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La vente du squelette d’un monstre marin se heurte à la colère du Maroc

Le squelette reconstitué du Zarafosaure. | © Binoche & Giquello

Société

Un squelette de « monstre marin », un dinosaure marin millénaire, fait la polémique entre la France et le Maroc. Ce dernier accuse un hôtel des ventes français d’avoir exporté illégalement un trésor national.

« Un véritable trésor ». L’hôtel des ventes de Drouot ne pèse pas ses mots pour décrire le squelette du monstre du Loch Ness, qui sera vendu aux enchères le 7 mars prochain dans l’établissement parisien. Ce spécimen de Zarafosaure, un gigantesque monstre marin qui nageait il y a 66 millions d’années, est en effet complet à 75%, ce qui fait de lui un objet de convoitise. « Il aura fallu plus de quatre ans de préparation minutieuse et de restauration de la part d’une talentueuse équipe de spécialistes italiens pour reconstituer le squelette de l’animal dans une position réaliste », indique la maison d’enchères dans un communiqué, avant de donner une fourchette de prix de ce dinosaure long de 9 mètres : « 350 000, 400 000 euros ».

Si l’état et la rareté du fossile annoncent une vente palpitante, celle-ci est pointée du doigt par un collectif marocain, l’Association pour la Protection du Patrimoine Géologique du Maroc (APPGM). Soupçonnant une « exportation illégale », il demande à Drouot de rapatrier ce plésiosaure marin. Les fossiles de Zarafosaure ont été déterrés dans le bassin des phosphates de Khouribga, situé dans le centre du Maroc. Selon la presse marocaine, qui cite un responsable au département de Géologie du ministère de l’Energie et des mines, ce spécimen aurait été sorti illégalement du Maroc.

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« Il n’existe pas de loi qui interdit l’exportation des fossiles »

Contacté par Paris Match, Alexandre Giquello, commissaire-priseur à l’hôtel des ventes de Drouot, confie être très étonné par cette nouvelle. « Il n’existe pas de loi qui interdit l’exportation des fossiles», nous explique-t-il, avant d’ajouter que l’ensemble du contrôle douanier et des vérifications de conformité commerciale avaient été effectués, preuves à l’appui.

©Binoche et Giquello – Le crâne du Zarafosaure.
Si les ossements ont été achetés à la foire de Munich avant d’être restaurés et assemblés par l’équipe de spécialistes italiens, ils proviennent bien du bassin des phosphates de Khouribga. « Il faut savoir que cette carrière est exploitée à un niveau industriel très important. Plus de 90% des fossiles enterrés ici sont réduits en miettes pour faire du phosphate », déplore le professionnel, qui trouve ironique que l’association parle de « trésor patrimonial ».

En tant qu’établissement public, Drouot ne souhaite évidemment pas faire l’objet d’une polémique. « Si l’ambassade du Maroc nous prouve que l’exportation de fossiles est prohibée, alors nous annulerons la vente sans contestation. Mais jusqu’à preuve du contraire, il n’existe pas de texte de loi », poursuit M. Giquello.

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