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Comment des employées de Nike ont mis le harcèlement sexuel hors-jeu

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Une enquête anonyme a révélé l'ampleur du problème | © Unsplash @ Ben Weber

Société

Chez Nike, il semblerait que le slogan motivationnel ne s’applique pas uniquement à la clientèle : lassée d’une culture d’entreprise qu’elles percevaient comme favorisant le harcèlement sexuel, des employées ont décidé de « just do it » et d’y mettre fin elles-mêmes. 

Située à une dizaine de kilomètres de Portland seulement, la petite ville de Beaverton, dans l’Oregon, a tout de la banlieue américaine typique. Sauf que c’est ici que fut fondé Nike, dont le QG est d’ailleurs toujours situé en plein coeur de cette bourgade tranquille de 83 000 habitants. Et que ces dernières semaines, les rues bourgeoises garnies de verdure ont bruissé d’un vent de révolte parti du QG du géant du matériel de sport. Où une tempête résolument féminine a fait souffler le changement dans une compagnie où le harcèlement et le sexisme étaient devenus un peu trop présents dans la culture d’entreprise.

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Lassées des comportements de leurs collègues masculins et d’une partie de la hiérarchie, un petit groupe d’employées du QG de Beaverton ont décidé d’enquêter discrètement auprès de leurs homologues féminines. Objectif : déceler s’il s’agissait d’incidents isolés ou bien s’il y avait un problème de plus grande envergure chez Nike. Et leurs trouvailles ont clairement indiqué que c’était de la seconde option qu’il s’agissait. Tandis qu’une employée relate la fois où un supérieur a tenté de l’embrasser de force, une autre fait part d’un e-mail où son tour de poitrine était mentionné. Des comportements auxquels s’ajoutent la sensation d’être oubliées pour les promotions et d’être largement exclues de divisions primordiales de la compagnie, notamment le basketball.

Le QG de Nike à Beaverton – DR

Après avoir rassemblé des questionnaires remplis anonymement par leurs collègues féminines, les employées à l’origine de l’enquête les ont remis à Mark Parker, le CEO de Nike. Et sa réponse ne s’est pas faite attendre : dans les semaines qui ont suivi la remise des enquêtes début mars, ce ne sont pas moins de 6 employés haut-placés qui ont annoncé leur départ, notamment Trevor Edwards, le président de la marque. Dans un communiqué, Mark Parker a fait part de sa déception que harcèlement sexuel et discrimination basée sur le genre aient pu être tolérés au sein de l’entreprise.

Cela me fait de la peine d’apprendre qu’il y a des divisions de notre compagnie où des comportements en opposition totale avec nos valeurs ont empêché certaines employées de se sentir considérées.
– Mark Parker

Une réaction que certain(e)s n’ont pas manqué de qualifier de légèrement hypocrite. Interviewée par le New York Times, Amanda Shebiel, qui a quitté Nike en septembre après y avoir travaillé durant 5 ans, a souligné que « nombre de mes collègues et moi même avons déposé plainte aux ressources humaines à de nombreuses reprises pour dénoncer une culture d’entreprise qui était dérangeante, menaçante, injuste et sexiste, en attendant un changement qui nous aurait fait croire en Nike à nouveau. Je ne comprends pas pourquoi il a fallu une enquête anonyme pour que ce changement arrive enfin ». Probablement parce que celle-ci s’est inscrite dans la foulée du mouvement #MeToo. Mais si certaines personnes responsables de comportements misogynes voire harcelants sont parties, le chemin reste encore long à parcourir : alors que les femmes constituent près de 50% des employés de Nike, cette proportion tombe à 38% seulement des positions de leadership, et 29% en ce qui concerne les vice-présidents.

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