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La programmation informatique est-elle une langue ?

Et si les élèves apprenaient le code plutôt que le néerlandais ? | © Pexels

Société

Le grand langage de la programmation est composé de centaines de codes différents : HTML, CSS, JAVAscript, chacun a son vocabulaire spécifique et sa propre syntaxe… Mais sont-elles vraiment des langues à part entière ?

 

Balise, script, attribut, appel : ces termes de la grammaire de la programmation ne vous évoquent peut-être pas grand chose… À quoi riment donc ces pages de symboles et de termes colorés que les codeurs rédigent plus vite que leur ombre ? Pour certains initiés pourtant, ces suites de symboles cryptiques font office de langage à proprement parler : une langue, que l'on écrirait au même titre que l'espagnol ou le français.

Outre-Atlantique, l’idée de considérer la programmation comme une langue a déjà fait son chemin. Dans plusieurs États américains, des projets de loi ont été déposés pour que le code soit enseigné au même titre que n'importe quelle autre langue. En Belgique, cela signifierait que les élèves auraient le choix d’apprendre à coder plutôt que de fouler les bancs des classes d’anglais ou de néerlandais.

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Parler le code, un non-sens

Pour les défenseurs du projet, cette mesure permettrait d’adapter les écoles aux besoins d’une société moderne qui doit répondre à de nouveaux défis numériques. Un monde dans lequel la maîtrise de la programmation est devenue une compétence importante à acquérir, surtout lorsqu’on sait à quel point la demande en informaticiens est grande (aux États-Unis comme en Belgique). Mais les sceptiques contre-attaquent.

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Qu’elles soient issues du monde de l’informatique ou non, de nombreuses voix s’élèvent contre le projet américain. À leurs yeux, apprendre le code, un langage qu’on ne parle pas, ou apprendre une langue moderne avec toute la communication interpersonnelle qu’elle implique et les leçons culturelles qu’elle enseigne, sont deux choses diamétralement différentes. "En cas de crise internationale, nos ambassadeurs communiquent-ils en code ? Si vous visitez un autre pays, demandez-vous des instructions dans le code ? », interrogeait déjà le Tallahassee Today en 2016.

Un langage social ?

Bien que le terme "langage" soit utilisé pour faire référence aux codes Java, Python, C ++ etc., il ne s’agit pas de langues naturelles. Alors que le français comprend des dizaines de milliers de mots (entre 60 000 et 100 000 selon les dictionnaires) que l'on ordonne selon une structure grammaticale cohérente, "une langue informatique typique a un vocabulaire d'environs 100 mots seulement, et le vrai travail consiste à apprendre à assembler ces mots pour construire un programme complexe », explique André Delacharlerie. L'homme a étudié les sciences informatiques, et aujourd’hui, il est responsable de L'Observatoire des TIC à l’Agence Wallonne des Télécommunications. "Évidemment, pour ce faire, il y a une syntaxe à respecter, mais apprendre ces langages, ce n’est pas vraiment le challenge, c'est le raisonnement qu'il y a derrière qui est intéressant », poursuit-il. "On peut dire que le code est une langue, mais au second degré... En réalité, la programmation relève plus du domaine scientifique, c’est une démarche d’analyse et de réflexion dont l’étape de traduction par le code est en définitive la valeur ajoutée la plus faible ».

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En plus d’inculquer une manière de raisonner méthodique, la programmation renforce des concepts mathématiques comme la géométrie, les fonctions et les variables, ainsi que des concepts scientifiques tels que l'expérimentation ou la modélisation. "C’est une science. Sociale ? C’est un peu particulier de le dire comme ça. Mais le métier d'informaticien est social : on construit des systèmes qui apportent des solutions aux gens », précise l'expert chargé du développement de l'École numérique en Région wallonne.

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Mais aux utilisateurs aussi de tenter d'apprendre les bases élémentaires d'un "langage" qui, s'il n'est pas à comparer avec une langue étrangère comme l'allemand ou l'italien, est également à la base d'une multitude d’enjeux du quotidien : protection des données et big datas ne sont ainsi qu'une part infime des questions qui découlent d'innovations codées.  "Dans les écoles on apprend la physique, la chimie et les sciences économiques, tout ça pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit et avoir les outils nécessaires pour l’affronter. Mais on n’enseigne presque rien sur le monde numérique », dénonce André Delacharlerie "pourtant on y est tous confrontés tous les jours ».

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