitouche, raconte-t-elle, c’est quand même surprenant qu’un si petit détail puisse avoir une si grande importance pour certains ». La jeune femme n’a jamais cédé à la pression sociale. Quand bien même certains deviennent parfois fort insistants, elle explique « n’avoir jamais fait semblant de boire ». Par contre, Lila nous révèle avoir déjà vu des personnes feindre d’être saoul lors de soirées étudiantes, bien arrosées. Une carafe remplie d’eau qui donne l’impression de s’enfiler des litres de vodka et le tour est joué. « Je trouve ça dommage, ajoute-t-elle, il faut savoir assumer ses choix, les expliquer pour qu’ils soient compris et respectés de tous ».

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