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Comment la Belgique a rendu la liberté au commanditaire présumé des attentats de Paris et de Bruxelles

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L’enquête de Paris Match dévoile les dessous de la libération d’Oussama Atar qui pourrait bien être une affaire d’État.

170515. C’est sous ce numéro de matricule qu’Oussama Atar a été détenu en Irak jusqu’en 2012, l’année de son retour en Belgique, après sept ans d’emprisonnement. Tombé aux mains de l’armée américaine le 24 février 2005, il a été arrêté sous l’identité d’Ali Saleh Mohamed à Ramadi, l’un des bastions de la rébellion affiliée à Al Qaida. Condamné à perpétuité en mai 2005 pour « crimes terroristes », sa peine a été ramenée à dix ans de détention en février 2007, au simple motif de franchissement illégal de la frontière avec la Syrie où il se trouvait dès 2004.

Visé par un mandat d’arrêt international délivré par la France et désigné par la plupart des experts en contre-terrorisme comme le commandant opérationnel des attentats de Paris, le jeune Oussama (né à Laeken en 1984) avait tout juste vingt ans lorsqu’il s’est retrouvé embastillé par les Américains en Irak. Il a d’abord transité par leurs pénitenciers – le funeste Abou Ghraïb, Camp Cropper, mais aussi Camp Bucca, là où le noyau dur des futurs dirigeants de Daech s’est formé -, avant d’échouer à la prison de Rusafa (Bagdad), administrée par les Irakiens.

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Libéré en septembre 2012, Atar a été expulsé vers la Belgique où il n’a séjourné qu’un an, avant de repartir pour la Tunisie d’où il aurait gagné la zone syro-irakienne pour rejoindre l’organisation Etat Islamique. Selon l’enquête française, Oussama Atar, alias Abou Ahmed, serait même devenu l’un des émirs de la branche européenne de l’Emni, la cellule de Daech chargée des « opérations extérieures » du Califat, c’est-à-dire des attentats. Quoi qu’il en soit, il ne devrait plus avoir à répondre de ses actes supposés : en février dernier, des sources concordantes dans le milieu des services de renseignement ont annoncé sa mort. Il aurait été tué dans une frappe en Syrie.

Des questions au coeur de l’enquête

Une question lancinante subsiste cependant : pour quelles raisons les plus hautes autorités belges ont-elles tout fait, à partir de 2006, pour sortir de sa geôle irakienne celui qui allait devenir le superviseur présumé des carnages parisien et bruxellois ? Car c’est bien ce que montrent les documents et les témoignages de première main collectés par Paris Match.

oussama atar
DR

En 2008, la Belgique était informée de la tentative d’évasion avortée d’Oussama Atar en compagnie de deux affidés d’Abou Moussab Al Zarquaoui, le leader d’Al Qaida en Irak. Par la suite, elle a été mise en garde par les Américains au sujet de sa radicalisation. Malgré tout, le forcing diplomatique pour obtenir la libération d’Oussama Atar s’est poursuivi jusqu’en 2012. Quel but poursuivaient les Affaires Etrangères lorsque, en 2010, selon l’ex-avocat de la famille, elles ont informé d’initiative cette dernière de ce qu’Atar souffrait d’un cancer nécessitant une intervention chirurgicale dans les plus brefs délais, sous peine d’y perdre la vie, ce qui se révèlera faux mais provoquera une campagne de mobilisation très médiatisée ?

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Comment expliquer qu’en 2011, selon le Comité R (responsable du contrôle des services de renseignement), le cabinet des Affaires Etrangères placé à l’époque sous la tutelle du ministre Steven Vanackere – qui dément formellement – l’OCAM (l’organe chargé d’analyser la menace terroriste) a ramené à 2 le niveau de risque d’Oussama Atar qu’elle maintenait pourtant à 3 (menace probable) depuis 2009 ? Pourquoi les autorités judiciaires ont-elles inculpé ce dernier de « participation à des activités terroristes » à son retour en Belgique en septembre 2012, mais l’ont ensuite laissé libre de visiter les frères El Bakraoui (futurs kamikazes des attentats de Bruxelles) en prison, d’obtenir un passeport que la Belgique s’était engagée auprès des Irakiens à ne plus lui délivrer et, enfin, l’ont laissé s’envoler pour la Tunisie où il a été arrêté, puis relâché en dépit d’un signalement Interpol ?

Est-on là face à un plantage magistral des services de sécurité et de renseignement ou doit-on suspecter autre chose ?

Toutes ces questions sont au coeur de notre enquête à retrouver ce jeudi dans Paris Match Belgique.

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