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Des migrants créent leur propre marque de vêtements

Les vendeurs de rue lors d'un défilé de mode à Barcelone pour présenter leur propre collection de « vêtements légaux fabriqués par des immigrants illégaux ». | © AFP PHOTO / PAU BARRENA

Société

De nombreux migrants en Espagne sont contraints de s’adonner à la vente illégale de rue pour survivre. À Barcelone, des initiatives locales leur permettent de concevoir des vêtements et de les vendre légalement.

Des T-shirts, des fausses lunettes de soleil Ray-Ban, des montres, des sacs Gucchi falsifiés sont étalés sur des couvertures sur le sol et vendus par des migrants, pour la plupart sénégalais, dans des endroits fréquentés de Barcelone. Ce commerce de rue représente l’une des sources de subsistance les plus importantes pour les manteros, les « hommes de couvertures » comme on les appelle dans la capitale catalane.

On trouve surtout ces étals près des attractions touristiques de la ville, ce qui pose problème aux propriétaires des magasins des alentours. En Espagne, le commerce itinérant est considéré comme une activité illégale, tout comme la falsification des biens commerciaux. Les propriétaires de magasins et les grandes marques, en conflit ouvert avec les manteros, s’en sont plaints auprès du conseil municipal de Barcelone.

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En réaction la maire de la ville, Ada Colau, a adopté lors de l’été 2015 des mesures importantes : une opération combinée des différentes forces de police pour surveiller les zones touristiques, le lancement d’une campagne médiatique pour décourager les consommateurs d’acheter des produits au marché noir, et l’introduction d’agents gestionnaires de rues dont le rôle est de dissiper les conflits potentiels. La même année, une réforme du Code pénal a augmenté la pression en imposant des peines de prison à toute personne vendant des produits falsifiés.

Mais 2015 a aussi amené à un moment décisif : le décès d’un mantero sénégalais de 50 ans, Mor Sylla. Alors que la force de police de la Catalogne perquisitionne son appartemement, le vendeur de rues tombe de son balcon. Cette tragédie, accompagnée d’un certain nombre d’affrontements avec la police, a provoqué une réaction organisée de la part de la communauté mantero de Barcelone.

AFP PHOTO / LLUIS GENE. Lors d’un rassemblement à Barcelone à la mémoire d’un marchand de rue sénégalais décédé à Madrid, les manteros brandissent une banderole portant l’inscription « les vies des vendeurs de rue comptent ». 

Le syndicat populaire des vendeurs ambulants s’est formé sous le solgan « survivre n’est pas un délit ». Cette union de vendeurs de rue veut lutter contre « le racisme et la violence institutionnelle » et promouvoir les droits des immigrés. En plus de fournir une voix à la communauté mantero, le syndicat a lancé une entreprise audacieuse qui pourrait soulager ses problèmes à l’avenir : la création de son propre label de mode.

Des solutions locales pour lutter contre le commerce illégal

Un groupe de migrants liés au syndicat des vendeurs de rue a lancé la marque Top Manta en juillet 2017 comme alternative aux produits contrefaits. L’idée est de remplacer les grandes marques par le logo Top Manta sur les mêmes copies blanches et de vendre ces produits dans des étals de marché autorisés. « Nos vêtements symbolisent nos valeurs : des vêtements légaux fabriqués par des personnes illégales » explique le syndicat. Leurs T-shirts et sweatshirts illustrent leur voyage depuis le Sénégal et la vie quotidienne dans les rues.

Ce genre d’initiatives semble être tendance à Barcelone. DiamCoop a été aussi lancée en 2017 et s’adresse principalement aux Sénégalais. La coopérative, promue par la mairie de Barcelone, a lancé sa propre ligne de vêtements, DiamBaar, que l’on peut trouver dans une cinquantaine de magasins en ville et dans une boutique en ligne. DiamCoop travaille dans d’autres domaines que la confection de vêtements, comme la gastronomie et les contrôles de sécurité. Le rêve de ces vendeurs de rue de créer leur entreprise sociale liée à l’industrie de la mode jumelée à une lutte antiraciste est désormais devenu réalité après plusieurs années de combat et de courage. En wòlof, la langue la plus parlée au Sénégal, diam désigne la force intérieure.

 

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