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Mafia, drogue et Monopoly… comment un ancien policier a arnaqué McDonald’s

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Image d'illustration. | © unsplash/Joshua Austin

Société

Ben Affleck et Matt Damon seraient sur le point d’adapter l’histoire folle d’un ancien policier de Floride devenu arnaqueur professionnel. En 12 ans, ce dernier a mis en place un réseau autour de lui grâce auquel il revendait les tickets gagnants du jeu Monopoly organisé par McDonald’s.

10 septembre 2001. À la Une des médias américains, une seule et même histoire, celle d’un homme arrêté pour avoir arnaqué McDonald’s et son jeu de vignettes basé sur le Monopoly. Son procès débute ce jour-là sous les yeux de tout un pays captivé par cette histoire rocambolesque. Chacun attend le témoignage de l’accusé principal qui a lui seul est parvenu à voler plus de 24 millions de dollars à la chaîne de fastfood. Le lendemain, les Etats-Unis plongent dans l’horreur. Les Tours Jumelles sont attaquées, le Pentagone aussi et un quatrième avion s’écrase après avoir été détourné. Le fait divers de la veille est aussitôt oublié et disparaît de la mémoire collective. En début de semaine, le Daily Beast a publié une longue enquête sur l’arnaque géante de Jerome Jacobson qui devrait être, selon Deadline adaptée au cinéma par Ben Affleck et Matt Damon.

Tout commence en 1988 pour Jerome Jacobson. L’homme qui autrefois se rêvait grand policier est embauché par la compagnie Simon Marketing, impressionnée par ses compétences en matière de sécurité. Depuis le début des années 1980, il travaille dans une société privée et gravit peu à peu les échelons au point de se voir confier des missions de plus en plus importantes. Une récompense pour cette personne discrète qui a travaillé un an au sein de la police de Floride dans les années 70 avant de souffrir d’une grave maladie qui le laissera paralysé durant des années. Obligé de quitter la Floride, sans le sou et avec pour seul soutien son épouse Marsha, il s’installe à Atlanta et débute donc sa nouvelle carrière. C’est là qu’il tape dans l’œil de Simon Marketing qui s’occupe d’imprimer et distribuer les vignettes Monopoly pour McDonald’s.

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Lui faisant pleinement confiance, ses patrons le choisissent pour s’occuper de ce jeu. La responsabilité de voyager avec les tickets enfermés dans des coffres  avec des combinaisons et serrures à double entrées lui revient ainsi. C’est aussi lui qui doit mettre chaque vignette imprimée dans des enveloppes avant de sceller les coins avec un autocollant métallique inviolable. Puis, il les cache dans une veste dans laquelle est cousue une poche secrète avant de s’envoler à travers le pays pour les déposer dans chaque enseigne. Il est alors payé une fortune pour tenir ce rôle mais cet argent ne lui suffit pas. Au bout de quelques temps, il cède à la tentation. Un an après avoir été embauché par Simon Marketing, il vole son premier ticket, d’une valeur de 25 000 dollars, qu’il offre à son beau-frère. C’est à son voisin qu’il propose sa première réelle arnaque. Il lui demande 2 000 dollars en échange d’une vignette gagnante de 10 000 dollars. Pour ne pas éveiller les soupçons, il demande à son voisin de trouver un ami vivant loin de chez eux qui réclamerait le prix à sa place. Le système est lancé mais pour l’instant, l’arnaqueur n’en n’abuse pas. Jusqu’à l’intervention d’un événement extérieur.

