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Autorisés dans les produits bio, les pesticides sont-ils devenus inévitables ?

Le Parlement européen s'apprête à voter ce jeudi 26 avril un nouveau règlement plus permissif qui autorisera la présence de pesticides dans les aliments d'origine biologique. | © Photo : David Ebener

Société

Le Parlement européen s'apprête à voter une nouvelle directive autorisant les traces de pesticides sur les produits bio. Une décision qui pose la question : l'alimentation garantie sans pesticides est-elle en voie de disparition ?

 

"Trois quarts des fruits et légumes non bio contiennent des traces de pesticides", alarmait l'organisation Générations Futures dans un rapport publié en février dernier. Particulièrement riches en pesticides, le céleri, les endives, le raisin ou encore les mandarines étaient désormais dans le viseur du consommateur.

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Heureusement, celui qui voulait boycotter une alimentation contaminée par les produits chimiques pouvait toujours compter sur le bio et ses produits garantis sans pesticides ni OGM. Mais les nouvelles directives européennes pourraient bien changer la donne et rendre les pesticides inévitables dans l'alimentation.

Presque bio

C'était dans l'air. Le Parlement européen s'apprête à voter ce jeudi 26 avril un nouveau règlement plus permissif qui autorisera la présence de traces de pesticides sur les aliments d'origine biologique. L'objectif, permettre une meilleure circulation des produits biologiques sur le plan international. Car si jusqu'à présent, les aliments labellisés "bio" étaient retirés du marché dès lors qu'ils contenaient la moindre trace de pesticides, leur mobilité était ralentie par une procédure pointilleuse. Alors pour fluidifier la circulation du bio sur le marché mondial, des normes minimales seront bientôt tolérées. Minimes, certes. Mais tolérées quand même.

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En cas de pollution accidentelle lors d'un transport par route ou par bateau, les produits ne devront donc plus, systématiquement, être retirés du marché ou privés de leur label. Une nouvelle règle qui conforte l'Europe dans toujours plus d'importation des produits bio, à l'heure où 30% de ces produits consommés sur le continent proviennent de pays extérieurs à l’UE. Avec les conditions de production bio qui diffèrent selon les pays et malgré les "contrôles stricts et réguliers" annoncés par les députés européens, l'incertitude grandit quant à la garantie d'un bio vraiment bio.

Afin de fluidifier la circulation du bio sur le marché mondial, des normes minimales seront bientôt tolérées. Minimes, certes. Mais tolérées quand même. Unsplash : Thomas Gamstaetter

Du bio, du vrai, du local

Ces nouvelles directives relancent également le débat sur la production et la consommation locale. Manger bio, c'est bien. Mais favoriser les produits cultivés ou fabriqués sur nos terres c'est mieux, estiment de plus en plus de consommateurs. Comme le souligne Marc Fischer de l'association "Nature et Progrès", " (...) cette réglementation vise à faciliter la mobilité des produits bio". Or, "l'agriculture biologique n'a de logique que quand on fait vivre la production locale et la consommation locale", explique-t-il. "Cela ne nous intéresse pas qu'on importe du blé d'Ukraine ou que l'on fasse venir les produits de tous les coins d'Europe ou du monde pour les revendre en magasins bio". Ce qu'il faut, estime l'association, c'est "d'abord manger des productions locales".

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Comme le soulignait Bruxelles Environnement dans un rapport, privilégier les aliments issus des cultures locales permet de limiter les dégâts. Fermes biologiques et petits producteurs ne cessent de se développer en Belgique et sont déjà un gage de confiance et de sécurité en ce qui concerne la présence de produits chimiques dans les aliments. Alors si l'on peut désormais penser que les pesticides sont partout, il reste possible de les éviter en changeant certaines habitudes de consommation.

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