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Quand il s’agit de respecter les femmes, les Français sont loin d’être les champions du monde

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De nombreuses femmes ont également dénoncé l'inaction des personnes présentes lors de ces agressions sexuelles. | © AFP PHOTO / Lucas BARIOULET

Société

Sur Twitter, des dizaines de femmes ont dénoncé les agressions sexuelles dont elles ont été victimes après la victoire des Bleus au Mondial.

Coup de sifflet final. Vingt ans après leur première étoile, l’équipe de France soulève à nouveau le trophée de la Coupe du Monde dimanche grâce à sa victoire contre la Croatie. C’est l’euphorie dans les rues du pays, et même au-delà des frontières. Les Français vivent un moment historique et décident de se rassembler pour le fêter ensemble. Mais derrière ce moment de partage et de joie se cachent des actes irrespectueux qui sont venus gâcher la fête de plusieurs femmes.

Sur Twitter, elles sont des dizaines à avoir dénoncé des agressions sexuelles en marge des célébrations de la victoire des Bleus. Embrassées, touchées, caressées de force, sans consentement, les témoignages de ces femmes sont rassemblés sous le hashtag #MeTooFoot, comme un recueil mélangeant dégoût, tristesse et révolte.

« C’est la victoire, qu’est-ce que tu attends ? »

Mélody en fait partie. Alors qu’elle prenait le métro pour rentrer chez elle à Paris, la jeune femme a été victime d’un « frotteur », ces hommes qui profitent de la promiscuité des transports en commun pour se livrer à des agressions sexuelles. « J’avoue être un peu paniquée et tape dans un père accompagné de ses deux filles sur ma gauche. Je voudrais lui expliquer mais comment on explique ce type de situation à un inconnu ? Devant des enfants », explique-t-elle à Buzzfeed. « Je me repasse les évènements en boucle en me disant que j’aurais dû hurler. C’est violent de se souvenir du poids du corps d’un inconnu. Et ce sentiment d’être toute seule, sans quiconque à qui demander de l’aide m’a aussi pas mal chamboulée ».

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« Je remercie le mec qui va sûrement pourrir mes pensées pendant un moment, qui a profité pour me tripoter mon sexe et mes fesses pendant que j’étais à moitié inconsciente sur les Champs-Élysées« , écrit une autre internaute sur Twitter. « Y’a un mec alcoolisé qui vient de me foutre une main au cul, tout en essayant de m’embrasser de force. Je le repousse, il me prend par le cou en me disant : ‘c’est la victoire, qu’est-ce que tu attends ?’« , raconte une troisième. « Hier, juste après la victoire des Bleus, je me suis faite agresser par un supporter dans la rue. Il m’a embrassé de force en mettant sa langue dans ma bouche alors que je le repoussais violemment, me touchait les seins et a touché mon entrejambe pendant que je me débattais », écrit une quatrième.

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Un sentiment de solitude

Dans les rues exultantes et alcoolisées, les agressions sexuelles sont souvent passées inaperçues. Contactée par l’Obs, Elena, une autre victime, a détaillé son histoire. « À peine sortie du métro Bonne-Nouvelle », à Paris, « un homme a mis sa langue dans ma bouche par surprise », explique la jeune femme de 28 ans. Bien qu’elle se soit débattue, « le mec insistait, il faisait deux têtes de plus que moi« , pousuit-elle avant d’ajouter que l’homme lui a lancé « mais on est les champions !« , comme pour justifier son acte. Après son agression, Elena a voulu également dénoncé l’indifférence générale des témoins de la scène. « Les gens nous regardaient. Et ils criaient au type ‘tu es le champion’. Tout le monde rigolait. Une seule dame est venue me voir à la fin et m’a dit ‘pardon, je croyais que c’était un ami à vous’« , explique-t-elle, en colère face à l’absence de réaction des personnes qui l’entouraient.

Ce qui m’a énervée le plus dans cette histoire, c’est que cet homme s’est cru autorisé à me mettre une main aux fesses du fait de la liesse générale.

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À Rouen, une internaute qui se prénomme « Whilhelmina Slater » sur Twitter a également été victime d’une « main aux fesses« . « J’étais déjà énervée parce qu’un gars quelques minutes avant avait essayé de me faire un câlin ce que j’ai refusé et il m’a insultée de pute », raconte la victime à Buzzfeed. « Ce qui m’a énervée le plus dans cette histoire, c’est que cet homme s’est cru autorisé à me mettre une main aux fesses du fait de la liesse générale ».

Banalité et culpabilité

Cette situation n’est pas propre aux Françaises et Français, bien sûr. Partout dans le monde, chaque femme a connu ou connaîtra une agression sexuelle ou du harcèlement de rue. Bien avant la victoire des Bleus, de nombreuses journalistes sportives du monde entier ont, elles aussi, été victimes de harcèlement sexuel par des supporters en Russie. Baisers forcés, caresses inopinées, mains baladeuses, chants sexistes… Leurs moments face caméra se sont transformés en enfer. « C’est désagréable, offensant et cela ne devrait pas avoir lieu. Nous sommes en train de faire notre travail, nous méritons le respect, qu’on soit un homme ou une femme« , dénonce la journaliste Mariana Zacarias, victime de trois agressions en seulement 15 jours.

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Mais que ce soit dans la sphère professionnelle ou privée, ces femmes passent souvent de victimes à coupables aux yeux d’une partie de la population. « Les femmes n’y connaissent rien au football », « que portais-tu ce soir-là ? », « tu as certainement dû faire quelque chose pour l’exciter »… Les clichés ont la vie dure et empêchent les femmes d’être prises au sérieux. Depuis l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, leur parole est de plus en plus écoutée et mise en avant. Malgré ces avancées, une logique implaquable semble être encore difficile à comprendre pour certains hommes : un « non », c’est un « non », et qui ne dit mot ne consent pas forcément.

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