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Vendre ses datas : La démocratie en péril ?

Pour Eric Vidalenc, les données sont un peu comme un droit de vote en démocratie : « mon vote (mes données) seul(es) ne change (valent) rien, pourtant le résultat (du vote) est bien l’ensemble de tous ces votes (données) qui ne changent et ne valent rien. » | © Unsplash

Société

À l’occasion de la mise en application du nouveau règlement européen sur la protection des données (RGPD), la start-up française My Data Is Rich proposera de manière exclusive aux citoyens de gagner de l’argent en vendant volontairement leurs informations personnelles. Un nouveau pas vers la marchandisation du cyber-citoyen ?

Dans un monde où nos données sont en permanence récoltées par tous les outils numériques que l’on utilise, les informations sur nos préférences politiques, culinaires ou sportives, sur nos déplacements, nos achats ou même nos soucis de santé, se monnaient à prix d’or. Le cabinet IDC estime que d’ici 2020, le marché des données des citoyens de l’Union européenne devrait atteindre 80 milliards d’euros. Un pactole dont les utilisateurs ne voient pas la couleur.

Sur base de ce constat, Éric Zeyl a décidé de fonder My Data is Rich, une start-up qui veut permettre aux internautes de conserver leurs données de façon sécurisée, mais surtout, d’en tirer profit. Le principe est plutôt simple : l’entreprise française qui ouvrira officiellement ses portes le 25 mai prochain – le jour ou le RGPD entrera en vigueur – proposera à ses clients de collecter leurs données, de les protéger en les hébergeant en France exclusivement et en les rendant anonymes, et de les revendre à des entreprises. La start-up explique que chaque contributeur signera un contrat résiliable à tout moment et recevra environ 50% des bénéfices de la vente.

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©Unsplash/Suika Ibuki

Quand le technologique devient politique

Un tableau qui peut sembler séduisant sur une toile où l’on cède souvent ce type d’information gratuitement et à notre insu. Mais se résigner à monétiser ses données est une décision qui peut sembler dangereuse au lendemain de l’affaire de Cambridge Analytica, cette entreprise qui a utilisé les datas de près de 87 millions d’utilisateurs Facebook pour influencer les élections américaines et le référendum du Brexit.

Aborder le problème de la protection des données sous le prisme économique uniquement reviendrait à occulter toute une partie du problème : trop souvent, on oublie que la collecte des informations personnelles ne se fait pas seulement au bénéfice des publicitaires ou au service des utilisateurs – pour « personnaliser au maximum les contenus » et « délivrer les meilleurs services ». Le business des datas est en effet un enjeu démocratique dont le cyber-citoyen n’a souvent pas conscience.

Pour Génération Libre, un think-tank indépendant qui vise à promouvoir les libertés, la vente de données offrirait aux internautes une réelle maîtrise sur leurs informations personnelles. Sauf qu’aujourd’hui, l’utilisateur n’a qu’une connaissance réduite de l’usage qui peut être fait de ses datas, car la description de leur utilisation est noyée dans des conditions générales (CGU) que personne ne lit. Et même si demain le RGPD obligera les entreprises à simplifier et raccourcir leurs CGU pour les rendre plus accessibles aux clients, en optant pour ces cyber-rémunérations, les internautes cautionnent qu’une stratégie d’entreprise individuelle devienne la norme, qu’un enjeu de société ne soit réglé qu’au cas par cas.

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Alors, contre la marchandisation des données, les projets tels que My Data is Rich ne représentent pas la panacée. Et les seules alternatives complètement neutres qui existent pour l’instant se situent au niveau des contre-modèles aux GAFA, comme le moteur de recherche Qwant qui se fait fort de ne collecter ni exploiter aucune information personnelle. À quand une prise de conscience collective de la valeur de nos données, doublée de véritables réglementations générales pour les protéger, qu’importe le site visité ?

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