Paris Match Belgique

Je jeûne donc je suis : le carême, plus hype que jamais

À l'approche du mercredi des cendres, l'engouement pour le carême augmente. | © Belga

Société

Quarante jours de jeûne et d’abstinence : à priori, un véritable chemin de croix. Et pourtant, entre popularisation des bienfaits du jeûne et défis engagés, en 2017, le carême est plus hype que jamais. 

Ce mercredi 1er mars marquera la fin des privations pour les participants à la Tournée minérale. Mais aussi le début de 40 jours d’ascèse pour les chrétiens, pour qui le mercredi des cendres symbolise le début du carême. Instauré au 4e siècle en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert, le carême représente pour les fidèles une période d’approfondissement et de détachement. Un détachement  qui ne séduit pas que les chrétiens : ce mercredi 1er mars marque également le lancement du défi 40 jours sans viande.

Un temps de réflexion

La campagne « Jours Sans Viande », qui en est à sa sixième édition en Flandre, sera lancée pour la première fois en Wallonie et à Bruxelles du 1er mars au 15 avril 2017. L’objectif : inspirer un maximum de citoyens à adopter un mode de vie plus durable, en mangeant moins de viande et de poisson pendant 40 jours. Un régime alimentaire qui se rapproche furieusement des restrictions du carême. Pourtant, selon Stéphanie Kint, chargée de la communication de la campagne, celle-ci n’est pas liée à une conviction religieuse. « Cette période symbolique est traditionnellement un temps de réflexion et nous l’avons jugée propice pour inciter les citoyens à réfléchir à l’impact de leur consommation sur la planète » .

Lire aussi : Consommation de viande : des effets sur le climat à nuancer

40 jours sans viande pour faire prendre conscience de l’impact environnemental de l’industrie alimentaire – © Belga

Le carême du carbone

Faire preuve d’abstinence pour préserver la planète : l’idée fait des émules. En Inde, l’Église a ainsi appelé les fidèles à faire le « carême du carbone ». Le Diocèse de Bombay a incité les catholiques a diminuer leur consommation d’eau et d’électricité, et à éviter d’utiliser du plastique durant les 40 jours du carême. Chacune des 100 paroisses de Bombay, qui rassemblent 5 millions de fidèles en tout, ont en outre incorporé un jour dédié à l’éducation environnementale dans leur planning de la semaine sainte.

En Inde, les catholiques ont été invités à faire le carême du carbone – © Belga

Positive attitude

Faire du carême une période positive plutôt que de l’associer à des restrictions punitives : la tendance ne date pas d’hier et a contribué à voir sa popularité se renouveler. En 2011 déjà, Témoignage Chrétien relevait que « l’’époque où le carême était associé à une pratique pénitentielle semble révolue. Aujourd’hui, ce sont surtout la prière et le partage, ses deux autres piliers, qui sont mis en avant. De même, les retraites spirituelles se multiplient, y compris celles où l’on jeûne. Plusieurs initiatives démontrent par leur popularité et leur profil que le carême est (re)devenu un moment d’approfondissement de la foi, parfois préalable à la conversion ».

Lire aussi : La profession de foi de Joseph de Kesel : « L’homme est un être religieux »

Faire du carême un moment de partage plutôt que de privations – © Belga

« Privilégier le bon sens alimentaire »

Pour certains, le carême est simplement une excuse comme une autre pour jeûner. Avec l’arrivée de certaines diètes, le régime 5/2 en tête, le jeûne est en effet devenu plus populaire que jamais. Dents plus blanches, peau purifiée, système digestif apaisé, perte de poids, sérénité… La liste des bienfaits qui lui sont attribués fait rêver. Attention, toutefois, à ne pas se laisser emporter. Dans une analyse par Le Monde de l’impact du jeûne sur la santé, la médecin nutritionniste Laurence Plumey mettait les lecteurs en garde. « Il faut privilégier le bon sens alimentaire, la constance, l’équilibre. Le corps humain est conçu pour recevoir de la nourriture toutes les quatre heures. Sinon, on est dans une logique de survie, on crée du stress pour l’organisme » .

Si les bienfaits attribués au jeûne sont allèchants, il convient toutefois de faire preuve de prudence – © Belga

Jeûne interreligieux

Reste que sans tomber dans les excès, le carême séduit de plus en plus de jeunes. Le Vicaire épiscopal du diocèse de Liège, Éric de Beukelaer, a ainsi confié à la RTBF que « dans une époque de surconsommation, se reconcentrer sur l’essentiel, vivre plus sobrement et consommer moins fait sens auprès de ces jeunes. Dans notre époque fort individualiste, l’idée de prendre du temps pour les autres est également très bien accueillie ». Sans compter l’effet d’émulation :  « les jeunes chrétiens ont des amis musulmans qui sont très nombreux à observer le jeûne du ramadan. Cela les incite à redécouvrir leur pratique spirituelle également ». Le mercredi des cendres et le jeûne, popularisés indirectement par les musulmans ? De quoi faire voler les préjugés en fumée.

CIM Internet