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En Belgique, papy (et mamy) font de la résistance

Baddie Winkle

Pas question de jouer les pantouflards pour les retraités révoltés | © Facebook @ Baddie Winkle

Société

Ils s'appellent "gang des vieux en colère" ou "novês vîs", et ils ont beau être à l'âge où d'autre profitent tranquillement de leur retraite, pas question pour eux de jouer les pantouflards. Militant pour des pensions décentes ou une alternative épanouissante aux maisons de retraite, un objectif commun les rassemble : faire du 3e âge un âge d'or et non une fin de vie. 

Pour eux, le ministre des Pensions ne s'appelle pas Daniel Bacquelaine mais bien "le ministre Bas de Laine". Un jeu de mot facile, pas comme le futur qui attend ceux qui se sont surnommés "le gang des vieux en colère". Une colère qui trouve son fondement dans la réforme des pensions du gouvernement Michel, tout simplement inacceptable à leurs yeux. Alors puisque la précarité de leur pension les empêche de toute façon de profiter d'une retraite bien méritée, ils ont décidé de lutter. En créant une page Facebook, où ils se décrivent comme "un mouvement belge non partisan et trans-partisan qui se bat pour que les futurs retraités puissent vieillir dans la dignité en ayant un montant de retraite garanti et décent". Mais aussi en descendant dans la rue comme ce lundi à Bruxelles, où ils étaient une centaine place de la Liberté à faire valoir leurs droits à une pension décente. Un rassemblement aux airs de retour dans le temps pour ces babyboomers qui avaient 20 ans en mai '68 et qui après avoir défendu les droits de la jeunesse font aujourd'hui entendre la voix de la vieillesse. Mot d'ordre : "Ces vieux qui vous ont faits, qui vous ont élevés, qui vous ont nourris, qui vous ont soignés, ces vieux-là, ont droit à la dignité". Et tant pis si pour eux, il est trop tard : les vieux en colère marquent leur mécontentement pour que les générations futures ne connaissent pas cette précarité.

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"C'est d'abord pour les générations qui nous suivent. Parce que, quand on est jeune on n'est pas conscient de ce qui nous attend. On l'a vécu nous-mêmes. Et quand on en parle aux jeunes ils répondent qu’ils ont le temps ‘que c'est pour  plus tard, et que ça changera’. Mais, ça ne changera pas"  a mis en garde Dany Degrave, un des membres du mouvement.

Albert Camus a dit: "Ne plus être écouté; c'est ça qui est terrible quand on est vieux !". Nous sommes et de droite et de gauche; nous sommes vieux. Alors vous, monsieur Bacquelaine, vous, le vieux serviteur des vieux, vous, le vieux ministre des pensions, vous allez nous écouter et mettre au placard votre vieux scandaleux projet !
Michel Huisman, coordinateur du Gang des vieux en colère

Difficile, en effet, de ne pas être en colère quand une vie de travail se solde par une pension avoisinant les 500 euros par mois. Ainsi que le souligne une des membres du "gang" sur la page Facebook qui les rassemble, "nous avons travaillé et cotisé toute notre carrière pour des queues de cerises. Nous ne devons pas accepter les restrictions budgétaires comme une fatalité. Ce n'est pas une fatalité! c'est une décision murement réfléchie par le ministre". et l'un des manifestants de ce lundi de dénoncer dans un discours poignant le fait que la retraite s'apparente bien souvent à la misère.

La retraite qui, pour beaucoup, n’est que le couloir de la mort, est aussi un enfer avant le trépas, elle a souvent un horrible compagnon, du genre de celui qui ne fait pas crédit, j’ai nommé la misère. Une pauvreté qui, le plus souvent, s’ajoute à la découverte inattendue d’un corps, le sien, qui décide, passé un certain cap, de ne plus vous servir, de faire des siennes, regimbe, grince, plie, s’enflamme, se gonfle ici ou là d’une saloperie de tumeur ou se racrapote.

D'autant qu'à la précarité financière et aux pensions précaires s'ajoute pour certain la question de l'entrée en maison de repos. Et là aussi, les moins fortunés sont désavantagés, forcés de finir leur vie dans ce que les Novês Vîs qualifient de "mouroirs".

grand-parent
Unsplash @ Ozan Safrak

Novês Vîs, ou "nouveaux vieux" en wallon, c'est le nom d'une bande d'intrépides liégeois qui ont décidé d'envisager leurs vieux jours autrement. Et parce que l'union fait décidément la force, cette alternative prend pour eux l'aspect d'un habitat solidaire et groupé. Depuis deux ans déjà, ce groupe de retraités planche sur une alternative aux structures d’hébergement traditionnelles afin de conserver leur autonomie le plus longtemps possible. Les après-midi bingo et les pélerinages en car à Baneux ? Très peu pour eux. Opposés au fonctionnement des maisons de repos, qui dictent selon eux la façon de vivre de ses pensionnaires, les Novês Vîs en sont arrivés à la conclusion que la solution idéale était de mettre sur pied un habitat groupé, géré par ses habitants.

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Dans cet objectif, ils se sont associés à la coopérative d’économie sociale Novacitis, grâce au soutien de laquelle ils espèrent construire un bâtiment durable de onze appartements dans le quartier des Vennes. Un projet qui doit encore recevoir l'approbation de la Ville de Liège, mais qui, le cas échéant, pourrait ouvrir ses portes dès 2022, avec une priorité accordée aux locataires de 60 ans et plus. Et en attendant, le Gang des Vieux en colère invente aussi sa propre vision de la maison de repos, et elle n'est pas de tout repos. Ce jeudi, des dizaines de retraités révoltés se sont joints à Flashmob Fiscal Justice pour créer un joyeux désordre au sein du Mc Donald's de DocksBruxsel.

Activists install happy rest home in a Brussels McDonald's

[Vidéo de notre dernière action !] Découvrez le #McDonalds du #DocksBruxsel envahi par des dizaines de joyeux activistes retraités ! Ou Comment créer un joyeux bordel désobéissant à l'aide d'un bingo, d'un accordéon et d'un faux Ronald McDonald... avec le Gang des Vieux en colère en guest star* Aide-nous à diffuser le message : aime, réagis, commente, partage *

Publiée par Flashmob Fiscal Justice sur jeudi 3 mai 2018

Bingo, accordéon et faux Ronald McDonald étaient au rendez-vous pour mettre la pagaille et montrer au gouvernement de quel bois les retraités se chauffent. Mais aussi en profiter pour faire passer le message qu'avec l'argent de l'évasion fiscale, offrir un minimum de 1 600 € net garanti pour tous n'a rien d'impossible et que des maisons de retraites de qualité sont à la portée de tous.

 

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