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La crème solaire respectueuse des océans existe-t-elle vraiment ?

Hawaï s'apprête à devenir l'un des premiers États au monde à interdire les crèmes solaires qui nuisent aux coraux et à la vie sous-marine. | © Unsplash : Meg Sanchez

Société

Alors qu'Hawaï s'apprête à interdire la vente des crèmes solaires dont la composition est nocive pour les coraux et la vie sous-marine, les alternatives respectueuses de l'écosystème marin se font rares. Au fond, peut-on réellement protéger sa peau en même temps que l'environnement ?

 

0,8 litres chaque seconde. Entre 6 000 et 14 000 tonnes par an. C'est la quantité de crème solaire qui se dilue constamment dans nos océans. Avec comme conséquence directe, la destruction des récifs coralliens et de l'écosystème marin. Coraux, planctons, poissons : tous subissent les effets nocifs des filtres chimiques et organiques répandus dans la mer, des silicones et autres huiles solaires hydromiscibles provenant des ambres solaires.

Si depuis plusieurs années, de plus en plus de marques de cosmétiques font le choix d'une politique durable et écoresponsable, le chemin est encore long au rayon des crèmes solaires. Jusqu'à présent, le consommateur soucieux de bien choisir sa lotion protectrice s'était peu préoccupé de son impact environnemental. Mais alors qu'Hawaï vient de prendre la décision drastique d'interdire la vente de toutes les crèmes solaires contenant des produits chimiques qui endommagent les récifs coralliens, beaucoup se posent une même question : la crème solaire non polluante existe-t-elle vraiment ?

Santé ou environnement : le grand dilemme

Parce qu'elle contient des filtres anti-UVA (contre le photovieillissement cutané) et anti-UVB (contre les coups de soleil et le cancer), la crème solaire composée d'huile et d'eau "présente un problème de dégradabilité", explique Séverine Roullet-Furnemont, directrice Développement Durable des laboratoires Pierre Fabre. "En cause, les silicones et filtres UV (chimiques et minéraux) qui ne sont pas biodégradables. D’où la nécessité de réduire leur nombre." Par ailleurs, les différents types de filtres (hydrosolubles ou liposolubles) sont tout aussi problématiques. "Le problème avec les filtres hydrosolubles, c’est qu’ils peuvent se retrouver dans tous les niveaux marins notamment dans les crustacés, comme les moules ou les huîtres, qui filtrent l’eau", précise la scientifique.

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Auprès des laboratoires pharmaceutiques, le projet d'interdire ces produits fait débat. Car c'est un fait : les alternatives à la crème solaire classique se font rares. Plusieurs s'opposent donc à cette loi, notamment le géant Bayer pour qui une telle loi "limitera non seulement le choix du consommateur mais aussi ruinera les efforts de prévention contre le cancer de la peau". En dépit de la préservation de l'environnement, l'ambre solaire demeure une protection indispensable face au soleil. Or pour "atteindre des niveaux protections suffisants, ces crèmes peuvent contenir une concentration élevée en filtres solaires qui sont non-biodégradables", souligne Séverine Roullet-Furnemont. Pas question dès lors de s'en passer, au profit de l'environnement mais au détriment de sa santé, en préférant des produits qui protégeraient moins bien des effets néfastes des UV.

Unsplash : Matheus Vinicius

Le bio, vraie solution ?

Si à l'heure actuelle, il est difficile de se procurer une crème 100% biodégradable et respectueuse des océans, plusieurs marques tentent de réduire au maximum la toxicité de leurs produits, en favorisant notamment les filtres minéraux (à base d'dioxyde de titane et oxyde de zinc), plus sûrs pour l'environnement. Scientifiques et laboratoires travaillent ainsi sur des versions toujours plus écologiques afin de limiter un tant soit peu les dégâts. Choisir une crème avec un nombre minimum de filtres, sans silicone et sans filtres hydrosolubles peut déjà constituer un premier pas, conseille la spécialiste.

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Mais si elle exclut plusieurs composés indésirables, la version bio présente toutefois quelques limites. Comme le souligne UFC-Que choisir, "côté efficacité, les crèmes biologiques ont tendance à se distinguer par une protection anti-UVA insuffisante". Aussi, longtemps a-t-on pensé que la solution écolo pouvait éviter la destruction des coraux, "malheureusement, certaines études montrent qu’ils en sont bel et bien capables", note l'association française de consommateurs.

Potion naturelle

Parce qu'on peut difficilement s'en passer, minimiser l'impact environnemental de la crème solaire est primordial. C'est pourquoi de plus en plus de marques comme Avène, Alphanova Sun ou encore Biosolis, s'engagent dans  une démarche qui veut "allier l’écoresponsabilité avec le plaisir du soleil" en apportant des solutions 100% sûres pour l'homme et pour la planète.

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Par ailleurs, il est possible de confectionner sa propre crème solaire entièrement naturelle. Les huiles d'olive, de noix de coco, de karité, la cire d'abeille ou le beurre de cacao offrent des indices de protection solaire tout à fait valables. Mais dans la majorité des recettes, l'oxyde de zinc reste le grand incontournable. Et même s'il constitue une protection solaire naturelle, il conseillé de vérifier qu'il ne contient pas de nanoparticules, également nocives pour les océans au point d'être interdites par les labels bio. Chacun en prendra sa responsabilité en s'assurant de rester vigilant et de (surtout) bien se protéger.

 

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