Paris Match Belgique

Commerce des armes, conditions de détention… La Belgique inquiète de plus en plus Amnesty International

Amnesty International a publié son rapport annuel le 22 février 2017. | © Belga/Monika Skolimowska/dpa

Société

Depuis quelques années, la Belgique est devenue un point d’attention problématique pour l’organisation internationale de défense des droits humains Amnesty International, a déclaré le président de l’aile francophone belge, Philippe Hensmans, lors de la présentation du rapport annuel ce mercredi 22 février 2017.

 

Chaque année les conditions de détention, la discrimination et les violences faites aux femmes sont pointées du doigt. « 2016 a été marquée par les discours clivants et le comportement de plusieurs dirigeants qui ont pointé du doigt certains groupes de personnes, les assimilant à une menace pour les intérêts nationaux. Si davantage de pays remettent en question nos droits fondamentaux au nom de la sécurité nationale, nous pourrions bien assister à l’effondrement total des fondations sur lesquelles reposent les droits humains universels » peut-on lire dans le communiqué publié ce 22 février sur le site d’Amnesty International.

Lire aussi > Attentats de Bruxelles : Le cri de Walter

Un lutte contre le terrorisme qui ne respecte pas les droits humains

Les attentats de Paris et Bruxelles ainsi que la menace terroriste ont mené le gouvernement belge à présenter des propositions de mesures « préoccupantes sur le plan des droits humains », estime Philippe Hensmans. Pour l’organisation, l’annonce de ces mesures immédiatement après les attaques terroristes indique que celles-ci ont été prises dans l’urgence dans le but de rassurer l’opinion publique. Le danger, pointe Amnesty International dans son rapport sur la Belgique, reste qu’elles sont prises pour le long terme et non sur une courte période alors que leur impact, sur les droits humains, est trop peu évalué : « peu d’initiatives ont été prises pour évaluer l’incidence des nouvelles mesures sur les droits de la personne », et entraîne ainsi une discrimination : « Unia, l’organisme belge chargé de la promotion de l’égalité, a fait état d’une augmentation de la discrimination envers les personnes de confession musulmane à la suite des attentats de Bruxelles, en particulier dans le domaine de l’emploi. D’après plusieurs personnes et organisations de la société civile, la police aurait eu recours au profilage ethnique contre les minorités ethniques et religieuses ».

Des conditions de détention alarmantes en Belgique

Éternel point noir de la Belgique, les conditions de détention inquiètent toujours l’organisation, qui dénonce une nouvelle fois la surpopulation, la vétusté des équipements et le manque d’accès aux services de base, notamment aux soins de santé : « La Cour européenne des droits de l’homme a critiqué la Belgique pour son traitement des délinquants souffrant de troubles mentaux ». De plus, la grève du personnel pénitentiaire qui a duré trois mois a encore détérioré les conditions carcérales au printemps dernier, rappelle-t-elle.

Malgré l’engagement pris par le gouvernement en mai, dans le cadre de l’Examen périodique universel [ONU], de veiller à ce que les mesures de lutte contre le terrorisme respectent les droits humains, peu d’initiatives ont été prises pour évaluer l’incidence des nouvelles mesures sur les droits de la personne.

Le commerce des armes « inacceptable »

Le rapport dénonce également la politique du pays dans son commerce des armes : « La Belgique et la Wallonie se retrouvent dans le même bloc que des pays sans aucune morale (…) L’Arabie saoudite reste le premier client de la Wallonie alors qu’elle ne respecte aucun droit humain chez elle et qu’elle commet des crimes de guerre au Yémen ». Un commerce à l’aveugle jugé « inacceptable » par l’organisation qui appelle les autorités à se renseigner sur l’usage fait des armes qu’elles vendent.

Lire aussi > La vente d’armes au plus haut niveau depuis la Guerre froide

Encore « beaucoup de travail »  sur la lutte contre la violence faites aux femmes et aux filles

En matière de violences faites aux femmes, la Belgique a cependant fait un pas en avant en adoptant une nouvelle politique contraignante qui élève la lutte contre la violence liée au genre et la violence domestique au rang de priorité pour la police et le parquet. Mais cela n’est pas suffisant, « il reste beaucoup de travail », souligne Philippe Hensmans. En 2016, « 70% des actes de violence domestique signalés n’ont pas donné lieu à des poursuites pénales et que la politique judiciaire actuelle n’était pas efficace pour réduire le taux de récidive en matière de violence domestique ».

Lire aussi > Femen, citoyens et ONG à Bruxelles contre Donald Trump

(Avec Belga)

CIM Internet