Tournée minérale : on a fait le mois sans alcool (et on a tenu !)

Tournée minérale : on a fait le mois sans alcool (et on a tenu !)

Cheers ! | © Flickr Yu Morita

Société

40 320 minutes, 672 heures, 28 jours sans une bière, sans l’ombre d’une trappiste ou d’un verre de vin. Adieu GinTo’, Cognac et Picon. C’était la Tournée Minérale. Notre rédaction voulait tenter le pari. Notre rédaction l’a relevé. À une pâtisserie près.

122 960 personnes ont officiellement relevé le défi de passer le mois de février sans une goutte d’alcool. Chacun avec ses objectifs personnels : le simple challenge d’y arriver, la perte de poids, arriver à se priver d’un compagnon trop quotidien ou participer à la campagne de sensibilisation au cancer. Certains ont tenu le temps que tient un apéro, d’autres ont craqué pour une goutte de trop et nombreux semblent avoir tenu le coup de ne pas en boire un seul. À Paris Match Belgique, on s’est lancés le défi. On a tenu. À l’heure de la conclusion et du premier apéro « du reste de l’année », on en parle.

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Combler le manque par le sucre

Même s’il accroît à long terme l’anxiété, à faible dose et à court terme, l’alcool procure un effet relaxant et une sensation de détente et de réconfort. En fin de journée, exit donc la petite bière qui fait office de soupape de décompression. Mois de la tournée minérale oblige, on se dirige alors vers les aliments sucrés aussi appelés aliments-réconfort et qui ont une teneur élevée en sucre bien plus élevée que dans une verre de vin ou une pinte de bière. On remplace alors la bière par le Coca-Cola (et le Nutella). Et quand le Coca (co)lasse, on se dit que c’est l’occasion de tester toutes sortes de boissons sucrées sans alcool histoire de pimenter ce mois à l’eau : de la ginger beer au thé glacé en passant par le Dr Pepper (retour aux sources). Sauf que passer une soirée entière à enchaîner les sodas pendant que tout le monde est à la bière à un concert n’est pas des plus entraînantes, et surtout, la raison de boire n’est plus la même : la soif pour nous – qui s’estompe au bout de trois sodas -, l’enjaillement pour les autres. Un décalage dans l’état d’esprit et dans la boisson consommée. Aussi, en plus de donner une sensation de satiété et de bien-être, le sucre rend accro : un bonbec en appelle un deuxième qui en appelle un troisième… Bilan de ce mois sans alcool mais avec beaucoup plus de sucre : +1,2 kilos sur la balance. Mais aussi plus de sous dans le porte-monnaie.

Moins d’alcool mais plus d’argent

On ne va pas se mentir : au moment où l’on se met généralement à brailler bras-dessus bras-dessous avec sa bande de copain « Chef un petit verre, on a soif ! », on est plus à la recherche de l’ivresse que de verres Duralex et d’un pichet d’eau désaltérante. En terrasse aussi, quand les beaux jours reviennent et que notre corps tout entier réclame « une petite blanche bien fraîche », il est moins question de s’hydrater que de profiter d’une ambiance détendue pour s’offrir une mousse coupable.

Avec ses propriétés diurétiques, le verre d’alcool est souvent suivi d’un second, d’une petite sœur, voire d’un petit frère, qui contribuent à nous déshydrater. C’est que boire, ça donne soif ! En revanche, lorsqu’on se cantonne à l’eau pétillante et aux sodas en soirée, le moment où l’on a bu tout son « saoul » arrive plus rapidement. Trois cocas et autant de visites au petit coin plus tard, on n’a tout simplement plus soif. On continue à profiter de l’ambiance, certes, mais sans se sentir « obligé » de commander une bière toutes les demi-heures.

Le résultat ? Il est dans le portefeuille et les extraits de compte du lendemain, qui, pour une fois, ne sont pas jalonnés de retraits tardifs et de tournées ambitieuses. Ne pas boire nous rend plus riche – ou en tout cas moins pauvre. À 25 ans et à raison de trois pils, cinq spéciales, deux verres de vin et un cocktail hebdomadaires, on a ainsi économisé près de 60 euros sur le mois, selon le calculateur de la Tournée minérale. Une belle économie, comparé à ce qu’on aura dépensé en eau et boissons pétillantes.

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Sans alcool, la fête est moins folle ?

Bon ok. Au début c’est marrant. On est tout fier de dire à ses potes qui s’apprêtent à trinquer : « Pas pour moi, les gars. Je fais la Tournée Minérale ». On se sentirait presque glorifié par la camaraderie qui nous offre ses applaudissements et son respect éternel. Brandissant fièrement sa paille plantée dans un Pepsi Cola, on déborde de motivation. Vingt-huit jours sans alcool ? Pff, même pas peur !

Et puis les soirées passent et se ressemblent. Le choix d’abstinence qui sonnait au départ comme une fierté retombe tel un bon gros soufflé au rhum. Après une semaine, on en a déjà marre de toutes les boissons sucrées qu’on nous sert en substitut des spiritueux. On préfère passer à l’eau, tant qu’à faire. À l’eau plate, aromatisée, à fines ou à grosses bulles, la trinque est tout de même beaucoup moins sexy. À l’habitude, la petite sœur qui est toujours la bienvenue passe moins volontiers quand il s’agit d’eau ou de jus de tomate.

Dix-huitième jour de Tournée Minérale. Plus que dix jours, qu’on se dit. Mais tant sur le canap’ du voisin qu’au concert du soir, on commence à s’ennuyer, à se lasser du verre, à piquer du nez. La sensation d’être « à la masse » nous envahit, avec celle de n’avoir rien sous la main pour égayer sa soirée. Sans les excitants de l’alcool, quand les potes se beurrent jusqu’à pas d’heure, l’appel du lit résonne dès 23 heures. L’envie de sorties en terrasses et de fiesta endiablées disparaît. On préfère se la jouer pépouze en pantoufles avec une tisane des montagnes suisses. On fait en sorte de voir les potes dans des créneaux horaires entre neuf et seize heures, histoire d’esquiver discrètement la spéciale pour partir sur un thé glacé.

Bref. Pour nous c’est clair. Dur dur la fiesta sans alcool.

 

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Le craquage imminent du baba sans au rhum

Le problème de ces défis en groupe, c’est justement qu’ils se font en groupe. Et le groupe, ça juge, ça ne tolère aucun écart, aucun arrangement avec le règlement même pas un écart alimentaire, aussi minime soit-il. Alors quand lors d’un week-end à Paris, on tient le coup, on fait la fête aux bulles d’eau de source, on s’éclate au tonic sans le gin et on résiste à toutes les tentations qui affichent « bar à vins et planches apéro », on éprouve un grand sentiment de fierté, de résistance façon « Guy-Hubert » dans Papy fait de la Résistance. Un sentiment de fierté mais aussi une énorme frustration de ne pas profiter à fond de son séjour. Non pas que sans alcool, la fête est moins folle mais que l’alcool a aussi une dimension gastronomique dont on ne perçoit pas l’omniprésence quand on n’y prête pas attention.  Alors quand, au détour d’un dessert, on vous propose un baba au rhum maison, 18 jours après la dernière goutte bue, on craque et on l’avoue à l’équipe en espérant la clémence. Quelques gouttes sur un morceau de cake. Mais non, c’est le jugement dernier et la condamnation pour infamie. Pourtant, la fierté restera d’avoir tenu le mois sans une goutte venant directement du verre ou de la bouteille. Et d’avoir tenu les dix jours qui ont suivi ce baba au demeurant succulent.

 

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