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Le plus grand marché de viande de chien ferme ses portes en Corée du Sud

Le meilleur ami de l'homme sauvé grâce aux JO. Temporairement ? | © AFP PHOTO/Ed Jones

Société

Critiqué pour ses pratiques inhumaines, le marché de Moran est en train de fermer ses portes en Corée du Sud. Une mesure plus diplomatique qu’éthique dans le but d’embellir l’image du pays, avant d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver de 2018.

La Corée du Sud tient ses promesses. En décembre dernier, le pays du Matin calme annonçait la fermeture de son plus grand marché de viande de chien d’ici le mois de mai 2017. Ce lundi 27 février, les volets ont commencé à descendre au marché de Moran, selon le journal britannique The Guardian. Certains commerçants ont entrepris le démontage des abattoirs et des cages, dans lequels les chiens étaient gardés avant d’être abattus. Une victoire pour les défenseurs des animaux et les 80 000 chiens vendus chaque année, morts ou vivants, à Seongnam.

Cette décision fait suite à de nombreuses plaintes des habitants du quartier, importunés par le bruit et l’odeur. Mais aussi suite à la grogne d’associations de défense des animaux, déplorant les conditions inhumaines dans lesquelles les animaux sont gardés et les méthodes utilisées pour les tuer : pendaison, coups et électrocution. Si c’est une excellente nouvelle pour la cause animale, cette interdiction reste avant tout diplomatique. « Nous espérons que cette mesure puisse restaurer positivement l’image de notre ville », a ainsi déclaré le maire de Seongnam lors d’une conférence de presse. La Corée du Sud cherche en effet à réduire les critiques internationales à propos de ses pratiques barbares envers les animaux, avant d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver, en février 2018. Des pétitions en ligne ont déjà été lancées, appelant au boycott de l’événement.

La fermeture du marché de Moran a tout de même rencontré l’opposition de ses commerçants. D’accord en décembre dernier, ils demandent aujourd’hui une compensation pour la perte de leur business. « Presque 80% des clients viennent dans nos magasins pour acheter de la viande de chien fraîche, que vont-ils faire si nous ne pouvons pas leur en fournir ? Le gouvernement va-t-il nous payer ? » se demande Shin Seung-cheol, un vendeur du marché, au journal sud-coréen Korea Herald. La ville de Seongnam a répondu qu’elle donnerait un soutien financier aux commerçants pour rénover leurs locaux, se lancer dans un nouveau business, et donc en finir avec le commerce de viande de chien.

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Une pratique culturelle très controversée

Considérée comme une pratique révoltante pour les Occidentaux, la consommation de viande de chien fait partie de la culture culinaire de nombreux pays asiatiques. Riche en protéines, celui que l’on considère comme le meilleur ami de l’homme aurait également des vertus médicinales. En consommer permettrait de redonner de la vigueur sexuelle, rafraîchir le corps et combattre la fatigue et la maladie. Chaque année, entre 1,5 et 2,5 millions de chiens issus de 17 000 élevages sont mangés en Corée du Sud.

Mais cette tradition est de plus en plus controversée au sein même de la population coréenne. Scandalisée par la cruauté de leur mise à mort, la jeune génération considère également le chien comme un animal de compagnie et refuse d’en manger. Seulement 20% des jeunes de 20 à 30 ans en ont consommé en 2015, contre 50% des 50 à 70 ans, rapporte Frédéric Ojardias, correspondant à Séoul.

Des activistes enfermés dans une cage pour protester contre la consommation de viande de chien à Seongnam © AFP PHOTO/PARK JI-HWAN

Un combat loin d’être terminé

Si la fermeture imminente du plus grand marché de viande de chien est une victoire, elle reste modeste. Chaque année, de nombreuses pétitions circulent pour mettre fin à ce trafic, celle qui revient le plus souvent étant le festival de la viande de chien, à Yulin, en Chine. Mais rien ne cesse.

Les vendeurs ont longtemps profité d’un vide juridique dans la loi coréenne : les lois d’hygiène ne s’appliquent pas à l’abattage et à la vente de chien mais sa viande est considérée comme un produit destiné à la consommation. Ce qui rend la réglementation extrêmement difficile. Autre élément favorable à ce commerce canin : il n’est pas nécessaire d’avoir une licence pour élever des chiens et les fermes ne sont pas contrôlées. Des chiens de compagnie abandonnés ou volés, malades ou mourants, peuvent donc se retrouver dans nos assiettes.

Les associations profitent d’événements comme les Jeux olympiques d’hiver pour mettre en lumière cette pratique atroce. En 1988, lors des Jeux à Séoul, elle avait déjà été interdite. En théorie, car les restaurants avaient simplement arrêté d’afficher le chien au menu. Plus discrète, la pratique controversée n’a néanmoins jamais disparue.

 

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