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La folle théorie sur Kanye West qui expliquerait ses étranges déclarations

Kanye West, du malaise au génie ? | © EPA/STEVE C. MITCHELL

Société

Et si les sorties récentes de Kanye West sur les réseaux sociaux, nimbées de scandale, faisaient en fait partie d'une performance artistique ? Un animateur radio en est persuadé et dévoile sa théorie.

 

C'est à n'y rien comprendre. Depuis plusieurs jours, Kanye West multiplie les sorties incohérentes sur les réseaux sociaux. La dernière en date ? Le rappeur estimait que l'esclavage était "un choix », pour avoir pu perdurer aussi longtemps aux États-Unis. Une déclaration de mauvais goût qui a indigné les internautes, notamment ses fans afro-américains, qui ont vécu "l'analyse » de l'artiste comme une franche trahison, dans une société encore marquée au fer rouge par son passé.

Mais pour l'animateur radio américain Snowcone, il ne s'agit que d'un indice de plus qui vient corroborer sa folle théorie : et si Kanye avait tout calculé ? Et si le rappeur était en fait en train d'apporter les dernières touches à une campagne de communication tarabiscotée, mais drôlement bien ficelée ? Le "cône de glace » s'appuye pour cela sur de nombreux détails qui, assemblés et rapportés par The Views, font en effet froncer les sourcils. Et s'il s'avérait avoir raison, alors le mari de Kim Kardashian pourrait bien être le génie (du mal) dont on aime souvent le qualifier.

Un jeu de piste de tweets

L'enquête débute fin avril, alors que Kanye West s'adonne à l'un de ses nouveaux passe-temps favoris : poster des messages cryptiques sur Twitter. Ce jour-là, il publie deux œuvres contemporaines, l'une de l'artiste David Hammons et l'autre de Joseph Beuys. La deuxième est bien connue dans le monde de l'art conceptuel : une photographie de l'expérience de Beuys, enfermé avec des coyotes affamés. Les deux œuvres auraient pu passer inaperçues dans le flot constant de publications de l'artiste, si une réponse en particulier n'avait pas attiré l'attention de Snowcone : un commentaire lapidaire de Tremaine D. Emory, un ami du rappeur : un simple emoji représentant un as de pique. Le symbole est en effet l'un de ceux régulièrement exploité par David Hammons, un motif de la grammaire raciste. Tremaine semble savoit exactement à quoi se réfère Kanye West.

Six jours plus tard, Kanye West poste un "moodboard", procédé utilisé dans l'univers créatif pour aiguiller l'inspiration. Des livres de David Hammons et Joseph Beuys, et, nouveauté, un dessin d'Andy Kaufman, humoriste américain décédé, mais bien connu pour ses sketches au cours desquels il s'invitait aux frontières de la réalité : jamais on ne savait si Andy était lui-même ou un autre, l'un de ses personnages, de manière à ce que ses numéros frôlaient littéralement la schyzophrénie.

Et à nouveau, Tremaine, l'ami du rappeur, met son grain de sel. Il retweete en commentant : "The prestige ♠︎🤹🏾‍♂️🤠🤼‍♀️". Toutes les pièces sont en place et Snowcone peut dérouler le fil de sa théorie.

Une performance artistique à part entière

Chaque publication en apparence futile, et qui donne l'impression que Kanye West succombe à un gros délire mégalo, aurait en réalité une signification bien plus profonde. L'œuvre avec les coyotes porte la symbolique des bêtes sauvages qu'on peut dompter avec suffisamment de bienveillance. Et comme Joseph Beuys, l'artiste américain s'est récemment rapproché de personnalités barbares - Donald Trump et l'extrême-droite. En leur signifiant sa sympathie, il les a également domptées, à la limite de leur faire faire ses propres tours. Dans un récent tweet, Kanye West justifierait d'ailleurs sa réinterprétation : "On met trop en avant l’originalité. Soyez libre de prendre des bonnes idées et de les améliorer comme vous le souhaitez, tous les grands artistes le font. Soyons moins concernés par l’appartenance des idées. C’est important qu’elles voient le jour même si vous n’en obtenez pas le crédit (…) ce qui compte c’est là où vous emmenez les choses, pas là d’où elles viennent ».

Et l'allusion à Andy Kaufman ? Un personnage détestable, dont Kanye West endosse le costume jusqu'à être confondu avec lui, au prix-même de l'amour de ses fans - et de la remise en question de sa santé mentale.

Mais c'est en définitive le tweet de Tremaine D. Emory qui donne la clef du mystère. L'as de pique, d'abord, qui représenterait le motif conservateur, voire raciste par excellence : la fameuse casquette "Make America Great Again », symbole de la campagne de Donald Trump, qu'on a récemment vu l'artiste porter contre toute attente sur les réseaux sociaux. Le jongleur noir serait Kanye West en pleine performance, manipulant plusieurs éléments en même temps pour le bien de son spectacle. Le cowboy est le dompteur américain et les lutteurs, deux personnages antagonistes qui se battent dans un même corps, à la Andy Kaufman.

Reste "The prestige", la curieuse mention qui accompagne les emojis. Mais les amateurs de Christopher Nolan auront reconnu le titre de l'un de ses films, sur deux prestidigitateurs. Dans le long-métrage, le "prestige" en question est l'apparition - ou plutôt la réapparition - d'une personne ou d'un objet. Dans le cas de Kanye West, c'est les deux : sa propre personne d'abord, qui avait disparue des radars, et un album ensuite, qui pourrait être en préparation.

La théorie a l'esprit, de nombreux autres tweets participent à sa consolidation : "J’ai toujours eu le désir de faire ce à quoi les gens n’auraient jamais pensé », par exemple, ou encore "Questionnez tout ». À moins que tout cela n'ait aucun sens... Performance ou illusion ? À moins qu'il ne s'agisse un peu des deux ? Une chose est certaine : Kanye West nous mène toujours pas le bout de son nez et continue à bâtir son culte de la personnalité. Reste désormais à savoir sur quelles bases.

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