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Une ambassade pour 52 morts : le « jour de la honte » à Jérusalem

La bande de Gaza, ce 14 mai 2018. | © AFP PHOTO / SAID KHATIB

Société

L’Iran a qualifié la journée de lundi de « jour de honte » après le « massacre » d’une cinquantaine de Palestiniens de Gaza par des soldats israéliens au moment où les États-Unis inauguraient leur ambassade à Jérusalem. Plusieurs autres gouvernements se sont insurgés face à la violence des évènements survenus.

Le président de l’Autorité palestinienne a dénoncé lundi un « massacre » israélien dans la bande de Gaza, après la mort de 52 Palestiniens tués par l’armée israélienne lors de manifestations et de heurts contre le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis en Israël. « Les États-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient », a aussi déclaré Mahmoud Abbas à Ramallah, devant la direction palestinienne, qualifiant l’ambassade américaine de « nouveau poste avancé de la colonisation ».

« Le régime israélien massacre de sang froid d’innombrables Palestiniens qui manifestent dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde », a de son côté affirmé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif sur Twitter, à la suite des évènements mortifères de ce 15 mai. « Pendant ce temps, (le président américain Donald) Trump célèbre le transfert de l’ambassade américaine illégale et (s)es collaborateurs (d’Etats) arabes gesticulent pour détourner l’attention. Un jour de grande honte », a-t-il ajouté.

©AFP PHOTO / ABBAS MOMANI – Mahmoud Abbas le 14 mai 2018.

Les forces israéliennes ont en effet tué 52 Palestiniens et blessé plus de 2 400 lors de manifestations contre l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem, à la frontière entre la bande de Gaza et l’Etat hébreu, lors de la journée la plus sanglante du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l’été 2014 à Gaza. Il s’agit des plus graves violences dans le cadre du conflit israélo-palestinien depuis la guerre à Gaza en 2014. Parmi les victimes se trouvent huit enfants de moins de 16 ans, selon l’ambassadeur palestinien à l’ONU. Ces décès portent à 106 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le début, le 30 mars, d’un mouvement de protestation massif. Ils font aussi de lundi la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l’été 2014 dans l’enclave palestinienne.

Mahmoud Abbas a annoncé trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens et une grève générale mardi, jour où les Palestiniens marquent la « Nakba », la catastrophe que représente pour eux la création en 1948 de l’Etat d’Israël.

Trump méprise « le droit international » selon l’Iran

Plus tôt lundi, M. Zarif avait publié une lettre au secrétaire général de l’ONU accusant les États-Unis de « mépriser totalement le droit international » après le récent retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire. La décision de M. Trump d’abandonner cet accord historique conclu en 2015 entre l’Iran et le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) constitue un « mépris total pour le droit international et la charte des Nations unies », avait écrit le ministre des Affaires étrangères dans cette lettre. Les actions américaines « violent le principe du règlement pacifique des différends, mettent en péril le multilatéralisme et ses institutions (…) et encouragent l’intransigeance et l’illégalité », a-t-il ajouté. Contrairement à l’Iran, « qui a scrupuleusement respecté ses engagements (…), les États-Unis ont toujours échoué à tenir leurs promesses (…) et en particulier depuis la prise de fonctions du président Trump », a-t-il déploré.

©AFP PHOTO / MAHMUD HAMS

Adressée au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, la lettre est datée du 10 mai, soit deux jours après la décision de M. Trump de quitter l’accord et rétablir les sanctions économiques contre Téhéran. Elle n’a été publiée que lundi sur le site du ministère des Affaires étrangères. M. Zarif effectue actuellement une tournée diplomatique en Chine, en Russie et en Europe, qui critiquent la décision du président américain et espèrent sauver l’accord. La République islamique exige désormais des « garanties » aux Européens pour rester dans l’accord.

 

La « défense » des frontières avant tout

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a défendu lundi l’usage de la force dans la bande de Gaza par le droit de son pays à protéger ses frontières contre l’organisation « terroriste » Hamas. « Tout pays a l’obligation de défendre son territoire », a dit M. Netanyahu sur Twitter. « L’organisation terroriste du Hamas proclame son intention de détruire Israël, et envoie à cette fin des milliers de personnes pour forcer la frontière », a-t-il dit, assurant qu’Israël continuerait à agir « avec détermination » pour l’en empêcher.

La riposte de la Maison blanche

La Maison Blanche a quant à elle imputé au Hamas la « responsabilité » de la mort des 52 Palestiniens tués par l’armée israélienne dans la bande de Gaza lors de manifestations contre le transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël. « La responsabilité de ces morts tragiques repose entièrement sur le Hamas », a dénoncé Raj Shah, le porte-parole adjoint de l’exécutif américain.

©AFP PHOTO / SAID KHATIB

« Le Hamas provoque intentionnellement et cyniquement cette réponse » israélienne, a développé Raj Shah lors de son point de presse, avant d’ajouter que le mouvement islamiste était « une organisation qui s’est engagée dans des activités cyniques qui ont conduit à ces morts ». « Cela fait des semaines que le gouvernement israélien essaie de gérer cela sans violence », a-t-il également déclaré, en évoquant la « propagande » du Hamas.

Ni le président américain Donald Trump ni son vice-président Mike Pence ne se sont pour l’instant exprimés sur ce sujet.

Avec Belga

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