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Harcèlement sexuel en festival : les jeunes concernés, mais peu armés pour réagir

1 fille sur 6 a été victime de harcèlement en festival au cours des trois dernières années. | © BELGA PHOTO KRISTOF VAN ACCOM

Société

Drague lourde, remarques obscènes, frottements, claques sur les fesses… Une fille sur six en a déjà fait l’expérience en festival en Belgique. Malgré la demande des jeunes festivaliers, les organisateurs continuent de faire la sourde oreille, selon Plan International Belgique.

 

Elles se chuchotent le plus souvent dans les groupes de festivalières, quand elles ne font pas les gros titres de la presse internationale (comme en 2017 après le festival suédois Bråvalla) : ces histoires de mains balladeuses, de remarques intempestives, d’attouchements. En festival, les plaines et leurs campings restent synonymes de danger pour les femmes et la musique à plein volume étouffe les traumatismes. À la veille d’une nouvelle saison de festivals, Plan International Belgique publie une série de chiffres inquiétants, qui révèle l’ampleur du problème. Une fille sur six a été victime de harcèlement sexuel dans un festival en Belgique.

©Aranxa Esteve. Les deux tiers des victimes sont des filles. 

L’ONG a interrogé durant le mois de juin 604 jeunes. Ces 334 filles et 270 garçons âgés entre 16 et 24 ans ont tous fréquenté au moins un festival de musique ces trois dernières années. Parmi eux, 87 ont indiqué avoir été victimes de harcèlement sexuel durant un festival. « Les deux tiers de ces victimes sont des filles », précise Jonathan Moskovic, chargé de plaidoyer. Les chiffres sont alarmants. Les faits concernent entre autre des attouchements, des frottements, des abus de l’état d’ivresse de la victime, ou des insultes sexistes.

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Beaucoup de victimes ont appelé des amis ou ont fait face à leur agresseur. Mais une sur cinq déclare n’avoir rien pu faire. Pour Frédéric Janssens, chargé de presse et communication chez Plan International, la peur est souvent la première raison invoquée par les victimes. Mais il pointe avant tout le manque de mesures proposées par les organisateurs de festivals: « Les victimes ne savent pas comment réagir, ni vers qui se tourner ».

Dans la même idée, le sondage de l’ONG pointe que près de 40% des témoins d’une agression reconnaissent s’être simplement éloignés. « Les jeunes ne savent pas comment réagir face au harcèlement sexuel. Beaucoup estiment aussi que ‘cela arrive, c’est comme ça’. Il y a un vrai travail de sensibilisation à mener car ces comportements de harcèlement sont inacceptables. Mais ce sont les organisations qui ont une responsabilité particulière » précise Frédéric Janssens.

Écouter les jeunes

D’après le sondage de Plan International Belgique, les jeunes se sentent bel et bien concernés par la problématique. Près de 60% des sondés considèrent le harcèlement comme présent voire très présent dans les festivals belges. Et les amateurs de musique ont visiblement quelques pistes à proposer. Arriveront-ils à se faire entendre auprès des organisateurs de festivals ?

©Stephen Arnold.

Les jeunes festivaliers qui ont fait partie de l’échantillon ont suggéré plusieurs idées. Ils proposent ainsi l’affichage d’un numéro d’urgence dans les festivals, et plus particulièrement au-dessus de chaque scène, sur les tickets et sur les bracelets. À la suite d’un appel, un staff formé devrait intervenir rapidement pour prendre soin des victimes. Les participants demandent également des mesures de type « tolérance-zéro » comme l’expulsion des auteurs d’agressions du site du festival.

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Certains festivals ont déjà commencé à réfléchir à la question. Esperanzah!, par exemple, proposera bientôt sur son site web un kit à télécharger. Des réponses très pratiques à mettre en oeuvre en cas de harcèlement sexuel seront proposées. Les Ardentes songent aussi à lancer de nouvelles initiatives, après avoir assurées l’année dernière sensibiliser « les festivaliers via des messages sur notre site web, sur nos réseaux et dans nos publications ». Quelques organisateurs n’ont donc pas (trop) attendu pour réagir. Mais si certains festivals y travaillent, d’autres ne semblent pas encore prendre toute la mesure de l’importance de la problématique. 

Plan International Belgique, quant à lui, s’apprête à lancer sa campagne #SAFEstival pour tout l’été. Sur les réseaux sociaux et sur les festivals, l’ONG souhaite récolter les solutions des jeunes festivaliers et les rapporter aux organisateurs de festival à la fin de la saison. L’ONG propose aussi d’interpeller directement les festivals sur les réseaux sociaux.

 

Besoin d’aide ? Le harcèlement et les abus sexuels sont à prendre au sérieux. Les festivaliers et les autres peuvent trouver de l’assistance sur violencessexuelles.be.

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