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Le pistolet : D'où vient l'arme secrète du casse-croûte belge ?

Au-delà des frontières bruxelloises et flamandes, le pistolet prend des allures de "miche", de "petit-pain", de "faluche" ou encore de "brotchen" et se déforme, tantôt plus, tantôt moins allongé. | © Facebook : Pistolet Original

Société

Grand classique dans la famille belge des petits pains, le pistolet a hérité d'un nom digne des plus grands westerns. Mais au fond, pourquoi le pistolet s'appelle-t-il "pistolet" ?

 

Il est des saveurs d'enfance qui ne s'oublient pas. Celles des goûters et des repas traditionnels en famille où l'on cassait la croûte autour de tablées de tartines et de café au lait.

Comme la madeleine le faisait avec Marcel Proust, le pistolet réveille en chaque Belge un goût de nostalgie. Garni d'américain ou de fromage frais, ce petit pain national fait encore aujourd'hui partie des grands incontournables de la pause midi ou du traditionnel "repas tartine" du dimanche soir. Mais dès lors que l'on vient d'autres contrées que la Belgique, le pistolet évoque autant une arme à feu qu'un simple sandwich rond tartiné de bœuf cru à la mayonnaise. Or, le pistolet révèle son héritage et sa singularité dès lors que l'on s'attarde un peu plus sur ses origines et ses secrets de fabrication. Parce qu'au fond, pourquoi le pistolet s'appelle-t-il "pistolet" ?

© Instagram : nuffelene

Il était une fois, le pistolet

Grand classique dans la famille belge des petits pains, le pistolet a hérité d'un nom digne des plus grands westerns. Comme c'est souvent le cas en étymologie, l'origine de son nom remonte à si loin qu'il est difficile de se mettre d'accord. S'il existe plusieurs légendes autour de cette dénomination insolite, deux ont particulièrement attiré l'attention de Valérie Lepla, initiatrice du food concept Pistolet Original. "Son nom viendrait de l'ancienne pièce de monnaie : la pistole, avec laquelle on échangeait à l'époque le petit pain considéré comme une denrée alimentaire principale", raconte celle qui s'est lancée le pari audacieux de remettre le pistolet au goût du jour. "Mais il pourrait également venir du mot latin 'pistor' signifiant 'le meunier' qui, par glissement sémantique du Moyen-Âge, serait venu à désigner le boulanger. Le diminutif pistolet serait alors le produit du boulanger", ajoute Valérie, sans prétendre détenir la vérité. D'autant qu'une autre origine est possible : celle du temps - toujours moyenâgeux - où les enfants bruxellois étaient envoyés en dehors de la ville pour apporter des vivres aux soldats, qu'ils devaient savoir reconnaître à leurs armes. Les petits pains transportés sur le champ de bataille auraient ainsi été baptisés "pistolets".

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Mais au-delà des frontières bruxelloises et flamandes (d'où il serait véritablement originaire), le pistolet prend des allures de "miche", de "petit-pain", de "faluche" ou encore de "brotchen" et se déforme, tantôt plus, tantôt moins allongé. Et s'il possède de nombreux cousins comme le sandwich mou ou le piccolo, le pistolet se distingue par des caractéristiques précises. "Il doit être rond, avoir une mie légère et une croûte dure mais craquante", indique Valérie avant d'insister : "Sans sa fente, le pistolet n'est pas un pistolet !" Qu'on le déguste avec ou sans sa mie, coupé transversalement ou déchiré en deux, sous sa version salée ou sucrée, le pistolet constitue d'être un grand classique du repas "sur le pouce". Du moins, dans nos contrées. Car à l'étranger, même chez nos voisins Français, le pistolet est loin d'être perçu comme un petit pain.

Inconnu au bataillon

À l'étranger, commander des pistolets dans une boulangerie prendrait presque des airs de hold-up tant le petit pain belge est peu connu. Auprès des touristes américains ou japonais, il se fait même renommer "roll" afin de rassurer les touristes gastronomes qu'on ne leur servira pas une arme de poing garnie de cressonnette à la sauce mayonnaise. Chez Pistolet Original, la clientèle est essentiellement belge, précise Valérie Lepla qui tente malgré tout de faire saliver les touristes étrangers avec des garnitures locales et soignées. Américain préparé, crevettes grises, poulet curry, boudin à la moutarde... "Le pistolet raconte quelque chose de nous, de la Belgique, de ce que l'on est". Or, il a tendance à se faire oublier, notamment lorsque l'on dresse la liste des spécialités qui font le patrimoine gastronomique du plat pays.

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Si les frites, la bière, les gaufres ou encore le chocolat sont mondialement réputées pour être signées de la patte belge, le pistolet n'a jamais su acquérir la même notoriété. Pour les anciennes comme pour les jeunes générations, il reste cependant "un élément essentiel du patrimoine alimentaire de la Belgique", souligne Valérie. Avec les années, "le pistolet est malheureusement devenu l'ombre de lui-même, mal réalisé, ayant perdu de sa qualité fautes au méthodes de travail trop rapides qui utilisent des levures chimiques et des additifs", déplore-t-elle. Alors pour lui rendre ses lettres de noblesse, cette passionnée de gastronomie tente depuis quelques années de remettre la tradition au goût du jour et dans les règles de l'art. "Le pistolet a le droit de faire partie des références culinaires belges, surtout si on le fourre d'une garniture 100% belge, elle aussi." De quoi redonner dans le même temps du lustre à la petite restauration belge "oubliée depuis trop longtemps".

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