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Balle perdue : La Plateforme citoyenne demande la tête de Jan Jambon et Theo Francken

La Plateforme demande la démission du Ministre de l'intérieur et du Secrétaire d'État à l'asile. | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

À l’annonce de la mort d’une fillette dans une course-poursuite entre migrants et la police, l’association de soutien aux réfugiés accuse une politique migratoire belge aux conséquences dramatiques.

« J’arrive ici sans crier guerre. Je n’aspire, qu’à un peu d’air. Une paille ». Les paroles du groupe les Innocents sont tapées avec émotion. Sur le groupe Facebook Deux euros cinquante, Olivia Arend, l’une des modératrices a pris la parole quelques minutes après l’annonce timide du procureur du Roi : la petite fille décédée dans la nuit de mercredi à jeudi sur l’autoroute E42 Namur-Mons pourrait avoir été tuée par une balle perdue tirée par un policier. La veille, le porte-parole du parquet s’était basé sur les premières constatations des secours et avait pourtant écarté cette hypothèse. Un « simple » traumatisme crânien, survenu au cours d’une course-poursuite entre une fourgonnette de migrants et la police, était alors l’hypothèse la plus probable.

À bord du véhicule se trouvaient une trentaine de personnes, dont quatre mineurs, interceptés à hauteur de Maizières. Là, les policiers avaient ouvert le feu pour stopper la camionnette, après avoir été menacés par celle-ci, affirme la police. La petite fille était décédée sur place, quelques instants plus tard.

Mais ce vendredi, le parquet rétropédale : sa mort pourrait bien être dûe à une balle perdue, appartenant à l’un des policiers en intervention sur place.

Le cri des associations

Du côté des associations engagées en faveur des migrants, ça ne passe pas : « Ils ont tiré et ils l’ont tuée », écrit-on sur le groupe d’aide alimentaire Deux euros cinquante. La Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés déroule quant à elle la liste des sans-papiers morts sur nos autoroutes : Mohamed, « mort renversé après avoir été chassé par la police sur nos autoroutes. Après Dejen, 16 ans, mort sur nos autoroutes de n’avoir été ni accueilli ni orienté. Hier, une fillette de 3 ans et décédée, touchée mortellement par balle lors d’une course poursuite entre le passeur qui la transportait et la police qui la pourchassait ». La Plateforme, comme on l’appelle désormais à Bruxelles, réclame aujourd’hui « des voies sûres et légales », mais surtout « la démission des hommes politiques responsables de ces drames ».

Cette politique répressive est littéralement assassine.

« C’est véritablement la conséquence des dérives de cette politique migratoire qui est menée actuellement en Belgique. On ne réfléchit pas aux solutions qui permettraient aux personnes les plus vulnérables de se déplacer par des voies sûres et légales. C’est une politique qui favorise le trafic d’êtres humains », dénonce le porte-parole de l’association, Mehdi Kassou.

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« Cette politique qui vise à repousser, à refouler les migrants le plus loin possible de nos frontières, à les choper sur les autoroutes, est une politique répressive, clairement. Theo Francken le disait il y a quelques semaines : si les découragements ne marchent pas, on envisagera la répression. Je pense que cette politique répressive est littéralement assassine. Le Ministère de l’Intérieur et le Secrétaire d’Etat à l’Asile doivent assumer leurs responsabilités dans ces drames. (…) La démission serait le minimum ».

Le Comité P enquête

« Hier, on entend moins d’une heure après le décès que la police a été immédiatement innocentée, malgré la disproportion absolue qui consiste à tirer sur un véhicule qui transporte des humains et qui en plus, selon les premiers témoignages des agents de police, avait montré qu’il y avait à bord des enfants », accuse le porte-parole.

Le parquet avait déclaré que le Comité P était descendu sur les lieux et n’avait rien relevé d’anormal dans le chef de l’intervention des policiers. Le Comité P a cependant nié, vendredi matin, avoir à ce moment-là déjà enquêté sur une éventuelle responsabilité des policiers dans le cadre de l’interception. Son service d’enquêtes « n’a été saisi des faits qu’en début de soirée par un juge d’instruction, n’ayant auparavant reçu aucun devoir d’enquête de la part des autorités judiciaires ». L’enquête du Comité P est en cours.

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De leur côté, les associations poursuivent également leur travail et clameront leur indignation dès 18 heures, face à l’Office des Étrangers. « On continue. Comme on peut. Putain. »

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