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L’« happy hour de réparation » : un concept américain post-colonial qui fait débat

C'est un petit bar de Portland qui organise ces "reparations happy hours". | © Pexels

Société

Un bar de Portland organise des « happy hours de réparation » à l’occasion desquelles les personnes racisées s’accordent une soirée entre elles, financée par les blancs, tandis que le concept plus général de « réparation » a fait son chemin jusqu’au Congrès américain.

 

Au Brown Hope ce soir-là, les badauds n’ont pas été accueillis avec une simple réduction censée attirer les assoiffés, mais carrément avec un billet de dix dollars, distribué à l’entrée. L’autre particularité de cet after-work unique ? La cagnotte en question a été constituée grâce au soutien de personnes blanches – qui étaient quant à elles invitées à rester chez elle. C’est le concept de l’« happy hour de réparation » – « reparations happy hour » en anglais – né à Portland, cette ville américaine majoritairement blanche : le petit bar communautaire invite les personnes racisées à se réunir pour discuter des politiques publiques et de potentiels plans d’action, dans un espace qui leur est réservé, tandis qu’ils reçoivent un don symolique en guise de « réparation » des crimes racistes et de ségrégation commis hier, et encore aujourd’hui, par les blancs.

C’est Cameron Whitten, un activiste de 27 ans luttant contre l’injustice raciale, qui est l’organisateur de cet évènement d’un genre particulier. Pour le jeune homme l’« happy hour de réparation » est une manière de prouver que la souffrance des afro-américains, notamment, est reconnue et « valorisée » en quelque sorte, explique le New York Times. En plus de contribuer à bâtir une communauté soudée à Portland, il espère attirer l’attention sur le concept de « réparation » qui fait de plus en plus parler de lui aux États-Unis : l’idée que les personnes racisées devraient recevoir une compensation financière pour les générations opprimées qui les ont précédées.

Tous les yeux braqués sur la H.R. 40

Ron Daniels, le président de l’Institut « Black World 21st Century » qui supporte les réparations assure qu’il s’agit d’une nécessité pour aider l’Amérique à « guérir pleinement » , écrit le New York Times. Une opinion qui n’est pas sans diviser, puisque d’après un sondage sur le sujet réalisé en 2016, 68% des Américains seraient en effet opposés au concept. Parmi ces opposants, huit personnes sur dix sont blanches. Du côté des Afro-américains, seuls 58% sont favorables à une réparation financière.

Le concept a pourtant atteint les plus hautes sphères de décision, puisqu’en 2017, une proposition a été introduite au Congrès américain pour étudier un avant-projet de loi par John Conyers JR. – un Démocrate depuis écarté suite à des accusations de harcèlement sexuel. La H.R. 40, le nom de la proposition, n’a pas encore été consultée officiellement par le Congrès.

En attendant, au Brown Hope, on espère bien organiser d’autres happy hours de ce type – qui seront rebaptisées « power hours » dans le futur pour éviter que ceux qui ne consomment pas d’alcool ne se sentent exclus. Les conditions resteront les mêmes : les blancs ne sont pas invités à ces soirées. « Ils seront présents à travers les donations qui permettent à l’évènement d’avoir lieu » , explique l’organisateur au New York Times. « Les blancs, nous vous aimons, et nous continuerons à vous voir. Nous ne pouvons pas ne plus nous retrouver avec vous » . Mais « une fois par mois, nous occuperons ces deux heures spéciales que nous ne pouvons avoir nulle part d’autre ».

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