Il était aidé par des « super-recruteurs »

En 1995, Jerome Jacobson découvre que Simon Marketing truque le jeu pour que les clients des restaurants au Canada ne remportent pas le gros lot. L’homme est persuadé, preuve à l’appui, que cette information pourra plus tard le sortir d’une mauvaise passe s’il se fait prendre. Jacobson poursuit son arnaque, propose à sa sœur un ticket gagnant de 200 000 dollars en échange d’un chèque de 45 000 dollars. La même année, il fait la rencontre d’un certain Gennaro Colombo, âgé de 32 ans. Tous les deux assis à l’aéroport d’Atlanta, ils se découvrent certains points communs. Gennaro Colombo lui montre la liasse de billets qu’il transporte dans sa valise et lui explique qu’il fait partie de la mafia new-yorkaise et est membre de la dangereuse famille Colombo. Jerome Jacobson décide de raconter sa combine à ce gérant de boîtes de strip-tease et vole pour lui un ticket gagnant d’un million de dollars. Jacobson se fait désormais appeler « Oncle Jerry ». Pour le père de Robin Colombo, la femme de son nouvel ami mafieux, il vole un autre ticket d’un million de dollars. Même chose pour le beau-frère de cette dernière. En dérobant des vignettes gagnantes, il s’enrichit de plus en plus et déménage dans une nouvelle maison avec sa seconde épouse. Linda Jacobson n’est pas au courant des combines de son mari. Afin de cacher son jeu, Jerome Jacobson s’entoure de complices de tous milieux, ses « super-recruteurs ». L’un, trafiquant de drogue, revend les tickets à des drogués.

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Pendant ce temps-là, Robin, la femme de Gennaro Colombo, doit faire face aux menaces de sa belle-famille. L’homme est mort dans un accident de voiture et ils la soupçonnent de l’avoir tué. Elle tente de s’éloigner de ce milieu et provoque leur colère. D’après elle, les Colombo sont ceux qui raconteront plus tard au FBI comment elle, son père, son cousin et sa meilleure amie ont tous gagné au jeu du Monopoly en achetant des vignettes.

En attendant, Jerome Jacobson, en voyage en Caroline du Sud, fait la connaissance d’un autre homme, Dwight Baker, membre de l’Eglise mormone et touché par des problèmes financiers. Ce dernier accepte de lui donner de l’argent en échange d’une vignette d’un million de dollars. Pour l’aider à payer, il fait appel à George Chandler, qu’il considère comme son fils. Tous les deux entrent dans la combine et deviennent eux aussi des recruteurs, mettant en place un réseau en Caroline du Sud. Nous sommes en 2000 et ils ne se doutent pas que le FBI vient alors d’ouvrir une enquête grâce au témoignage d’Aly Murray, chargée de la communication de McDonald’s. Dès 1996, elle se demande si William Fisher, gagnant d’un million de dollars, n’a pas fraudé pour remporter cette somme et prévient les autorités. Se basant sur ce simple doute, l’agent Dent va alors commencer sa longue quête vers la vérité.

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En 2001, il décide de relier sur une carte les derniers gagnants du jeu et se rend compte que beaucoup se situent dans la même zone. Pour aller encore plus loin, il demande à McDonald’s, qui coopère avec les autorités depuis plusieurs mois, de retarder les paiements des chèques. Le but ? Surveiller la réaction des gagnants en les mettant sur écoute. Jacobson et ses complices tombent dans le panneau. Alors que l’étau se resserre de plus en plus, le FBI demande à McDonald’s de relancer une grande campagne de promotion pour son Monopoly. Les restaurants à travers tout le pays se parent des couleurs du jeu et 57 millions de vignettes sont distribuées. Mais les deux gagnantes à un million de dollars sont déjà entre les mains de Jacobson. Toujours sur écoute, il parle à Baker et à Glomb– le trafiquant de drogue – sans se douter que le FBI sait désormais tout. Un peu plus de deux semaines plus tard, la police arrête huit personnes – les complices de Jacobson – avant d’interpeller ce dernier chez lui. Durant ses six heures d’interrogatoire, il est mis devant toutes les preuves accablantes collectées par le FBI au cours des 12 dernières années. Pour essayer de s’en sortir, il dénonce la fraude de Simon Marketing découverte dans le passé. Après avoir passé un accord avec la justice et fait des aveux écrits, il écope de 15 ans de prison et tous ses biens lui sont repris. Au total, plus de 50 accusés – dont les complices de Jacobson – sont condamnés dans cette affaire.

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