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Ce qu’il faut retenir de l’audition de Mark Zuckerbeg au Parlement européen

Mark Zuckerberg a répondu pendant 1h30 aux questions des eurodéputés, avant de prendre un vol en vitesse. | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Société

Mark Zuckerberg s’est défendu devant un Parlement européen particulièrement vindicatif sur des questions allant de l’utilisation des données des utilisateurs aux interférences dénoncées en période d’élections.

Le patron de Facebook est désormais rompu à l’exercice : après avoir rencontré en avril les députés et sénateurs américains, le CEO s’est présenté ce mardi devant le Parlement européen, à la suite des révélations du scandale Cambridge Analytica, du nom d’un sous-traitant ayant détourné les données de millions de profils – dont des utilisateurs européens.

Toujours guindé, Mark Zuckerberg a dû répondre aux questions des parlementaires durant une heure trente, sous la présidence d’Antonio Tajani et après avoir rencontré ce dernier en huit-clos. L’objectif était de faire toute la lumière sur la responsabilité de Facebook dans l’affaire, et ce afin de guider d’éventuelles futurs nouveaux règlements. Durant cette session de questions-réponses, de nombreux thèmes ont été mis sur le tapis : propagande terroriste, utilisation des données, ingérence, neutralité politique… Résumé en huit points.

Il n’y aura pas de Cambridge Analytica 2

« Les modifications apportées au système dès 2014 empêcheraient une redite« , a assuré Mark Zuckerberg devant les eurodéputés. « Un développeur d’applications n’a plus accès au même nombre de données. Mais comme un certain nombre d’applications utilisaient en 2014 notre système, il est important de réviser toutes ces applications. Nous avons déjà mené une enquête sur des milliers d’applications et en avons supprimé plus de 200. Ça va continuer et ça nous prendra des mois » .

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Ingérence russe : « Nous n’étions pas préparés »

Mark Zuckerberg le reconnait : Facebook n’était « pas préparé »  à la stratégie russe déployée durant les élections américaines, notamment. En se focalisant sur le « phishing » , selon le CEO, la plateforme a laissé passer des informations indésirable sur le réseau social. Des lacunes que le géant entend bien combler, notamment en faisant « appel à l’intelligence artificielle pour supprimer les fake news, les faux-comptes » . Dorénavant, Facebook n’attendra ainsi plus d’être alerté sur ces contenus, et une partie du travail de « modération»  sera effectué par des « intelligences artificielles ». Une réponse facile qui pose néanmoins question, dès lors que le travail est effectué de manière automatisée, sans regard pour les institutions sur ce que les développeurs estiment adapté ou non à la plateforme.

La « neutralité » politique de Facebook a également été attaquée, et plus spécifiquement par deux eurodéputés de droite, Nicolas Bay du FN et Nigel Farrage, président du Groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe et ancien leader du UKIP britannique. Les deux hommes se sont inquiétés de voir disparaitre les unes après les autres les pages de soutien et les opinions liées à leurs idées. « Il s’agit d’une dérive inquiétante, de nature totalitaire, quoi qu’on pense des groupes en question. Un peu comme si un opérateur téléphonique décrétait qu’il résiliait l’abonnement des clients dont il ne partage pas l’opinion politique. (…) Considérez-vous que la censure arbitraire de Facebook est compatible avec nos démocraties ? » , a demandé le FN. Mark Zuckerberg en a profité pour noter que 35 000 faux-comptes avaient été supprimés durant la présidentielle française de 2017.

©AFP PHOTO / JOHN THYS – Mark Zuckerberg en audience devant le Parlement.

Des lois pour rendre les algorithmes publics

« S’excuser, c’est très bien » , a commencé le député Manfred Weber, « mais ça ne suffit pas » . « Votre plateforme représente une puissance considérable, et ses règles, personne ne les connaît. Je crois que nous devrions parler de lois pour rendre vos algorithmes publics » , a-t-il noté devant le Parlement, et ce afin de mieux comprendre la logique ultime derrière le réseau social, manifestement développé à d’autres fins que ce qu’imaginaient ses utilisateurs.

Propagande terroriste : Facebook veut « rectifier le tir »

C’était l’une des questions posées en début de séance par le président du Parlement : des contenus de propagande terroriste continuent à ce jour encore et toujours d’être publiés sur Facebook. Quand cela cessera-t-il ? Mark Zuckerberg s’est empressé de faire ses excuses à l’assistance, en avouant que « nous n’avons pas empêché suffisamment l’utilisation à des fins nuisibles de nos outils. (…) Nous n’avons pas pris acte de nos responsabilités. C’est une erreur, je la regrette et je m’en excuse. (…) Je veux rectifier le tir. (…) La sécurité des êtres humains passera toujours avant la maximisation de nos bénéfices » , a-t-il assuré.

