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Facebook est toujours incontrôlable (et le référendum irlandais sur l’avortement en est un exemple)

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Société

Ou comment les citoyens irlandais ont pu être influencés dans leur choix, malgré les promesses de Facebook pour limiter les « fake news ».

 

Partout en Irlande, les citoyens sont actuellement en train de faire un choix historique : comme en 1995 pour le divorce et en 2015 pour le mariage pour tous, les Irlandais participent à un grand référendum national, afin de décider si, oui ou non, l’avortement y sera légalisé. Et comme à chaque consultation, le pays a mis en place des règles strictes pour que ses habitants fassent leur choix en connaissance de cause – et sans être démesurément influencé par un camp ou par l’autre. L’affichage suit une réglementation précise, tout comme le porte-à-porte, qui doivent tous deux mentionner les sources et le montant de leurs financements. Les campagnes à la télévision et à la radio sont interdites, tandis que les médias doivent accorder le même temps d’antenne à chaque parti. Plus important encore, l’explique le Time, les informations qui y sont véhiculées doivent être obligatoirement vérifiées.

Fake news

Mais il est une source d’information encore trop faiblement réglementée – et qui a pourtant prouvé son influence lors du Brexit en 2016 par exemple, ou à travers le scandale de Cambridge Analytica. Les réseaux sociaux, et en particulier Facebook, sont toujours le théâtre de batailles d’opinions sponsorisées et ciblées, dont la force de frappe pourrait avoir une réelle influence sur les résultats du référendum. C’est qu’en Irlande, comme dans de nombreux pays européens, il n’existe toujours pas de lois qui réglementent les publicités qui interrompent vos vidéos ou les spams qui surgissent au beau milieu de votre partie de Candy Crush.

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Pire encore, les investigations ont prouvé qu’au cours des derniers mois, de nombreuses organisations outre-Atlantique, notamment, avaient sponsorisé du contenu dans le but d’influencer les voteurs irlandais. « Nous avons noté que des groupes intraçables ont payé pour propager des mensonges sur des preuves médicales et leurs opposants. Nous avons nombre d’exemples de dépenses irrégulières dans des publicités et bannières YouTube à travers tout le web – des sites d’informations aux applications de streaming muscial », explique Liz Carolan, membre d’un collectif qui référence dans une base de données publique ces publicités digitales frauduleuses, la « Transparent Referendum Initiative ». Cette dernière a dénombré pas moins de 1 300 campagnes en ligne liées au référendum irlandais et destinées à influencer l’une ou l’autre opinion, bien souvent sur base de « fake news ».

Pour autant, l’enquête de Liz Carolan et de ses camarades est limitée : « Nous n’avons aucun moyen de savoir combien d’argent a été dépensé pour cela, ou qui est ciblé et pourquoi. Seules les entreprises qui vendent ces espaces publicitaires ont ces informations », explique-t-elle. Facebook, notamment, dont l’algorithme et les données liées à ses publicités sont rendues opaques aux citoyens – et aux gouvernements.

Transparence

Alors que la rumeur autour des découvertes de la « Transparent Referendum Initiative » enflait, Facebook a pris, le 8 mai dernier, la décision inattendue de bloquer les publicités politiques extra-européennes. Google, lui, annonçait ne plus accepter aucune propagande en ligne liée au référendum. Pourtant, depuis, les publicités liées sur Facebook ont augmentées de manière exponentielle, d’après le Time. La plateforme n’a pas désiré faire de commentaire.

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L’une des conséquences positives néanmoins, explique Liz Carolan, c’est que cette crise de l' »information d’opinion » a décidé le gouvernement irlandais à prendre la thématique à bras-le-corps : de nouvelles restrictions qui étendraient les obligations des campagnes physiques au numérique pourraient être votées. Pour autant, la technologie évolue à une telle vitesse que les décideurs seront à nouveau rapidement dépassés par le sujet, et donc inaptes à prendre des décisions démocratiques pour leurs citoyens.

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Pour contrer les effets d’une technologie galopante, l’activiste irlandaise propose alors une solution simple et efficace : que les plateformes concernées par ces publications biaisées fassent preuve de plus de transparence, en révélant leurs mécanismes, « afin que les institutions puissent faire leur travail ». Un combat qui fait s’interroger, une fois de plus, sur les véritables sièges de la démocratie.

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