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Les noms de femme ne courent pas les rues

Les noms de rues, une affaire d’hommes?

Société

Les nouveaux noms de rues de Tour & Taxis ont été choisis. Entre le passage du Cuberdon et de la Frite, deux noms de femmes ont été retenus. Mais le manque de parité dans l'espace public reste criant.

 

Bientôt lorsque vous vous promenerez dans la zone du canal à Bruxelles, vous traverserez le passage du Spéculoos, du Stoemp ou de la Kriek. Au début de mois de juin, les Belges ont été invités à participer à un concours en ligne pour proposer les noms des 26 futures rues de Tour et Taxi. Un jury a sélectionné les noms retenus. Deux femmes belges vont avoir une rue à leur nom dans le nouveau quartier.  

Il s'agit de Chantal Ackerman, cinéaste belge, considérée comme une des figures de proue du cinéma moderne. La première femme médecin en Belgique, et la première universitaire, Isala Van Diest, aura également son nom inscrit sur une plaque de rue sur le site de Tour et Taxi. Mais pour la collective Noms peut-être!, il s'agit "d'une réelle occasion manquée de la part de la Ville de Bruxelles de respecter ses propres engagements. En effet une liste de noms de femmes illustres (telles que Gabrielle Petit, Léonie La Fontaine et Marie Parent) a été approuvée en 2014 par le Collège à laquelle il s'était engagé à avoir recours en priorité ". 

Andres Gerlottii / Unsplash. L'espace public appartient aussi aux femmes.

Seules trois noms de rues du site font référence à des personnes. La troisième portera le nom de la famille créatrice du site, von Thurn und Tassis. Le nouveau quartier ne comportera aucune rue portant un nom d'homme. Mais il y aura quand même une Place... des Grands Hommes. 

Les femmes ont droit de cité

Si ces nouveaux noms de rue méritent d'être relevés, c'est parce qu'à Bruxelles moins de 4% des rues portent un nom de femme. Pourtant, les noms des rues sont les témoins de l'histoire d'une ville ou d'un village. La sous-représentation des femmes dans l'espace public efface leur présence dans l'histoire. 

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Les noms de rues, une affaire d’hommes? Face à ce constat, Noms peut-être! veut dénoncer l’invisibilité des femmes dans l’espace public et dans l’histoire. En novembre dernier, la collective avaient lancé une action symbolique en rebaptisant les rues des Marolles. Ses membres avaient collé de fausses plaques de rue en mettant en avant d'importantes femmes belges et étrangères.

Et puisque les noms des stations de métro prennent le nom des rues où elles se trouvent, qui sont donc des noms d'hommes données à des rues, la carte du métro bruxellois fait mâle. Seulement quatre sur les soixante-huit stations de métro portent un nom féminin : Elizabeth, Sainte Catherine, Joséphine-Charlotte et Louise. Il ne s'agit pas des femmes artistes, intellectuelles, ou engagées, mais d'une sainte et de princesses. Et c'est uniquement leur prénom qui est utilisé pour nommer la station, alors que les arrêts de métros qui rendent hommage à des hommes célèbres utilisent plutôt leur nom de famille (Brel, Horta, Schuman, Montgomery). Pour la symbolique et la parité, on repassera.

 

 

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