La fin d’un monopole ?

Mark Zuckerberg a notamment été attaqué pour la position de monopole qu’occupe actuellement Facebook, en termes d’offre de services. En effet, plusieurs organisations le dénonçaient encore ce lundi : l’influence de Facebook est sans conteste, dès lors que l’entreprise possède également de nombreuses autres applications, telles que Whatsapp et Instagram. « Il faut mettre fin au monopole de Facebook » , a ainsi demandé l’eurodéputé Manfred Weber. Gabi Zimmer, du groupe de la gauche radicale, s’est même demandé à haute voix s’il ne fallait tout simplement pas « débrancher » le réseau social. « J’ai des doutes très sérieux quant à savoir si vous allez vraiment réussir à modifier le modèle d’entreprise de Facebook » , a-t-elle fait savoir.

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©AFP PHOTO / JOHN THYS – Des activistes d’Avaaz s’étaient réunis dans le quartier européen ce mardi, pour protester contre Facebook.

Face aux attaques, Mark Zuckerberg a tenu à rappeler l’opportunité que représentait le réseau social pour « 17 millions de petites entreprises qui utilisent les outils de Facebook pour se développer. Il ne faut jamais perdre de vue que l’utilisation d’Internet alimente les capacités concurrentielles des PME, qui ont accès aux mêmes outils que de grandes entreprises » . Qui plus est, Facebook ne représente « que » 6% du marché publicitaire mondial, a tenu à préciser le patron.

Les notes de Zuckerberg à nouveau dévoilées

Le cliché avait fait le tour du monde en avril, après l’audition du patron de Facebook par les sénateurs et députés américains : une photo indiscrète de ses notes, où l’on découvrait les points de la stratégie de Mark Zuckerberg. Cette fois aussi, les notes du CEO avaient été divulguées, et ce avant la session : le New York Times avait pu mettre la main sur quelques éléments de réponse. On avait ainsi appris, à l’avance, que Mark Zuckerberg avait planifié de faire ses excuses et de réaffirmer son « attachement à l’Europe », notamment en l’assurant d’investissements à venir dans la main d’œuvre européenne. Aujourd’hui, elle concerne 7 000 des 27 000 employés de Facebook, selon Le Monde. Le chiffre devrait grimper à 10 000, à en croire Zuckerberg.

Plus globablement, la défense du créateur de Facebook avait un goût de déjà-vu, dès lors qu’elle fut sensiblement la même que celle présentée devant le Congrès américain. Guy Verhofstadt n’a ainsi pas manqué de railler les excuses inoffensives de Zuckerberg : « Vous me rappelez un personnage de roman, le personnage d’un livre qui s’appelle The Circle [de Dave Eggers, ndlr], une grande compagnie Internet sur laquelle personne n’a le moindre contrôle. Et cela me semble proche de la réalité. Vous avez dû vous excuser à 15 ou 16 reprises depuis 2003. Quand vous voyez autant de dysfonctionnements, c’est qu’il y a un problème » .

Un Parlement ferme

Manifestement compétents et concernés, les parlementaires présents ont fait preuve d’une certaine fermeté face à Mark Zuckerbeg et sa plateforme. Dès les premières minutes, le président du Parlement n’a pas hésité à mentionner de possibles nouvelles régulations qui seraient forcément « punitives » pour Facebook. « Nous ne pouvons accepter l’utilisation illicite de données personnelles pour manipuler les élections », a-t-il martelé, avant d’annoncer son intention de mettre en place un cadre réglementaire plus strict. « Vous n’êtes pas devant le Congrès américain. Nous avons des attentes » , a ainsi lancé l’eurodéputé Moraes.

©AFP PHOTO / JOHN THYS – Le patron de Facebook et le président du Parlement.

Face au discours du Parlement, Mark Zuckerberg a demandé que ces réglementations ne soient pas pour autant un frein à l’innovation : « La vraie question est de savoir quelle est la bonne réglementation. Il faut réglementer. Mais ce qui est important, c’est de le faire correctement. Il faut veiller à ne pas freiner l’innovation, à ce qu’un étudiant dans un dortoir ne soit pas bloqué s’il veut créer le prochain géant technologique » .

Une autre audition aura lieu

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, l’expliquait au début de la rencontre : une autre audition, organisée par la commission LIBE et publique, aura lieu d’ici quelques semaines. Elle abordera des questions plus techniques. Une nécessité dès lors que l’audience s’est terminée en coup de vent, la séance s’étant éternisée et le CEO de Facebook ayant « un vol » à prendre. Mark Zuckerberg a en effet finalement très peu parlé, en regard des nombreuses questions et sollicitations des eurodéputés. Il s’est néanmoins dit prêt à y réponse plus en détails au cours des prochains jours.

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