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J’irai fleurir vos statues : Geoffroy Mottart, fleuriste et poète

Plus qu'une simple décoration, les barbes de Geoffroy Mottart visent à attirer l'attention sur les statues | © Philipe Jeuniaux

Société

Des barbes fleuries et des chevelures-bouquets méticuleusement apposées sur les statues bruxelloises. Derrière ces actes de poésie urbaine se cache le fleuriste Geoffroy Mottart. Qui compte bien en profiter pour démontrer le pouvoir des fleurs, et faire revivre les statues oubliées. 

Victor Rousseau, sculpteur wallon, collaborateur de Victor Horta, et statue en fleurs – Philippe Jeuniaux

En janvier dernier, Michel Bouffioux s’insurgeait dans les pages de Paris Match du dédain dont est victime la place des Martyrs. « J’aime ce pays. J’aime les rebelles et les insoumis. Comme ceux qui donnèrent leur sang pour l’indépendance de cette Belgique que, désormais, on assassine un peu plus chaque jour. Le lieu où ils reposent, place des Martyrs, en plein centre de Bruxelles est outragé. Ces révolutionnaires ont été oubliés ». Un oubli que Geoffroy Mottart est déterminé à réparer.

Patrimoine délaissé

À 38 ans, ce fleuriste installé à Forest a déjà plus de 20 ans de métier. Sa passion pour les « fleurissements », elle, date de l’année dernière. « J’ai constaté que les parcs de mon voisinage étaient bien verts, mais qu’ils n’étaient pas très fleuris, et que les statues avaient tendance à être délaissées. Quand des amis venus de l’étranger me demandaient qui étaient les personnes représentées, j’avais bien du mal à leur répondre. Cela m’a interpellé, et j’ai décidé d’intervenir, raconte Geoffroy. Une touche de couleur, cela permet d’attirer le regard et d’interpeller les passants » .

 

Dégradé de rose pour la statue de Jean Delville – Philippe Jeuniaux

Discorde végétale

Des passants souvent interloqués quand ils voient Geoffroy à l’oeuvre. « Pour que le rendu soit impeccable, je fais d’abord un moule en grillage sur la statue. C’est souvent l’occasion d’un premier contact avec les promeneurs et les riverains. Au début, ils sont un peu sceptiques, voire suspects, mais quand je reviens le lendemain ou le surlendemain avec mes fleurs, ils sont ravis« . On le serait à moins : en moyenne, chacune des interventions florales de Geoffroy représente 10h de travail. Et toutes les fleurs utilisées sont fournies à ses frais.

Un procédé minutieux

« Je tisse ou je colle mes fleurs sur leur moule en grillage, puis je fais les dernières finitions sur la statue, pour être certain que les oreilles soient positionnées au bon endroit par exemple. Ma démarche est entièrement bénévole, mais le projet m’a permis de figurer dans diverses publications. Cela a aussi attiré l’attention des autorités communales, qui m’ont donné leur autorisation pour fleurir les statues« . En tout, ce sont 12 bustes et statues qui ont eu l’honneur d’être fleuries par Geoffroy Mottart depuis le début du projet.

Philippe Jeuniaux

 

Léopold II, roi des fleurs

« J’en ai fleuri certaines à plusieurs reprises, Léopold II par exemple. C’est d’ailleurs lui que j’ai fleuri en premier, avec des roses roses. Certaines ne sont pas des modèles faciles, la Déesse du Bocq, par exemple, est extrêmement haute et sa chevelure est très longue. J’ai dû faire le moule en plusieurs parties« . Une minutie à la hauteur du rendu, toujours époustouflant. Et face à un tel talent, le projet de Geoffroy a rapidement traversé les frontières du pays.

Guerilla urbaine ou poésie florale ? Geoffroy Mottart se reconnaît plus dans la deuxième description – Philippe Jeuniaux

Poésie florale

« Ce qui est amusant, c’est de voir les différences de perception selon les pays. En Russie, par exemple, les médias ont qualifié mon travail de guerilla urbaine. En Italie, par contre, ils ont dit que je faisais « de la poésie avec des fleurs ». Une description dans laquelle ce passionné se reconnaît. Prochain défi pour ce fleuriste qui a su rendre le patrimoine bruxellois onirique ? « J’adorerais amener mes fleurissements au Palais de Justice. D’ordinaire, je préfère travailler en extérieur, mais le bâtiment recèle de statues magnifiques, méconnues du grand public« . Potentiellement plus pour très longtemps, pouvoir des fleurs oblige.

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