Paris Match Belgique

Telegram, l'application russe qui défie Poutine et arrange Daesh

L'application a été interdite en Russie mi-avril. | © Unsplash - Christian Wiediger

Société

En Russie, des milliers de manifestants ont protesté ce lundi contre la mise au ban de la messagerie cryptée russe Telegram. En Europe, l'application est également pointée du doigt, mais pas pour les mêmes raisons.

Si une manifestation similaire contre les restrictions sur Internet avait réuni seulement un millier de personnes à Moscou en août dernier, aujourd'hui, les Russes ont répondu présent. 8 000 d'entre eux, dont l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny, se sont réunis ce lundi contre le renforcement de la surveillance en ligne, après le blocage par les autorités russes de la messagerie cryptée Telegram.

"Êtes-vous prêts à résister ? », a lancé Navalny à la foule, qui a hurlé : "Oui » avant de marteler "À bas le tsar ! » Devant le podium, les manifestants brandissaient des pancartes avec des slogans antigouvernementaux et des drapeaux russes, scandant parfois "Poutine est un voleur » ou "Ne restez pas silencieux ».

©AFP PHOTO / Alexander NEMENOV - Alexei Navalny à Moscou ce 30 avril 2018.

L'opposant principal de Valdimir Poutine a tenu à remercier le cofondateur de Telegram, Pavel Dourov, d'avoir créé la messagerie cryptée, appréciée par de nombreux Russes. "Merci Pacha (diminutif de Pavel, ndlr) Dourov d'avoir appelé cela de la résistance, parce que résister c'est ça, c'est faire quelque chose, ne pas se taire », a-t-il affirmé sur une scène dressée pour l'occasion. L'homme en question a quant à lui qualifié le rassemblement de "sans précédent » dans un texte publié sur son réseau social Vkontakte à l'adresse des manifestants. "Votre énergie est en train de changer le monde », a-t-il assuré.

Une application qui affole les gouvernements

Mi-avril, les autorités russes ont ordonné le blocage de l'application aux 200 millions d'utilisateurs (dont 7% en Russie), tant qu'elle ne fournira pas aux services de sécurité les moyens de lire les messages des utilisateurs, ce qu'elle a refusé. Le blocage de Telegram, fondé par les deux frères Dourov, a eu lieu peu après l'élection de Vladimir Poutine à un quatrième mandat et moins d'un mois avant son investiture le 7 mai. Le dernier mandat du président russe avait été marqué par un tour de vis accru sur internet, au nom de la lutte contre l'extrémisme et le terrorisme. Certains analystes y avaient vu un moyen de maîtriser le débat politique et d'étouffer les voix trop critiques.

Lire aussi > Pourquoi Qwant ne fera pas trembler Google

Car si en Russie, Telegram fait figure de gardienne de la démocratie, l'application de messagerie mobile est également connue pour inquiéter certains gouvernements européens, qui voient en elle un puissant moyen de communication et de propagande du terrorisme. Dans un article précédement publié sur parismatch.be, Hadiya Maseh, une Anglaise qui œuvre pour la déradicalisation sur Internet, expliquait ainsi que la plateforme cryptée était l'un des outils principaux de Daesh en ligne. La messagerie lancée en 2013 par Pavel et Nikolai Durov permet en effet de communiquer sans laisser de trace : les messages y sont cryptés et peuvent "s'auto-détruire » si l'utilisateur le programme.

©Twitter - "Ma nouvelle photo de passeport est étrangement adaptée aux articles à propos de terroristes utilisant Telegram", tweetait en mars dernier Pavel Durov.

Un supporter de la vie privée à la tête du plus grand réseau social russe

"Pavel supporte Telegram financièrement et idéologiquement tandis que l'apport de Nikolai est technologique », expliquent ses créateurs sur le site de l'application. Si les deux hommes ont fondé Telegram à Saint-Pétersbourg, ils ont ensuite dû quitter la Russie "à cause des régulations locales », expliquent-ils, désormais installés à Dubai.

Pas question de changer de discours pour quelques nouvelles lois, chez les Durov. "Les grandes entreprises Internet comme Facebook ou Google ont détourné le discours de la vie privée au cours des dernières années. Elles ont réussi à convaincre le public que les choses les plus importantes au sujet de la vie privée étaient des outils superficiels qui permettent de cacher vos messages publics ou vos photos de profil aux gens autour de vous », tacle d'ailleurs Telegram, qui assure de son côté protéger les conversations privées aux "tiers, tels que les officiels, les employeurs », de même qu'aux entreprises affamées de données.

Lire aussi > Le top 10 des applications sans lesquelles les 18-34 ans ne pourraient pas vivre

Pavel Durov est appelé dans la presse le "Zuckerberg russe » après avoir créé Vkontakte, le plus grand réseau social du pays, qu'il a vendu en partie en 2015 pour un montant estimé à 300 millions de dollars. Comme quoi, les cordonniers sont parfois les mieux chaussés, même russes et poursuivis par la vindicte présidentielle.

CIM Internet