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Radio Chevauchoir : "C'est important qu'on soit là"

Pour devenir radioamateur en Belgique, il faut réussir le concours de Institut belge des services postaux et des télécommunications. | © ©Pexels

Société

Devenue culte grâce à "Strip Tease", Radio Chevauchoir continue 36 ans après sa création à animer les ondes locales dans le namurois. Avec ou sans accordéon, elle assume son rôle social et de lien local. Eclairage en cette journée de la radioamateur.

Il est 15 heures, dans le studio de Radio Chevauchoir, c'est l’heure de la chronique gastronomique de Romain, 22 ans. Le grain de voix chaleureux, il partage avec les auditeurs une recette de rouget sur un air de musique classique avant de dédicacer un titre de reggae à son grand-père. Le tout en Facebook live sur la page de la radio.

C'est qu'il est loin le printemps 82 où, au fond de son garage automobile, la famille Tasiaux, un micro en équilibre sur un coffre-fort, diffusait pour la première fois sur les ondes. Et depuis la cultissime émission "Strip-tease" beaucoup de choses ont changé : la caravane a fait place à deux studios en dur, des ordinateurs trônent entre les lecteurs cd, cassettes et vinyles, certaines émissions sont retransmises en live sur Facebook, l’équipe d’animateurs a évolué, petit à petit, la jeune génération prend la relève.

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Émettre : un devoir social

Malgré le temps qui passe, Radio Chevauchoir reste une institution dans la région, ringarde pour certains, c’est surtout une radio qui rassemble : "Le public a grandi avec nous, aujourd’hui la majorité a 45, 50 voire 80 ans. Et s’il reste, c’est parce qu’on est proche de lui, on écoute les gens, on les réconforte parfois, on rigole avec eux". Mais ce succès, il vient aussi de la passion de toute l’équipe : "On est tous bénévoles, alors si on est là, qu’on continue à venir animer, c’est parce qu’on aime ça", explique Jean-François, "mais aussi parce que socialement, on a un rôle à jouer". Et quand on lui parle de radio amateur, Jean-François, animateur et administrateur technique à Radio Chevauchoir, fronce les sourcils : "Amateur, professionnel, je n'aime pas ces mots-là. Nous sommes une radio locale, une radio sociale", ici, "proximité" est le maître-mot.

C'est que, par exemple, dans de nombreux homes de l’entité, Radio Chevauchoir est diffusée. C’est entre autres pour toutes ces personnes que l’équipe se donne le devoir de continuer à émettre. À chaque émission, le téléphone sonne. Un peu plus encore les jeudis et dimanches matin, quand les airs d’accordéon, marque de fabrique de l'institution, envahissent les ondes : "Ce sont les émissions les plus populaires, celles qui génèrent le plus d’appels". Au bout du fil, les auditeurs parlent à leurs animateurs préférés, ils racontent leurs bobos, qu’ils sont allés aux pommes de terre. "C’est important qu’on soit là. Ils ne passent pas toujours en direct, mais ils peuvent se confier, faire passer des messages ou dédicacer un titre".

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Appels de survie

"Le 0 900 : les dédicaces, les appels, c’est ce qui maintient notre ASBL en vie", rappelle Jean-François. En effet, l’association ne reçoit aucun subside, aucune bourse pour continuer à émettre. Alors chaque mois, avec environ 1 300 euros de charge mensuelle, les comptes se vident et se sont les appels payants et les dons du public qui permettent à Radio Chevauchoir de survivre. "Il y a un ou deux ans, on a eu beaucoup de chance ! Le bourgmestre a participé à 'Septante et un' au profit de l’ASBL. Il nous a reversé 680 euros, mais c’est la seule fois que le pouvoir public nous a donné de l’argent".

En plus des émissions, la radio anime aussi de nombreux événements dans la région de Profondeville : des bals dansant, une autre manière de récolter des fonds. "Mais parfois, à la fin, on se rend compte qu’on a fait que 50 euros de bénéfice, alors on râle pour l’argent, mais on est contents pour les gens", parce que, depuis 36 ans, c’est la satisfaction des auditeurs qui compte.

36 ans qui seront célébrés les 16 et 17 juin prochain à Bois-de-Villers. Et quand on demande à Jean-françois ce qu’on peut souhaiter à cette radio à l’univers si particulier, il s’exclame en rigolant : "Beaucoup d’argent", avant de reprendre un peu plus sérieusement : "Toujours plus d’auditeurs et surtout qu’ils continuent à être aussi chaleureux. Et pourquoi pas des subsides et que la SABAM puissent nous oublier un peu !".

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