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Malaise à l’Opéra de Paris : des danseurs dénoncent harcèlement et absence de dialogue

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Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile du ballet de l'Opéra de Paris. | © AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT

Société

Plus de deux ans après le brusque départ de Benjamin Millepied, cette nouvelle secousse a pour origine un document inédit de 200 pages qui détaille les griefs à l’encontre de sa remplaçante, Aurélie Dupont, ex-étoile de l’Opéra. 

Le document a fait l’effet d’une bombe à l’Opéra de Paris : un sondage interne étale au grand jour les frustrations des danseurs de l’une des plus prestigieuses compagnies mondiales, s’en prenant de manière inédite à sa directrice. Plus de deux ans après le brusque départ de Benjamin Millepied, cette nouvelle secousse a pour origine un document inédit de 200 pages qui détaille les griefs à l’encontre de sa remplaçante, Aurélie Dupont, ex-étoile de l’Opéra.

Le sondage, dont l’AFP a obtenu copie dimanche soir, a été réalisé par la Commission d’expression artistique, un organisme interne élu par les danseurs, qui a interrogé une centaine des 154 danseurs du ballet de l’Opéra. Sous couvert d’anonymat, 89,8% des artistes estiment qu’ils ne « font pas l’objet d’un management de bonne qualité », 76,8% disent avoir été victimes de harcèlement moral ou avoir vu un collègue subir un tel traitement et 25,9% affirment même avoir été l’objet d’un harcèlement sexuel ou en avoir été témoin.

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Ma porte est ouverte.

Le directeur de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, a affirmé dans une interview lundi à l’AFP avoir « une confiance totale dans Aurélie Dupont », estimant qu’elle était « une excellente directrice de la danse ». Soulignant son « étonnement » à propos de la diffusion à une partie de la presse de ce document interne, il a promis qu’un dialogue sera établi pour « réfléchir calmement et comprendre ce que les danseurs veulent dire » quant ils réclament de l’écoute. « Je vais parler avec Aurélie et ma porte est toujours ouverte », a-t-il assuré. Une centaine de danseurs, dont de nombreuses étoiles, ont fait part de leur « stupéfaction » après la diffusion du document.

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Aurélie Dupont © AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

« La divulgation de ce questionnaire s’est faite sans le consentement des danseurs et à aucun moment les artistes interrogés n’ont pu concevoir que ce document serait utilisé à des fins contraires à leurs intérêts », indique le communiqué obtenu par l’AFP. Mais au-delà des chiffres du sondage, ce sont les commentaires recueillis auprès des danseurs qui sont durs à l’égard d’Aurélie Dupont. « La directrice actuelle ne semble avoir aucune compétence en management, et aucun désir d’acquérir une telle compétence », affirme un danseur. D’autres dénoncent une « absence criante d’accompagnement », une « méconnaissance ou refus d’écouter les aspirations de beaucoup de danseurs » et surtout un « manque de dialogue ». « Nous sommes des êtres humains, et non des pions que l’on déplace comme bon leur semble », s’indigne encore l’un d’eux.

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Tolérance zéro

Après le départ de Benjamin Millepied, un Français venu des Etats-Unis pour insuffler de la modernité à l’institution qui fête en 2019 ses 350 ans, la nomination d’Aurélie Dupont –pur produit de l’Opéra– était censée calmer les passions. Pour M. Lissner, le caractère difficile des relations humaines a toujours caractérisé le monde du ballet en général. « Dans ce métier de la danse, il y a parfois des réflexions difficiles, sur l’aspect physique d’une danseuse, sur le fait qu’elle ait mal dansé ». « Cela n’occulte pas la nécessité de tenir compte de ce document pour essayer de mieux comprendre (…) quand on parle de relations tendues, de harcèlement moral, on touche à des choses où les frontières sont proches », précise-t-il. Il a évoqué la possibilité de davantage d’entretiens professionnels entre artistes et direction pour que le danseur puisse « avoir plus ce dialogue ».

Concernant les cas de harcèlement sexuel, M. Lissner a appelé les danseurs concernés à en parler avec la direction. Dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein, le monde du ballet international a été secoué par la démission du directeur du New York City Ballet Peter Martins après des allégations de harcèlement sexuel et d’abus physique envers des danseurs, avant d’être innocenté. « S’il y a véritablement des gens qui ont subi du harcèlement sexuel dans la maison, pour moi c’est très grave », a estimé M. Lissner. « J’ai eu trois cas jusqu’ici (depuis sa nomination en 2015) et les trois cas se sont terminés par des licenciements », révèle-t-il. « Ce n’est pas discutable pour moi, c’est tolérance zéro », mais « il faut que la personne qui a subi parle ».

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