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Les Incels, ces célibataires misogynes dont se revendique l'assaillant de Toronto

Au volant d'une camionnette, un étudiant de 25 ans a fait 10 morts et 14 blessés. Parmi les victimes, "majoritairement des femmes", indiquent les autorités. | © Galit Rodan/CP/ABACAPRESS.COM

Société

Quelques heures avant son attaque au camion-bélier, Alek Minassian annonçait la "rébellion des Incels". Un groupe virtuel de célibataires misogynes qui crient leur haine des femmes et clament leur punition.

 

"Involuntary celibate." De ces deux termes est né le nom d'un mouvement encore méconnu : les "Incels". Mais depuis le drame survenu à Toronto ce lundi 23 avril, le mouvement se révèle au grand jour avec un message tout particulier à faire passer : « La rébellion des 'Incels' a commencé. Nous allons renverser tous les Chad et les Stacy. Gloire au gentleman suprême Elliot Rodger. »

Des mots écrits par Alek Minassian, auteur présumé de la tuerie de Toronto, quelques heures avant de faucher des dizaines de personnes sur les trottoirs de la Ville Reine. Au volant d'une camionnette, l'homme de 25 ans a fait 10 morts et 14 blessés. Parmi les victimes, "majoritairement des femmes", indiquent les autorités qui peinent à croire au hasard. Car chez les Incels, groupe auquel se réfère le chauffeur, la haine envers la gente féminine est un sentiment partagé. Et ses membres se donnent pour mission commune de toutes les punir.

Célibat endurci

Ce sont des hommes. Pour la plupart hétérosexuels et entre 20 et 30 ans, lit-on dans leurs témoignages. Leur point commun : le célibat, plus ou moins endurci. Ils sont plusieurs dizaines de milliers à avoir rejoint la communauté des Incels qui gronde sur le net. Sur leur site officiel interdit aux femmes, le Monde recense plus de 5 000 membres, sans compter les forums tels que Reddit ou 4chan où des dizaines de conversations sont ouvertes chaque jour dans un seul but : exprimer leur haine féroce des femmes.

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Si à la base, ces hommes désirent avoir des relations avec des femmes, les échecs répétitifs et leur pessimisme quant à leurs chances futures de "conclure" les plonge dans une une frustration maladive. Dès lors, ils jugent les femmes entières responsables d'un célibat qu'ils n'ont pas choisi. « Menteuses pathologiques »« Salo*** (…) incapables d’aimer », « prenant plaisir à malmener, à moquer ou à humilier des hommes dès qu’elles le peuvent »... Les femmes sont perçues comme "diaboliques" par les Incels, au point d'hériter de surnoms peu flatteurs tels que "roastie" (rosbeef, en référence à la forme de leur vagin après avoir eu plusieurs partenaires) ou "femoid" (contraction de "female" et "humanoïd", afin de la déshumaniser), explique Le Monde.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé un acte "insensé" alors que Mark Saunders, le chef de la police de Toronto, a qualifié le meurtre de "délibéré". © Photo by Aaron Vincent Elkaim/CP/ABACAPRESS.COM

Mal-aimés

Dans son message partagé sur Facebook, puis supprimé, Alek Minassian parle de "renverser tous les Chad et les Stacy", un duo enviable autant que détestable. Stacy, c'est la femme en couple. Qui le plus souvent, n'a d'yeux que pour Chad, l'homme charmant, populaire et séducteur qui multiplie les expériences sexuelles et amoureuses. Parce qu'ils en sont verts de jalousie, les Incels les exècrent. Ils s'estiment alors victimes d'une révolution sexuelle dont l'ordre établi favoriserait les "Chad" et rejetterait les "nice guys" condamnés à une vie de solitude et de souffrance, relate Libération.

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Alors en guise de figure de modèle, les Incels chantent la gloire du "gentleman suprême Elliot Rodger", auteur d'une tuerie à l'arme à feu et à la voiture bélier qui a marqué la ville californienne d'Isla Vista en 2014. Comme le rapporte le Monde, Elliot Rodger expliquait à l'époque vouloir se venger des femmes dans une vidéo intitulée "Châtiment", partagée sur les réseaux sociaux. « Je suis le mec parfait et pourtant vous préférez vous jeter dans les bras d’hommes odieux plutôt que moi, le gentleman suprême », écrivait-il qualifiant son rejet "d'injustice" et de "crime". Dans un manifeste de 140 pages disponible en ligne, l'homme "rejeté" et "non désiré" explique de long en large sa haine des femmes.

Un couple de témoins, quelques heures après la tuerie qui a fait 10 morts et 14 blessés sur les trottoirs de Toronto. © Photo by Aaron Vincent Elkaim/CP/ABACAPRESS.COM

Terrorisme misogyne

Et la misogynie dépasse même la sphère du couple. Pour certains Incels, "les femmes ne devraient pas avoir le droit d'occuper des positions de pouvoir". "Protégeriez-vous une femmes victime de viol ?" De nombreux membres répondront "non", considérant que la femme est responsable de son agression. D'autres iront même jusqu'à encourager l'acte de viol, qu'ils estiment "cent fois plus plaisant que le sexe classique" et qu'ils voient comme une échappatoire à leur vie sexuelle peu satisfaisante, lit-on encore sur leur site web. Glorification du viol, incitation au harcèlement ; alors qu'il comptait plus de 40 000 membres, un sous-forum Reddit Incel a par ailleurs été fermé en novembre 2017 pour « violation des règles d’utilisation ».

Si les autorités canadiennes écartent pour l'instant tout lien avec un groupe terroriste et n'avancent "aucune preuve formelle que le tueur visait des femmes", la piste d'un terrorisme misogyne reste plausible. Mais la police canadienne s'est contentée d'évoquer un "message énigmatique" concernant les motivations de l'assaillant inculpé ce mardi 24 avril pour dix meurtres avec préméditation.

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